Vénus, une websérie qui porte un nouveau regard sur la communauté LGBT+


La websérie française « Vénus » créée par Adèle Potel-Gouget et produite par ARTYSTEAM, actuellement en cours de développement , oriente notre regard sur le monde LGBT+ et plus particulièrement, le lesbianisme, sans fard et en évitant les clichés. Une plongée au sein d’un groupe de jeunes femmes aux multiples facettes. Nous avons échangé avec la créatrice de « Vénus » pour en savoir un peu plus à ce sujet…

Poster de la websérie Vénus créée par Adèle Potel-Gouget.

Comment as-tu eu l’idée de la série ?

A l’origine, l’idée vient de moi, même si l’on a travaillé à deux avec le réalisateur, Kinan Shorbaji. L’idée m’est venue il y a quelques années déjà. Je suis partie vivre à Strasbourg et je suis rentrée dans une communauté que je ne connaissais pas vraiment, un groupe d’ami-e-s. Il s’y passait tellement de choses, c’était si nouveau pour moi que je me suis dit : « ok là il faut en parler, il faut écrire ». Tous les jours il y avait quelque chose à raconter, comme dans une série.

La scénariste, Adèle Potel-Gouget, et le réalisateur, Kinan Shorbaji.

Quand as-tu commencé à mettre en œuvre cette idée ?

Cela m’a pris du temps. J’étais encore étudiante aux cours Florent. C’était en 2012 peut-être, quelque chose comme ça. Et j’ai vraiment commencé à penser le projet il y a trois ans quand je suis partie à Los Angeles pour des cours d’« Actor studio ». Comme j’y suis allée toute seule et que je n’avais rien d’autre à faire que de penser à ça, je me suis vraiment focalisée dessus. J’en ai parlé à mon ami réalisateur qui m’a dit : « Mais c’est une super idée on le fait ! »    Alors j’ai d’abord posté une annonce pour dire qu’on recherchait des actrices pour voir si ça prenait. Et je me suis dit : « Bon je lance une bouteille à la mer et on verra bien ». Puis, finalement, le temps que l’annonce se poste, peut-être trois jours après, j’avais plus de 200 candidatures et j’ai d’abord cru que c’était un bug. C’est là que je me suis dit que le sujet intéressait du monde, et qu’il fallait le lancer ».  

Comment se sont passés les castings ?

Là, c’est pareil en fait, moi, en tant qu’actrice de formation, j’ai horreur des castings. C’est quelque chose qui est tellement difficile à vivre quand on débute que du coup je n’ai pas prévenu les filles. Je leur ai dit de venir sans rien préparer, sans rien. Et finalement on filmait l’entretien qui avait lieu entre elles et nous et je ne les faisais même pas jouer en fait. Je parlais juste avec elles, parce que je cherchais vraiment des personnalités. A chaque fois c’était pareil : une fois qu’elles comprenaient que je n’allais pas les faire jouer, leur faire réciter un texte qui sort de nulle part et bah toute de suite elles se détendaient et là on voyait vraiment leur personnalité et c’était hyper intéressant de le faire comme ça.

Qu’en est-il de l’inclusion des hommes dans la série ?

Sur la première écriture, celle du premier pilote, je ne me posais même pas la question de quelle place donner aux hommes dans la série. C’était surtout un essai et je n’avais pas travaillé le message que je voulais faire passer.  Dans le nouveau pilote que nous allons tourner, l’homme a sa place dans l’histoire. Nous racontons la vie de huit femmes d’âges et de vies différentes, chacune d’entre elles ont des hommes dans leur vie. Il était très important pour moi d’écrire une histoire où la gente masculine n’est pas diabolisée. Le but de Vénus est de démontrer la légitimité des couples homosexuels, et non pas de dénigrer les couples hétérosexuels. Si nous avons l’occasion de produire une deuxième saison, j’aimerais mettre des personnages masculins au premier plan. Mais nous n’en sommes pas encore là ! 

D’où vient le nom de “Vénus”, aux connotations féminines ?

