Pourquoi je suis devenuE féministe : Dessine-moi un castor de guerre

Lancé en avril 2020, pendant le confinement en France, notre concours « Pourquoi je suis devenuE féministe » a remporté un beau succès, avec 35 participations. Voici l’une d’entre elles.

©Le Castor

A chaque anniversaire, je reçois au moins un cahier. Cela n’est pas anodin. Noircir des pages de tourbillons chimériques et de bouquets de proses sataniques a toujours été mon quotidien. Les genTEs le savent. Iels se disent : cette fille est une va-nu-pieds, un morceau de Patti Smith dans les oreilles et un poème d’Arthur Rimbaud dans la poche. Iels savent qu’il n’y a jamais assez de calepins chez moi. Que le stylo file dans ma main, et que les insomnies n’arrangent rien. Alors plus le cahier est épais, mieux c’est.

En octobre 2011, mon amie Laëtitia n’a pas dérogé à la règle. Elle m’a offert un cahier de couleur jaune pour mes dix-huit ans. Une bouche un peu louche souriait sur la couverture et l’écriture « JOY » tremblait légèrement au-dessus d’elle. Je ne vais pas vous mentir, à aucun moment je n’ai imaginé à quel point ce cahier deviendrait important dans mon parcours militant. Sur le coup, je le considérais juste comme une insulte au bon goût. Mais il avait le mérite d’offrir de nouvelles pages blanches. Quelques mois après, j’ai inauguré le cahier en faisant un collage surréaliste. Bob Dylan y était mêlé à Rimbaud, à Monique Wittig, et à des bribes d’expressions glanées dans des papiers journaux, telles que : « Au pays du Dormeur du Val », « Ex-maoïste rêve », « Une marche à quatre temps ». Au début, j’avais inventé une réécriture de Marcel Duchamp : un personnage androgyne que j’avais baptisé « Prose Sélavy ». Mes poèmes parlaient de ses errances et de ses désirs chaotiques. Le cahier est tombé quelques temps dans l’oubli. L’inconvénient d’en avoir une bibliothèque d’autres à disposition…

Ce n’est qu’un an plus tard que je l’ai ressorti, la gorge houleuse. J’allais prendre une direction radicalement différente, un ton beaucoup plus politique. Je venais de tomber amoureuse de mon meilleur ami. Je m’interrogeais car je le connaissais depuis le collège. Un soir où l’on dormait ensemble, ma main a attrapé la sienne, nous nous sommes embrassé-e-s. Etrange sensation que celle où chaque geste palpite, puissance mille. C’est alors que j’ai éprouvé le besoin d’écrire notre relation queer. Mon but était de retrouver des moments chéris et éphémères à travers ces mots. Puis, le rôle de ce cahier est devenu plus grand. J’ai voulu en faire un moyen d’échanges car nous ne vivions pas ensemble. Nous notions chacun-e des ressentis, des références littéraires, nous imaginions des dessins et des collages. « JOY » s’est transformé en un laboratoire féministe et queer. Et sa bouche un peu louche a pris tout son sens.

Lorsque j’ai commencé à assumer mon identité sexuelle, je me suis ruée vers le rayon féministe de la bibliothèque de l’Université Paris IV Sorbonne. Cela peut paraître étonnant, mais ce fût mon premier réflexe. J’ai toujours trouvé toutes les réponses à mes questions dans la littérature. J’ai lu Simone de Beauvoir, Olympe de Gouges, George Sand, Annie Ernaux, Monique Wittig… Ces textes ont été précieux, ils étaient mes armes. Je les notais partout où je passais : à la craie sur les trottoirs, sur le vélo d’une LGBTphobe qui m’avait insultéE à la fac… Après avoir rétamé le rayon féministe de la Bibliothèque de P4, je suis partie à la recherche de groupes de femmes dans l’histoire du rock. Et plus j’en découvrais sur les Riot Grrrls et toutes les autres héroïnes, plus je comprenais l’importance de faire entendre nos voix. Un jour, j’ai demandé à mon copain de l’époque : « dessine-moi un Castor ». Quand il m’a montré son illustration aux pastels, j’ai imaginé que cela deviendrait le logo d’un journal où toutes les personnes féministes et LGBTQIA+ pourraient s’exprimer.

Pam Méliee Sioux

Palmarès du concours
Catégorie « formats originaux »
1 – Caillou dans la chaussure, Anouk
2 – Comme une évidence, d’Ebène
3 – Quelques riens, Csil

Catégorie « textes »
1 – L’histoire d’un cheminement, Susy Garette
2 – Rester en vie, Ju
3 – Paye ton neutre, Feuillue

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