Suffragettes, des femmes qui luttent pour exister

Camille Pouget, jeune idéaliste de 25 ans parle de féminisme, de choix et de s’imposer en tant que personne avec son droit d’exister. Histoire de la création de son spectacle : Les Suffragettes !

L’endroit dans lequel a lieu l’interview est ce qu’on peut largement qualifier de cosy : petite pièce au fond d’un café, séparée du reste du lieu par des rideaux. Ladite pièce est composée d’une table avec canapés et fauteuils l’entourant. Camille Pouget a 25 ans et présente à partir du 2 avril jusqu’au 25 mai 2019 sa première pièce, appelée Les Suffragettes.

« J’avais trop un besoin de création, un besoin de défendre ce en quoi je croyais. » – Mais qui est Camille Pouget ? Quelle est cette création ? Plongée dans la vie et l’univers de Camille Pouget : attachez vos mouchoirs et sortez vos ceintures : émotions garanties !

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(c) Henry Westhead

Le spectacle : un choix d’amour

S’étant d’abord plongée dans les études de droit (« le droit c’est la justice ! »), elle arrête finalement pour se tourner vers le domaine du théâtre et de la comédie musicale au Cours Florent. « Je me suis demandée ce que je voulais vraiment, qu’est-ce qui m’épanouit, qu’est-ce que je ne faisais pas par peur ? J’ai pensé à Jim Carrey, qui dit « vous faites les choix soit par peur soit par amour ». Ça m’a beaucoup marquée. Le spectacle était un choix d’amour ». Elle travaille ensuite comme assistante d’un metteur en scène. Intermittente, elle commence à écrire la pièce Les Suffragettes il y a un an et demi, en septembre-octobre 2017.

« Je pense que j’ai écrit cette pièce en voulant me prouver quelque chose. En voulant prouver que j’existais. Donc forcément, j’ai parlé de filles qui existaient, qui luttent pour exister, qui ont besoin de le prouver. Il y a un parallèle à faire de ce côté-là. J’ai l’impression que c’est un peu notre histoire à tou.te.s, en fait. »

Les muses de cette pièce

Des femmes « hyper-badass »

Camille Pouget raconte qu’il y a un an et demi, elle a lu un article qui parlait des Suffragettes… Ce qui a enclenché une grande question chez elle : « comment ça se fait que personne n’ait jamais parlé de ces nanas ? », « elles sont hyper-badass, elles étaient vraiment incroyables », mais en plus, « il y a des histoires de lutte, de militantisme, qui sont quand même très actuelles, on parle aussi beaucoup de la place de la femme, c’est hyper intéressant à notre époque ». Mais vouloir changer les choses va bien plus loin que cela : « il y a des questions, des idéaux, du prix que ça coûte d’avoir un idéal, de vouloir faire changer les choses, la léthargie du pouvoir politique, des institutions juridiques, la place de l’amour là-dedans, la place de l’amitié, qu’est-ce que ça coûte vraiment d’appartenir à un milieu militant ? »

 

La place de chacun.e…

Et finalement, Camille Pouget confie d’un ton passionné, que ce qui la touche le plus en tant qu’artiste et autrice, c’est « la place de chacun.e : revendiquer son droit d’exister, j’ai le droit d’être là. Et je pense que c’est quelque chose qui nous concerne tou.te.s et qui est de tous temps […] de devoir revendiquer ton droit d’exister. J’ai le droit d’exister parce que je fais bien mon travail, parce que je suis un.e bon.ne mère/père de famille… Alors qu’en fait, rien que le fait d’être toi, ça devrait largement suffire, on ne devrait rien te demander de plus. Mais non seulement on te demande plus, mais tu te sens obligé.e de donner plus. Toujours, et en tant qu’artiste encore plus. »

… Et le regard de l’autre

Continuant sur sa réflexion, Camille Pouget se pose une autre question : « à quel point est-ce que le regard de l’autre va te conditionner ? », elle continue avec un exemple : « T’es sur scène et on te dit : « Je n’aime pas trop ce que tu as fait, pour moi tu n’es pas un.e très bon.ne artiste ». A quel point est-ce que tu vas te dire : « ah d’accord. En fait, je ne suis pas un.e bon.ne artiste. » ?

