L’eau à la bouche

Avertissement : Ces textes mélangent vécus et fantasmes, kaléidoscope de fragments de sensations : personne à reconnaître, et pourtant, comme un reflet de miroir entraperçu, vous pourriez retrouver une trace de vous… Ils se veulent aussi volontairement dégenrés (« ellui », « iel », « lea » indiquent ici femme, homme, cis ou trans, ou non-binaire).

Niki M DR ©

Nous nous sommes rencontré∙e∙s comme souvent, en soirée, d’ami∙e∙s d’ami∙e∙s.

Nous nous sommes parlé∙e∙s, un peu, et regardé∙e∙s, beaucoup.

La musique lancée, c’est dans la pression de la piste de danse que nous avons eu nos premiers effleurements, le dos d’une main glissant comme par mégarde le long d’un bras, des discrets décalages de pas à pas jusqu’à se retrouver en face à face, et cette première épreuve du mouvement, est-on au même rythme ? Oui, la fluidité est bien là, la distance s’efface et soudain c’est tout le corps de l’autre qu’on ressent, sa présence prend tout l’espace ; les points de contact s’affermissent, la poitrine, les mains agrippent le bassin, l’épaule, la nuque ; nous nous enroulons l’un∙e contre l’autre, l’odeur dans le creux du cou et déjà la peau sous la bouche ; bouche qui glisse contre la joue et en un long regard intense d’accord réciproque, les lèvres qui s’entrecroisent, les langues jaillissent et se mélangent… le temps est suspendu… Mais la chanson se termine. Et comme une décharge. Le rythme est perdu. On essaie de raccrocher, de se rapprocher mais l’harmonie n’y est plus. Et c’est une infinie nostalgie que les corps s’écartent, comme une marée qui se retire… la gravité nous aspire chacun∙e de notre côté et nos petits sourires éperdus tracent la ligne de. La fin de l’épisode.

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