Femmes et création(s) : V. W. une chambre à soi.

Marie-Paule Ramo propose une adaptation intelligente, juste et drôle d’un texte de Virginia Woolf « A Room of One’s Own »  – Une chambre à soi – sur les conditions de la création féminine à travers un monologue d’1h15 interprété avec finesse par Nathalie Prokhoris au théâtre parisien Le Local.


© Véronique Lorin

« Les femmes et le roman » : tel un titre de conférence, voici un vaste programme que propose de mettre en scène Marie-Paule Ramo, traduisant avec habileté un texte de Virginia Woolf, à travers un monologue cocasse et incisif porté par la comédienne Nathalie Prokhoris sous les traits d’une Virginia en quête de sens ! « Que pourrait-on écrire à ce sujet ? » se demande la protagoniste, qui n’est autre que l’autrice britannique elle-même qui tente de comprendre tant bien que mal la position des femmes à travers l’histoire et la littérature.

Un sujet d’écriture qui lance le personnage dans les méandres d’une profonde et infinie réflexion. Qu’est-ce qui explique que la femme n’a pas la même place que l’homme dans la reconnaissance littéraire ? Pourquoi tant d’héroïnes dépeintes par des hommes et si peu de femmes autrices de leurs propres destinées ? Les hommes sont-ils donc plus doués pour décrire « le sexe faible », ces femmes seulement capables d’engendrer une douzaine d’enfants ? Est-ce cette dignité, cette assurance masculine qui leur permet un tel succès littéraire ? … Seule sur scène, Nathalie Prokhoris décrypte les conditions et les contraintes des femmes, décortiquant une société qui leur n’est que trop hostile sous les traits d’une Virginia Woolf piquante, spirituelle, cocasse et ….so british ! Armée d’une malle de voyage, qui prend la forme d’un livre ouvert, véritable Mary Poppins de la pensée, la comédienne déambule sur scène et vagabonde au gré des association d’idées, bercée par un flot de questionnements liés au processus créatif et son rapport au genre.

La place des femmes dans la création littéraire

« Les femmes et le roman… ? » C’est sur ces quelques mots, qui mêlent réalité sociale et littérature, que commence l’exploration d’un monde : celui des femmes en quête d’identité et d’une place au sein de la création. De fil en aiguille, de parapluie bleu en pommes rouges, d’ « Oxbridge » – invention, chimère agglomérant Oxford et Cambridge, deux fameuses universités anglaises réputées pour ses talents masculins – à Londres, nous traversons les époques afin de comprendre ce qui a retenu prisonnière la création féminine si longtemps, cachée dans l’ombre des hommes.

La réponse est peut-être plus simple qu’on ne le pense comme l’affirme Virginia : “Pour écrire un roman, une femme doit avoir de l’argent et une chambre à soi, un espace rien qu’à elle.” Tout se joue là, dans cette acquisition tardive d’une indépendance financière et d’un espace intime, d’un détachement du joug paternaliste, d’une émancipation longue et douloureuse. A travers ce regard original, parfois scientifique, parfois farfelu, nous cheminons dans les pensées de l’écrivaine, qui, sur un ton vif, drôle et poétique évoque nombreux personnages de fiction – jusqu’à inventer à Shakespeare une sœur douée du même talent, Judith ! – pour mieux évoquer la réalité de la création féminine : celle d’une longue course à la reconnaissance littéraire, pour une dignité humaine et l’égalité des genres…


© Véronique Lorin

Un texte moderne qui, ironiquement, comme ses nombreuses femmes effacées à travers les siècles, reste encore trop peu connu. Quel autre meilleur lieu pour découvrir ou redécouvrir ce dernier, bijou de réflexion(s) sur la condition des femmes que celui de l’espace intime d’une petite scène de théâtre ? Quel meilleur vecteur que celui d’une conversation plurielle entre une écrivaine, une actrice et un public pour cette histoire prenant la forme d’un essai romancé ou encore d’un roman théorisé ? Un discours qui, par le biais de la fiction, apporte un nouvel éclairage sur l’état de la situation des femmes afin de contribuer à une prise de conscience commune car l’a dit V. Woolf “c’est en faisant évoluer les mentalités que l’on peut espérer changer le cours du monde.”

Prochaines représentations :
Compagnie six… neuf… trois… - V.W. Une chambre à soi
Au théâtre Le Local, 18 rue d’Orillon, Paris.
Lundi 20 et 27 janvier 2020 à 19h,
Vendredi 24 janvier 2020 à 20h30,
Samedi 25 janvier 2020 à 19h,
Dimanche 26 janvier 2020 à 17h

Un commentaire sur « Femmes et création(s) : V. W. une chambre à soi. »

  1. Cela fait du bien à entendre ces propos qui sont complètement occultés par les productions de masse proposées. Une mise en scène sobre qui n’enlève rien au discours, au contraire, dont le jeu de Nathalie éclaire comme une bougie qui ne peut s’éteindre. Merci, Solange.

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