C’est un symbole de la femme. C’est évidemment parce que c’est un synonyme de « sensualité », de « sexualité » mais aussi parce que je suis très portée sur la psychologie et l’astrologie et je suis taureau : « Vénus » c’était encore une image forte car c’est la planète du taureau. C’est donc aussi une forme de thérapie pour moi. Il y a énormément de choses personnelles que je vais mettre dedans. Je ne sais pas si ça peut se voir. Je ne pense pas qu’on puisse savoir à quels moments c’est personnel. C’est la première chose que j’ai trouvé. J’avais le nom avant même d’avoir l’histoire. 

Comment as-tu créé le personnage principal de Camille ?

En fait, je voulais un personnage intéressant parce que détestable. Je voulais quelqu’un-e d’assez chiant-e mais attachant-e par son chemin psychologique. Comme elle ne connaît pas, elle juge : vraiment l’image de « je ne connais pas cette communauté, je ne connais pas l’homosexualité donc j’en ai peur » et par conséquent je fais des commentaires malvenus et bêtas. C’était le but que Camille soit les yeux de la personne qui ne connaît pas la communauté LGBT. Il fallait que quelqu’un-e qui commence la série soit dans le même état d’esprit qu’elle et qu’à la fin de la première saison, cet état d’esprit ait évolué en même temps que le personnage. C’est un format qu’on ne voyait pas forcément avant. Le héros un peu torturé, c’est à la mode effectivement. 

Quels sont les objectifs de cette série ?

Il y a plusieurs choses : il y a effectivement le fait de vouloir faire ouvrir les yeux d’autres personnes sur un monde qui leur est inconnu et il y a aussi le fait de vouloir rassembler la communauté. Ça me fait plaisir de savoir qu’il y a des lesbiennes qui regardent la série et que cette dernière devient une sorte de rendez-vous. Elles y voient des clins d’œil à la communauté, des choses qui sont vraies. On me demande souvent : est-ce que tu cherches à casser les clichés ? Les clichés qui sont vrais, oui, je cherche à les mettre dedans et casser les clichés de « la lesbienne qui a les cheveux courts et qui conduit un camion ». Il y en a, je ne vais pas mentir mais il n’y a pas que ça. Donc oui, la lesbienne aux cheveux courts aurait sa place dans la série comme la lesbienne aux cheveux longs. La série veut élargir le regard que l’on porte sur la communauté LGBT. On se sert aussi de Vénus pour aider la communauté et pour ça, on entre en contact avec des associations, des maisons LGBT un peu partout en France pour les mettre en avant dans chaque épisode de la série. Afin que la personne qui se trouve isolée, dans une petite ville et qui est victime d’homophobie ou est rejetée par ses parents et se retrouve à la rue, puisse voir qu’à Chartres, par exemple, si elle est à Chartres ou à Besançon ou Strasbourg, peu importe… qu’elle peut appeler ce numéro et être entendue, écoutée, soutenue et aidée.

Comment réussis-tu à ouvrir le champ de vision sur cette communauté ?

Je voulais faire en sorte qu’il y ait deux visions différentes : celle du point de vue d’une personne qui connaît pas spécialement les clins d’œil faits dans la série et la vision de la lesbienne qui est très portée sur la communauté. Par exemple, dans un épisode il va y avoir une musique de fond qui est très connue dans la communauté LGBT. Dans ce cas, il faut la connaître pour se dire : « Ah tiens, c’est une référence ». Cela peut être aussi une affiche sur le mur qui parle d’une artiste LGBT ou ce genre de choses, des petits « cadeaux » pour la communauté. Comme, le choix de mettre du Mademoiselle K au générique du premier pilote ! C’est une artiste que j’adore, ses chansons sont engagées et tournées sur l’identité sexuelle. C’était un choix évident. Ceux qui ne comprennent pas se demandent pourquoi on a choisi cette chanson et trouvent ce choix bizarre alors que ça ne l’est pas ! 

Et par rapport à la représentation de la sexualité entre femmes ?

