5 choses à retenir du livre « Écologie et féminisme »

On a lu pour vous le livre « Écologie et féminisme, Révolution ou mutation ? » de Françoise d’Eaubonne. Cette réédition d’un ouvrage de référence écoféministe, paru en 1978, met en relation deux formes de domination : celle des hommes sur les femmes et celle des humain-e-s sur la nature.

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Écologie et féminisme, écoféminisme

« Le rapport de l’homme à la nature est, plus que jamais, celui de l’homme à la femme » assure Françoise d’Eaubonne dans son livre « Écologie et féminisme », réédité 40 ans plus tard. La terre est fécondable et exploitable à merci, tout comme la femme, qui produit des enfants qui lui sont arrachés au gré des guerres tout au long des siècles.

La notion d’écoféminisme, est expliquée avec « la naissance du patriarcat [qui] apparaît avec la main mise masculine sur la terre, à l’époque de la charrue succédant à la houe, et l’instauration définitive du même patriarcat avec la découverte de la paternité ». L’homme découvre qu’il a un rôle dans la procréation, la transmission génétique et donc un pouvoir, car l’héritage (les moyens de production) passe donc d’homme en homme. « Les deux facteurs principaux de la fondation du patriarcat sont les causes DIRECTES de l’actuel désastre écologique », l’appropriation patriarcale de la fertilité terrestre et de la fécondité mènent ainsi à la surexploitation des terres et à la surpopulation mondiale. Le patriarcat est associé à « la démesure », « la loi du profit maximum ».

Toutes les femmes concernées

Les femmes sont alors reléguées aux tâches du foyer et leur rôle principal reste d’enfanter. Françoise d’Eaubonne cite T.W. Adorno : « l’inconscient d’une oppression commune ne change rien à la communauté de cette oppression ».

Pour elle, l’ouvrière, comme la bourgeoise, subissent la même oppression : « non seulement la fonction sexuelle oriente tout le destin et toute la place dans le monde, mais ce qu’elles ont de plus intime, de plus privé, fait l’objet de la préoccupation la plus officielle du pouvoir ; on fixe l’âge de leur « détournement » (les affaires de mineurs restent exceptionnelles quand il s’agit de garçons, et la plupart du temps homosexuelles), on leur accorde ou refuse le droit de procréer ou avorter, certains pays vont jusqu’à leur fixer des normes de maternité […] Beaucoup plus générale encore, pratiquement universelle est l’obligation quasi fatale constituée par l’attente de la société, de n’être née que pour accompagner le destin d’un autre être, autonome celui-là n’ayant pas pâti de cet « accident de naissance ». C’est le point commun entre la fille du tourneur de Billancourt, du cadre de multinationale et la rejetonne des hippies ou la fillette du Bangladesh ! ».

Cette oppression commune est à prendre en compte avant de parler de classes sociales. « Le viol, la prostitution n’ont pas d’équivalent dans les domaines de dégradation mâle. Ce que les femmes ont en commun, c’est leur sexe et le rôle qui s’y rattache avec des variantes dues à leur activité sexuelle ».

La décroissance pour sauver la planète

Face à l’urgence écologique, l’un des problèmes soulevés est l’orientation de la productivité. Lors des révolutions, « seuls les rapports de distribution étaient remis en question, et non pas le rapport de la production à la consommation, et de la consommation à la production ».

La décroissance, tout comme la dénatalisation, sont au coeur de l’écoféminisme, et sont nécessaires pour une révolution efficace et ne pas reconduire des systèmes préexistants. L’augmentation de la population mène à de nombreux risques : rapidité de la propagation d’épidémies, manque d’air sur la planète… La surpopulation et l’épuisement des ressources illustrent notre croyance en la toute-puissance de l’homme, caractéristique de ce que l’auteure nomme le « système mâle ».

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Françoise d’Eaubonne en 1964. ©Wikipédia

Minimiser la cause des femmes et la cause écologique est une erreur stratégique

Françoise d’Eaubonne fait la critique des révolutionnaires, des états déclarés « socialistes », qui ont conduit à un retour en arrière pour les droits des femmes, au lieu de détruire le patriarcat.