Le parallèle est vite évident : « c’est ce qui s’est passé pour ces femmes, on leur a dit vous n’avez pas le droit de vote, vous êtes des citoyens de seconde classe. A quel point est-ce que ça a remis en cause leur vision d’elles-mêmes et leur intégrité ? A quel point est-ce qu’elles se sont dit : « en fait, oui, on n’est pas très importantes, on ne mérite pas forcément de voter, d’avoir la même place que les hommes dans la vie politique… »

 Une minorité de 52% de la population

« J’ai vu ça et je me suis dit qu’en fait la femme était une minorité de 52% de la population. » Eh oui, les femmes sont considérées comme une « minorité » de la population, les hommes ayant à cette époque le contrôle sur la vie politique et sur elles. D’ailleurs, c’est probablement le fait que les femmes soient qualifiées de « minorité » qui a décidé Camille. Et les Suffragettes on n’en parle jamais, moi je ne connaissais pas. […] Et je me dis ce n’est pas possible, c’est arrivé il y a cent ans, quoi. Dans un monde qui n’est pas très loin, c’était en Angleterre, quand même. Même en France, il y a eu un mouvement. »

Une inspiration livresque

Elle raconte que le livre « Le Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir, lui a été conseillé par un ami. « Chaque personne devrait la lire. Hommes et femmes. C’était une femme extrêmement intelligente et très juste. » Si le livre n’est pas récent, il y a des éléments qui sont encore très d’actualité. Elle ajoute : « et elle n’est pas pro-féministe. C’est très simple, très soft, c’est juste une description de certains mécanismes. La lecture de ce livre a vraiment – je crois – changé ma vie, ma vision de moi-même… Elle a éclairci énormément de choses. Donc : merci Simone. »

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(c) Jean-Claude Kagan

A propos de la pièce

Une pièce de théâtre musicale

Du théâtre, de la danse contemporaine et du chant (rap, slam…), c’est ce qui compose cette « pièce de théâtre musicale ». Mais attention, on ne peut pas qualifier la pièce de comédie musicale, puisqu’il n’y a pas de tableaux et que tout est « justifié par la narration », d’après Camille. Et en plus, ajoute-t-elle, « la mise en scène est immersive, c’est-à-dire qu’on inclut le public. »

Un résumé sans spoiler

Angleterre, 1903. Le mouvement des Suffragettes est en train d’émerger doucement, mais sûrement. Avant ce mouvement, il y avait les Suffragistes qui luttaient déjà pour le droit de vote des femmes, mais de manière très pacifique : débats, discussions, tractage, en un mot, c’était « gentil » et non-offensif. En effet, tandis que les Suffragistes pariaient plus sur le potentiel de la parole pour se faire entendre, les Suffragettes se sont positionné.e.s à l’opposé : leur devise était « des actions, pas des mots ». Toute la différence entre la théorie et le concret, finalement. Donc, il y avait une réelle césure entre ces deux mouvements, qui luttaient pourtant pour la même cause. C’est Emmeline Pankhurst qui mène le mouvement des Suffragettes : « On ne traite pas d’Emmeline P, parce que c’est un personnage beaucoup trop grand, ce serait un seule-en-scène. » d’après Camille, qui prend délibérément le parti de traiter de sa fille, Christabel Pankhurst, leader à ce moment-là de l’Histoire.

Les héroïnes de la pièce

La pièce tourne autour d’une jeune femme, qui s’appelle Emilie Davison. Camille ajoute : « Tous les personnages, pratiquement, sont historiques. On a pris des libertés, évidemment, avec la narration, mais on a gardé l’ensemble. »

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(c) Andréa Truffault

C’est donc Emilie Davison qui découvre la lutte des Suffragettes avec l’une de ses amies, Annie Kenney. Voici ce qu’en dit Camille, sans spoiler : « elles [Emilie et Annie, ndlr] vont évoluer à travers ce monde-là, et il va y avoir des histoires d’amour, des histoires de choix, de la violence, on découvre l’univers politique de l’époque. On va suivre ces deux filles, très liées, leurs parcours de choix et ce qui leur en coûte.

Une pièce à aller découvrir, donc, pour s’indigner, se révolter, pleurer, avec ces Suffragettes, qui se sont donné tant de mal pour que les femmes d’aujourd’hui aient autant de droits que les hommes – en particulier celui de participer à la vie politique, évidemment. Un mouvement historique qui gagnerait à être plus reconnu, mieux représenté dans les livres d’histoire… Et un spectacle merveilleux à découvrir, bien plus divertissant que les livres d’histoire !

Collaborateurices de ce spectacle :
Laetitia Authié : Chorégraphe, pianiste et comédienne
Hugo Lévèque : Aide à la dramaturgie
Inès Amoura : Collaboration artistique
Aladin Taleb : Co-compositeur et arrangeur
Camille Pouget : Autrice, metteuse en scène, directrice artistique et productrice du spectacle.
Les comédien.ne.s : Agathe Mourier, Baptiste Juge, Julia Brossard, Justine Marec, Edouard Deloignon et Laetitia Authié.

Rappel : jusqu’au 25 mai 2019, au Théâtre Darius Milhaud, Paris 19ème !

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6 commentaires sur « Suffragettes, des femmes qui luttent pour exister »

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