Voyage dans le transport indien

La première fois qu’on met les pieds dans le métro de New Delhi, on est impressionné-e. Comme souvent en Inde, un contraste fou, cette impression d’entrer dans un autre monde, un autre univers. Le sol est propre, tout est bien éclairé. Seuls les comptoirs à billets souvent assaillis par toutes les générations et les contrôles à l’entrée, rappellent qu’on est en Inde. New Delhi, c’est 20 millions d’habitants ; 1500 km², soit 14 fois Paris. Le métro de Delhi est jeune : la première ligne a été créée en 2002. Douze ans plus tard il comporte 6 lignes et d’impressionnants chantiers dans toute la ville donnent une idée de la progression des travaux et du développement de ce projet de transport en commun. Rapide et efficace, le métro est une fierté pour beaucoup d’Indiens.

Je suis arrivée à New Delhi un mardi et je n’ai pris le métro que le samedi. Autant dire que j’étais surexcitée à l’idée de découvrir la ville. Quand je suis arrivée, le train allait fermer ses portes… Réflexe de Française fraîchement arrivée de Paris, je cours et je rentre dans le premier wagon. Là, une première surprise m’attend : dans la rame, que des hommes. Ils m’observent fixement. J’ai mon appareil, je suis étrangère. Je me sens fixée donc je m’occupe, réflexe de journaliste. J’allume l’appareil et je prends des visages en photos. On est serré, j’ai peu de marge de manœuvre. Et là je sens une main s’approcher de mes seins. Je baisse les bras occupés par l’appareil, je me recentre sur la protection de mon corps. Je me tiens à la barre près de la sortie. L’homme fait de même. Il glisse sa main sur la mienne, je descends ma main plus bas. Lentement il approche à nouveau la sienne. Je ne souhaite plus qu’une chose : descendre. Ce que je fais. Il descend avec moi. Il est jeune et plutôt bien habillé. Il m’indique la sortie : « c’est par là Mademoiselle ». « Merci bien, je vais rester ici. » Plus envie de remonter dans un wagon.

On m’expliquera deux choses par la suite. Premièrement, quand ça m’arrive, il faut que je hurle, parce que souvent les gens autour ne cautionnent pas ce genre d’attitudes et deuxièmement, il y a un wagon pour femmes à l’arrière du train.

Dans le wagon pour femmes

Deux affiches. Fond rose, des fleurs blanches, le dessin de la silhouette d’une femme, et l’inscription : « women only ». Le wagon pour femmes change tout. Je reprends le métro. C’est même le lieu où on se sent le plus tranquille en tant que femme seule. Ici, les filles s’habillent comme elles veulent. Jeans moulants, talons hauts, minishort dévoilant les jambes… se mêlent aux saris multicolores. Ici les femmes rient entre elles, discutent ou écoutent de la musique. Quatre ans que le wagon « women only » existe. Il a été inauguré en octobre 2010, suite à des plaintes de voyageuses. Aux heures de pointe, les femmes se serrent. Parfois, pour continuer une conversation avec un ami, certaines se mettent entre deux rames – à la limite avec les autres rames, où sont les hommes. Car la rame « women only » est strictement réservée aux femmes et les hommes qui s’y aventurent sont passibles d’une amende de 200 roupies. (soit 2 euros 60).

Je tente une première approche. Shilba est assise à côté de moi, elle porte une tunique et mange des chips indiennes. Je lui demande innocemment : « Pourquoi y a-t-il un wagon pour femmes ? » Elle sourit. Elle a du mal à s’exprimer en anglais, mais elle me confie : « Les femmes en Inde ne sont pas en sécurité. » J’essaie d’en savoir plus : « Tu ne te sens pas en sécurité ? ». Elle me répond par la négative, la barrière de la langue l’empêchera de développer.

Je pose la même question à Nikhita, jeune fille vêtue d’un jean et d’un T-shirt bleu. Elle s’étend davantage sur la situation : « En fait, dans les autres compartiments on ne se sent pas en sécurité. Les gens poussent, c’est souvent bondé. Tu ne te sens pas à l’aise. Et puis, certains hommes ont de mauvaises intentions. Ils regardent fixement, nous aguichent. Nous ne répondons pas, parce que c’est risqué, mais on devrait en fait aller à la police dénoncer ces attitudes ». Une démarche encore difficile à faire, comme en France où les plaintes des femmes sont suivies de peu d’effets.

Pour ou contre un wagon pour femme ?

Le wagon pour femmes n’existe pas seulement en Inde, on le trouve aussi par exemple au Japon et au Mexique. Récemment et suite à l’augmentation des agressions sexuelles dans les transports en commun, la Grande Bretagne envisage l’instauration de ses rames réservées à la gente masculine. Dans un article datant de septembre Marie-Claire lance le débat : « le wagon pour femme est-il une solution, face à l’insécurité ? ». Enfin, en octobre, le collectif Osez le féminisme a lancé une campagne « Takebackthemétro » pour « pousser les femmes à se réapproprier le métro », peut-on lire dans un article publié le 31 octobre 2014 dans Le Monde.

 

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