La place des femmes dans les skateparks : comme sur des roulettes ?

Où sont les femmes qui “rident” en roller, skate ou BMX ? Une écrasante majorité d’hommes cis occupent les skateparks. Heureusement, des actions positives invitent les femmes à peupler ces lieux en y légitimant leur présence. Témoignages.

Image du film Skate Kitchen (2019)

Soul slide, ollie, bowl, roulements. Autant de vocabulaire associé au masculin. En cause, la sous-représentation des femmes dans les skateparks. Heureusement, de nombreuses initiatives positives fleurissent en France et à l’étranger pour légitimer la présence des femmes dans ces lieux publics.

Du fameux « Le skatepark, c’est pas pour les filles »…

Bien entendu, les parks publics sont accessibles à tout le monde. Cependant, des groupes d’hommes cis se sont emparés de ces lieux, sous les yeux desquels les jeunes femmes n’osent pas toujours se lancer. Il y a en effet, une tendance à constater : les filles semblent déserter les skateparks à l’adolescence, alors que la fréquentation des jeunes hommes cis est maintenue. L’adolescence est justement la période à laquelle les stéréotypes de genre s’accentuent. En même temps, les injonctions de la société qui éloignent les filles des “sports de garçons” sont plus fortes. Le skate, le roller ou encore le BMX entrent dans cette catégorie en cochant les cases “vitesse”, “glisse”, “bruit”,“intensité”.

… aux initiatives positives

La pratique urbaine du skate confère à ce sport une dimension de liberté. C’est justement ce que recherche Atita Verghese, la fondatrice du mouvement “Girls skate India”. Atita parcourt les rues accompagnée d’autres adeptes de la planche et invite les Indiennes à les rejoindre. Ces jeunes femmes s’amusent en s’affranchissant des clichés et utilisent leur skate comme vecteur d’émancipation. Le mouvement non-mixte offre aux filles un environnement confortable d’apprentissage et d’expression, puisque dénué de jugement.

En France certains skateparks associatifs proposent des plages horaires réservées aux femmes. C’est le cas du skatepark LePetit à Toulouse, que j’ai l’opportunité de fréquenter, chaussée de mesrollers agressifs (type de patin conçu pour réaliser des figures sur le mobilier urbain ou les modulesde skatepark).

Poing contre poing, loin d’une démonstration de rivalité, il s’agit au contraire du salut décontracté des adhérentes du skatepark. De l’extérieur, se font entendre les impacts résonnants des roues sur les modules en bois. Ces échos rebutent tant ils laissent imaginer qu’une foule dense fuse et que la voie ne sera que rarement libre. En s’approchant encore, les rires et encouragements parviennent à couvrir le bruit des roulements. Les sessions féminines inhibent l’appréhension et le syndrome de l’imposteur qui peut envahir celles qui bravent les injonctions et suivent leur désir de pratiquer ces sports.

L’importance de l’environnement

Ce type d’initiatives positives vise à créer un espace bienveillant pour les débutantes qui voudraient se lancer. Les filles aguerries qui souhaitent se perfectionner trouvent également de l’intérêt à disposer de tels espaces. Cela pour leur donner à toutes le sentiment de légitimité qu’elles méritent pour se faire plaisir quelque soit la population du lieu. Également, les novices peuvent s’identifier à des femmes plus à l’aise et prendre conscience de leurs capacités, notamment en se répétant que “si elle le fait je peux le faire”.

Descendre une rampe en roller au skatepark de Nîmes

Tout le monde peut s’épanouir au skatepark, il suffit de commencer dans un environnement bienveillant.

S’imposer et s’amuser en roller

C’est d’ailleurs le conseil que donne Caro, 36 ans, qui vient régulièrement au skatepark Lepetit de Toulouse. “Une ambiance décontractée où l’on peut progresser à son rythme aide beaucoup.” Il faut dire que Caro a commencé le roller dans une équipe de roller derby où elle a acquis une technique solide. “Le roller en équipe impose une recherche de la performance. A présent c’est pour m’amuser que je le pratique au skatepark. Le fun avant tout !”