On a eu un contact, un diffuseur, producteur ou financeur je ne sais plus, qui nous a dit que les gens attendaient de la part de la communauté LGBT quelque chose de plus sexué. (rire) On lui a dit qu’on n’allait pas changer ça, non. C’est un parti pris que j’ai choisi, que les scènes d’amour restent des scènes d’amour et non pas des scènes comme dans La vie d’Adèle dont la première scène de rapport sexuel est juste complètement absurde. Après, si elles sont très à l’aise avec ça, grand bien leur fasse, mais je n’ai jamais rencontré qui que ce soit d’homosexuel-le qui m’a raconté que sa première fois s’était passée comme ça. Pour nous, les scènes d’amour demeurent réelles, ce n’est pas un film de cul (rire)

Pourquoi avoir choisi de distribuer la série sur YouTube ?

Pour l’instant la série est sur YouTube car c’est là où tout a commencé et qu’y publier la suite nous est permise. Le nouveau pilote sera donc diffusé sur YouTube, mais notre objectif est bien de trouver un diffuseur qui accepte le projet tel que nous l’avons construit actuellement, avec ses composantes propres au web, pour une diffusion web, et à la télévision ce serait la cerise sur le gâteau : une série fiction centrée sur la communauté LGBT et principalement féminine ce serait très encourageant de la voir dans leur programmation. Ce serait un bon signe d’ouverture d’esprit et d’engagement. J’ose espérer que nous y arriverons.

Bande-annonce de la web-série Vénus

Y a-t-il encore des changements que vous aimeriez voir concernant la vision portée sur cette communauté ?

Je pense que ce sont des petites choses que l’on vit au quotidien. Et, oui, il y a encore des choses qui ne vont pas. Entre autres, avec toute l’équipe de Vénus, nous sommes allé-e-s à un festival qui se déroulait à Cergy. Quand Vénus est passée sur le grand écran, on s’est fait siffler. C’était un peu difficile, c’est vrai. En plus on était heureux.ses d’être là car on avait été sélectionné-e-s. Il a donc fallu qu’on monte sur scène à un moment et qu’on parle du projet… Et, il faut avouer que c’était un peu difficile d’être face à ce public qui était dégoûté par ce qui avait été projeté et qui sifflait. Sur scène, je me sentais mal à l’aise et j’avais du mal à parler aux gens, je ne me sentais pas à ma place et c’est là qu’on s’est dit qu’il y avait encore du travail. Il y a encore des choses à défendre parce qu’on ne se sent pas encore à l’aise partout. Pourtant, juste avant notre film, on a projeté le court métrage d’une femme qui se faisait frapper par son mari quotidiennement et les gens ont moins réagi et ont eu moins l’air outré que de voir deux femmes qui s’embrassent. Voilà, donc il y a vraiment encore des choses à défendre, ça c’est sûr !

Et ce combat pour la femme le vis-tu autrement qu’à travers Vénus ?

Je suis comédienne, je fais de la mise en scène et je donne des cours de théâtre à des enfants qui ont entre 5 à 12 ans. On travaille des pièces, c’est pas facile, j’essaie de les éduquer là-dessus, et j’ai demandé à mes trois classes : « Est-ce qu’une fille, ça peut être chef-fe ? » Et en chœur ils me répondent : « NOOOON, parce que les garçons c’est les plus forts ». Alors j’ai fait en sorte d’écrire une pièce, pour ces enfants-là, sur une fille qui rêverait d’être cheffe mais c’est son frère qui est promu chef. Finalement grâce à son intelligence, et non pas grâce à sa force, elle finit par devenir cheffe. Et maintenant, ils commencent un petit peu à changer d’état d’esprit. Mais ce n’est pas facile, c’est ancré alors qu’ils ont 5 ou 10 ans ! Et le pire c’est surtout qu’ils ne savent pas pourquoi ! (rire). Dire à une fille : « Mais si tu peux être cheffe », c’est important. C’est difficile de les entendre dire qu’elles ne peuvent pas être ce qu’elles ont envie d’être. Au début elles n’osaient pas et maintenant elles y vont d’elles-mêmes. Et pareil pour les garçons ! C’est ok si t’as envie de porter du rose ou du bleu, ce n’est pas grave. 

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