Elle pointe du doigt l’attitude des « révolutionnaires traditionnels » qui « ramènent [l’écologie], comme la lutte des femmes ou des minorités, à une conséquence de « l’oppression capitaliste »  Ils persisteront à ramener cette catastrophe finale à « une étape de la lutte des classes », leur hantise et motivation n°1 ; ce qui, certes, correspond à une réalité, mais n’épuise pas le réel. »

« Ne serait-ce pas la perte de vue des objectifs révolutionnaires qui entraîne ce retour en force de la hiérarchie sexuelle, ce renouveau de la famille et cette relégation des femmes au foyer ou dans les secteurs défavorisés du travail », questionne-t-elle.

Sa thèse énoncée est que « la fin de la lutte des classes, des classes elles-mêmes et du salariat passe par la fin de la lutte des sexes et des groupes assimilés à eux en société marchande, donc par la victoire non seulement et en premier lieu des femmes, mais de tout ce qui, en système mâle, est placé en condition de féminitude ».

Abolir le patriarcat pour détruire le système capitalisme

« La cause immédiate des menaces de demain et du malheur d’aujourd’hui est celle du système mâle ou patriarcat, historiquement fondé par une infrastructure (l’appropriation du premier moyen de production, l’agriculture) et par une superstructure (la découverte d’un processus biologique) ; ce système a créé des structures économiques et culturelles survivant largement à celles-ci à travers des économies successives dont la dernière est le capitalisme. »

Elle le réaffirme tout au long de son livre, avec des arguments différents : « l’oppression des femmes cimente et fonde toutes les autres […] le pouvoir de profit et toutes ses conséquences n’a pu se greffer que sur le tronc du patriarcat, et qu’abattre le seul capitalisme ne reviendrait qu’à couper les plus gros rameaux sans toucher au tronc de l’arbre, ainsi que le prouve l’exemple des « socialismes : victorieux du passé et du présent ».

Françoise d’Eaubonne mène toute une réflexion sur les solutions à apporter pour en finir avec le patriarcat. Pour elle, « La concentration (lié à ère industrielle, multinationales qui ont le pouvoir) des pouvoirs est sans doute le n°1 du problème écorévolutionnaire ». Elle propose donc, « le remplacement de toute autorité gouvernementale par de petits conseils d’autogestion correspondant à les « unités » dont parle Diogène ».

Autres conditions pour changer la société durablement : « l’abolition de la cellule familiale » et « le rétablissement et l’investissement dans la société internationale, des valeurs jadis arbitrairement attribuées au « féminin » […] (pacifisme, quiétisme, sensibilité ludique, égalitarisme et jouissance plutôt que pouvoir et connaissance des limites plutôt qu’expansion ». Pour l’auteure, les femmes, fortes de leur longue expérience d’exploitation, ont un rôle déterminant à jouer, pour éradiquer ce qu’elle appelle « le système mâle » et en reprenant en main la démographie.

Qui est Françoise d'Eaubonne ? 

Née en 1920 et décédée en 2005, Françoise d'Eaubonne est une écrivaine passée par le PCF (quitté en 1956), cofondatrice du MLF (Mouvement de libération de la femme) dans les années 1960, puis du FHAR (Front homosexuel d'action révolutionnaire) en 1972. A l'origine de la notion d'écoféminisme (non essentialiste), elle est aussi une pionnière de la décroissance. Elle se refuse à dissocier les combats de la lutte des classes et de la lutte féministe, avec comme devise : "Toutes les luttes ne font qu'une".

 

 

 

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Journaliste, cette ourse adore écrire sur les thématiques qui lui tiennent à coeur : discriminations, santé, féminisme, luttes… De formation littéraire, c’est une droguée de lecture et d’écriture. Militante féministe et politique à ses heures perdues (ou gagnées !), elle a fait également partie d’un syndicat étudiant il y a quelques années. Cette ourse est une gourmande qui ne résiste jamais à un chocolat, ou à un pot de miel… Curieuse de tout, elle traîne ses pattes sur les réseaux sociaux à la recherche de la moindre info. Taquine, elle aime embêter les autres ourses. Elle est aussi connue pour ses grognements et son caractère persévérant. Elle ne lâche rien.

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