En avant toute(s) ! A la rencontre d’une association féministe de terrain

Les Ourses à plumes :  Bonjour et merci de répondre à nos questions ! Pour commencer, pouvez-vous nous dire comment est née En avant toute(s)  !  et ce que ce projet a de particulier ?

En avant toute(s) ! :

En avant toute(s) ! est née de la volonté militante de ses membres fondatrices et fondateurs, deux femmes et deux hommes. Au départ, cette association devait s’implanter au Brésil, où elle avait pour ambition de développer l’éducation des enfants tout en favorisant l’émancipation des femmes. Pour des raisons principalement pratiques, ce projet n’a pas abouti. Il s’est donc relocalisé en Île-de-France, dans les Yvelines.

« La Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), réseau regroupant les associations dédiées à la lutte contre les violences faites aux femmes, ne compte à ce jour aucune association dédiée dans le département »

Après un travail de terrain conséquent visant à cibler les manques sur le territoire des Yvelines, nous avons choisi la thématique des violences faites aux femmes, qui nous tenait déjà à cœur en raison de nos engagements féministes. Ce département, pourtant très grand, ne dispose que de très peu de structures dédiées aux femmes victimes de violences conjugales – et encore, pas exclusivement. Par exemple, la Fédération Nationale Solidarité Femmes (FNSF), réseau regroupant les associations dédiées à la lutte contre les violences faites aux femmes, ne compte à ce jour aucune association dédiée dans le département, d’où l’intérêt d’y implanter une structure spécialisée.

En avant toute(s) -DR©

Les OàP :  Pourquoi ce choix de se centrer sur les 16-25 ans ?

Les jeunes femmes sont particulièrement touchées par les violences au sein du couple, comme le démontre notamment l’enquête ENVEFF, où 17% des 18-25 ans interrogées ont subi des violences au sein du couple dans les 12 derniers mois. Pourtant, elles sont relativement absentes des structures existantes. A titre d’exemple, la FNSF, dans son étude intitulée Violences à l’encontre des femmes en Ile-de-France publiée en 2015, souligne que si la majorité des appelantes du 39 19 – Femmes violences info sont jeunes (une moyenne d’âge de 31 ans, avec une forte concentration des 24-30), très peu ont moins de 20 ans. La FNSF questionnait, lors de la présentation des résultats de cette étude, la (non) confiance des jeunes en cette structure et son manque d’information. Elle rappelle l’importance de toucher les jeunes femmes victimes de violences amoureuses et conjugales, ainsi que de la prévention envers les adolescent.e.s.

Pour nous, dédier une structure au 16-25 ans semble être un des moyens les plus pertinents pour les accompagner et les sensibiliser à ces questions. Nous avons défini le public des 16-25 ans parce que nous souhaitons accompagner les jeunes vivant leur(s) première(s) relations(s) amoureuse(s), dans les moments de mise en place du rapport au couple et à soi-même dans ce couple, de manière à prévenir le risque de répétition, pour ces jeunes, de schémas de domination ou d’oppression, et de différentes formes de violences dans leurs relations futures.

Affiches En avant toute(s) ! – DR ©

Les 0àP : – Quelle est votre rapport à la mixité et à la non-mixité ?

En ce qui concerne l’accueil et les groupes de parole, nous privilégions la non-mixité, afin que les femmes se sentent le plus en sécurité possible. L’accueil et l’accompagnement initiaux sont également réalisés par des femmes. Cependant, l’équipe de l’association est mixte, ce que nous voyons comme un véritable atout. Toute l’équipe est formée à la spécificité des violences au sein du couple et les jeunes femmes que nous accompagnons peuvent choisir d’être suivies par des hommes ou des femmes de l’association.

En ce qui concerne la gestion et la représentation de l’association, nous pensons qu’une équipe mixte est un plus. Concernant la prévention, il est important à notre sens que des femmes et des hommes puissent s’adresser aux jeunes pour parler d’égalité.

Les OàP : Quelles sont les activités que vous menez ou que vous souhaitez mettre en œuvre à l’avenir ?

L’association suit en ce moment trois axes d’action. Nous essayons de les développer à peu près en même temps, même si finalement, ils se développent chacun au gré des opportunités.

Les trois axes sont les suivants :

1. Sensibiliser les jeunes (femmes et hommes) sur les questions de violences amoureuses, conjugales et intrafamiliales. Le site Internet www.enavanttoutes.fr qui sera lancé très prochainement propose des contenus de sensibilisation spécialement dédiés aux jeunes. Il s’adresse à eux dans un langage et par une approche pensés pour eux. Il envisage une interface participative à travers des quizz, des « vrai/faux » et des témoignages de jeunes victimes de ces violences partant du principe que des mises en situation constituent des moyens de compréhension privilégiés. L’association effectue également des interventions de prévention dans les collèges de Sartrouville et du Val-d’Oise tout au long de l’année 2016.

« Nous accueillons pour l’instant les jeunes femmes dans un van aménagé de manière accueillante et rassurante, ce qui nous permet d’aller à la rencontre des victimes »

2. Accueillir, écouter, informer et accompagner dans les démarches juridiques et administratives les jeunes femmes victimes de violences au sein du couple et de la famille. Pour ce faire, nous souhaitons ouvrir une permanence d’accueil à Sartrouville, où l’accompagnement se fait sans jugement, sans distinction de classe sociale, de culture, de croyance, de religion et d’orientation sexuelle. Comme nous n’avons pas encore de local, nous accueillons pour l’instant les jeunes femmes dans un van aménagé de manière accueillante et rassurante, ce qui nous permet d’aller à la rencontre des victimes. Cette solution nous permet de donner des rendez-vous sans être identifié.e.s (le van étant banalisé) et de nous déplacer dans des lieux pratiques et rassurants pour les jeunes femmes. En complémentarité de cette action, nous souhaitons ouvrir un site web équipé d’un tchat direct avec l’équipe, permettant aux jeunes de toute la France de se confier et de se faire conseiller sur les démarches à suivre dans de telles situations.

Le van d’En avant toute(s) – DR ©

3. Soutenir les jeunes femmes victimes de violences amoureuses, conjugales et intrafamiliales dans la reconstruction et la reprise de confiance en soi. L’association organisera des groupes de parole et des ateliers d’art thérapie autour du dire et du corps (photographie, écriture, beauté, sophrologie, théâtre) animés par des intervenant.e.s extérieur.e.s professionnel.le.s à partir de la rentrée 2016.

En avant toute(s) ! vient de lancer un appel à dons de soutiens : c’est par ici !
La page Facebook de l’association : En avant toutes.