L’exposition Louise Elizabeth Vigée Le Brun au Grand Palais

Vie et carrière d’Elizabeth Louise Vigée Le Brun

Elle est l’une des peintres les plus célèbres de la fin du XVIIIe siècle. Devenue la portraitiste officielle de Marie-Antoinette, elle nous a livré près de 1000 tableaux, dont la plupart sont des portraits des membres de la Cour de France, mais aussi de différentes Cours européennes. S’étalant sur presque cent ans, ses œuvres nous montrent l’évolution de la France, dans ces années charnières de la Révolution, de l’Empire et de la Restauration.

Elizabeth Louise Vigée Le Brun, Autoportrait, 1775 Crédits ©Wikipedia

Née en 1755, la peintre revient auprès de sa famille à l’âge de 10 ans après une enfance traditionnelle à la campagne. Son père, lui-même portraitiste pastelliste prend alors conscience du talent de sa fille en dessin et entreprend de lui transmettre son savoir. Même s’il meurt alors que Louise n’a que 12 ans, il demeure dans son esprit comme un modèle. Dès lors, elle va s’entraîner au genre du portrait en dessinant sa mère, son beau-père et son petit frère, qui deviendra quant à lui un écrivain célèbre. Très vite, elle progresse en copiant les tableau de Van Eyck et Rembrandt au Louvre, mais aussi en se forgeant des relations. Ainsi, elle va continuer son apprentissage dans l’entourage du peintre paysagiste Vernet et du portraitiste Greuze. Si on ne peut donc pas la considérer tout à fait comme une artiste autodidacte, la plupart de son apprentissage se concentre sur l’observation et la copie des autres peintres, qu’ils lui soient contemporains ou non.

Ayant très peu de chance de rentrer à l’Académie royale de Peinture et de Sculpture qui ne possède que cinq places réservées aux femmes, elle rentre en 1774 à l’Académie de Peinture de St Luc, corporation à laquelle appartenait son père. Cela lui permet enfin de répondre à des commandes de manière légitime. Ayant envie de fuir sa famille et surtout son beau-père qui cherchait à récupérer toutes les recettes de son travail, elle se marie au marchand d’objets d’art Le Brun, qui vivait dans le même hôtel particulier qu’elle, et dont elle aura une fille, Julie. Aussi pingre que son beau-père, son mari n’aura de cesse de porter la carrière de sa femme, espérant en retirer des bénéfices particuliers. 

Elizabeth Louise Vigée Le Brun, Autoportrait avec sa fille Julie, 1786 Crédits ©Wikipedia

Dès lors, elle se fait de plus en plus remarquer, et obtient l’autorisation de suivre les cours de l’Académie royale, même si elle n’en est toujours pas membre – de nouveau, c’est la femme de relations qui se fait sentir. Elle parvient à être admise à l’Académie royale en 1783, sans qu’aucune catégorie ne soit spécifiée.

Depuis le début des années 1780, elle est devenue la portraitiste officielle de Marie-Antoinette, qui apprécie la manière dont la peintre parvient à la rendre plus belle qu’elle n’est, sans pour autant effacer les traits caractéristiques des Bourbons tels que le nez proéminent. Elle apprécie particulièrement, au même titre que ses contemporains, l’exceptionnel talent de Vigée Le Brun pour peindre les tissus. Elle parvient en effet à rendre de manière très fidèle les tons de la soie, comme ceux du coton qui est de plus en plus en vogue en France. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle est extrêmement connue.

Elle commence alors à peindre non seulement les portraits de la reine mais aussi de nombreux nobles qui sont à Versailles. Alors que le genre du portrait est une peinture assez répétitive, Vigée Le Brun parvient à diversifier ses tableaux en modifiant les positions de ses modèles. Les femmes qu’elles représentent sont toujours en train de s’occuper à une activité intellectuelle, telle que la musique, ou l’écriture. Elles paraissent prises sur le vif, alors qu’elles sont en train de se cultiver – en cela, Vigée Le Brun révolutionne non seulement le portrait en le rendant vivant, mais aussi la manière de représenter la femme, qui devient sous son pinceau un individu capable de penser. Il ne faut pas croire pour autant la peintre révolutionnaire. Elle est au contraire profondément royaliste, et devra fuir la France dès le début de la Révolution. Elle répond plus ici à la mode de son temps, qui laisse de plus en plus de place à la liberté.

Elizabeth Louise Vigée Le Brun, Marie Antoinette à la rose, 1783 Crédits ©Wikipedia

Obligée de fuir en 1789, elle ne reviendra en France qu’en 1802 grâce à l’amnistie de Napoléon. Elle reste cependant profondément attachée à l’Ancien Régime, et n’aura de cesse, dans ses Mémoires, de rappeler à quel point l’ancienne politique lui manque. Elle meurt à Paris en 1842.

L’exposition au Grand Palais

S’il n’y a que rarement eu des rétrospectives sur le travail de Vigée Le Brun, c’est parce que beaucoup de ses œuvres ne sont pas encore identifiées, ou sont dans des collections particulières. Il était dès lors très difficile de proposer quelque chose sur la peintre. C’est néanmoins ce qu’ont réussi à faire Xavier Salmon et Joseph Baillio, les conservateurs de l’exposition.

L’exposition propose 130 tableaux, organisés de manière chronologique. On commence ainsi la visite avec les portraits de sa famille, et on termine avec ses derniers tableaux datant des années 1820. Les murs sont peints avec des couleurs assez douces, ce qui permet d’apprécier la manière dont Vigée Le Brun traite les nuances. 

Finalement, le plus intéressant dans cette exposition, c’est le parti pris des commissaires. On aurait pu craindre une exposition ne montrant que la femme peintre, et non pas la peintre en elle-même, ce qui aurait gâché le talent de Vigée Le Brun et aurait énormément nuit au propos scientifique. Il est donc appréciable de voir que même si une (petite) partie de l’exposition est dédiée aux femmes peintres, le reste se concentre réellement sur le travail de l’artiste, indépendamment de son sexe. En cela, on pourrait presque considérer cette exposition comme féministe : les commissaires valorisent l’œuvre d’une peintre, et non d’une femme : on ne retrouve pas l’idée de « sensibilité féminine », ou de « peinture de femme ». Greuze aurait probablement été traité de la même manière, et cette égalité est réellement rafraîchissante et intéressante.

Sommes-nous enfin arrivé-e-s à un temps où une femme peut être artiste avant d’être femme ?