Evidemment, elle ressent parfois de l’appréhension avant de se lancer dans la rampe. “Je prends mes précautions mais sans me freiner dans ce que j’ai envie d’essayer.” Caro vient faire du roller dans ce skatepark principalement parce qu’elle a suivi l’avancement du projet. Néanmoins l’aménagement de créneaux pour les filles permet une ambiance plus sereine et propice à l’épanouissement. “Les mecs sont adorables ici pendant les sessions mixtes mais je me sens plus en confiance avec les filles. Les garçons prennent d’assaut le skatepark et roulent à fond la caisse. J’ai peur de les freiner, alors que le rythme est plus accessible avec les filles avec lesquelles il n’y a pas de jugement. Je retrouve cette atmosphère lors des sessions “sénior” (plus de 30 ans).”

Caro raconte également un moment marquant qui l’a rendue fière. “Première fois au skatepark, je suis la seule fille et je suis un peu impressionnée par tous ces mecs qui foncent. Ils me font signe de les rejoindre en haut d’une rampe. Pas de problème pour y monter mais j’ai très peur lorsqu’ils me proposent de descendre ! Heureusement ils m’ont accompagnée et donné des conseils et j’ai réussi un drop du premier coup !”. Avant de pratiquer le roller régulièrement au skatepark, Caro a longtemps hésité. Elle considère d’ailleurs que cette période de doute était une perte de temps concernant le roller. En plus de trouver un environnement bienveillant, il faut selon elle “amener son courage sous un bras et ses affaires sous l’autre et foncer !”

Progresser et fédérer en skate

Sasha, skateuse de 22 ans et jeune détentrice du B.I.F (Brevet d’Initiateur Fédéral) est coordina trice et monitrice des sessions féminines au skatepark Lepetit de Toulouse. Son histoire avec le skate remonte à son adolescence. “Il y a eu deux éléments déterminants : une planche de skate offerte pour mon anniversaire et un concours de skate auquel j’ai assisté. L’année suivante je suis passée de spectatrice à participante à ce même concours ! Je ne savais pas faire grand chose mais comme j’étais la seule fille, l’organisation m’a offert une vraie planche de skate”, raconte Sasha.

A l’époque elle se rend au skatepark avec un groupe de quatre garçons. “On a progressé tous ensemble, mais au bout de quelques années mes potes ont arrêté et j’ai fini par les imiter.” Heureusement, la création du skatepark Lepetit a motivé Sasha à reprendre ce sport.

Le skate est pour elle un moyen se faire plaisir. En parallèle de sa pratique en loisir, elle suit une préparation avec l’équipe régionale en vue d’intégrer l’équipe nationale de skate. “Cette démarche est un défi personnel que je me lance, non pas par esprit de compétition mais pour prendre conscience de mes capacités. Cela me permet également de développer d’autres aptitudes physiques. Pendant l’entraînement, je dois par exemple tenir 45 secondes dans le bowl, ce qui est très essoufflant. Mais je me sers de ces nouvelles forces pour prendre encore plus de plaisir.”

Elle n’a pas ressenti les effets du manque de diversité de genre dans les skateparks, “J’ai commencé jeune et rapidement progressé donc cela ne m’a jamais embêtée.” Elle met en avant la notion importante de partage et de démocratisation de ce sport. L’objectif des sessions féminines est de mettre à disposition un environnement serein dans lequel chacune peut progresser à son rythme. Elle a remarqué de réels résultats positifs tels que la motivation due au groupe et la création de liens humains. “Un noyau solide s’est créé autour de ce rendez-vous des sessions féminines, auquel se greffent volontiers de plus en plus d’adhérentes.” Sasha regrette d’avoir arrêté le skate pendant un an, en laissant la motivation la quitter en même temps que son groupe décidait de déserter les skateparks. Cependant elle est “fière d’avoir rencontré les personnes super de l’association et d’avoir repris le skate.” Elle fédère à présent toutes les filles qui se lancent et participe activement à leur progression.

Le sport pour se réapproprier l’espace

Les skateparks sont avant tout des espaces urbains, majoritairement peuplés par des hommes cis. Ceci est à l’image des cours de récréation, dans lesquelles les garçons prennent l’habitude d’occuper l’espace central où se situe le terrain de foot. Les jeux des filles sont alors plus statiques et cantonnés aux bordures de la cour. L’espace investi par les femmes dans les villes est réduit selon le même schéma. A nous de rééquilibrer l’occupation de l’espace, en skate, roller ou BMX.

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