Le lieu d’accueil et d’orientation (LAO) Pow’Her reçoit les jeunes filles de 15 à 25 ans, victimes de violences sexistes et sexuelles. Seul établissement en France dédié à ce public, il est aujourd’hui en difficulté financière et menacé de fermeture.
C’est un cri d’alarme que pousse le LAO Pow’Her, qui pourrait voir ses portes prochainement fermer. “Ce serait une catastrophe, nous rapporte Mathieu, bénévole, car cela romprait le lien et la confiance noués avec ce public.” Créé en 2019, à l’initiative d’organisations publiques, et géré par l’association FIT une femme un toit, Pow’Her est un lieu d’accueil de jour, réservé aux jeunes filles et installé à Bagnolet en Seine-Saint-Denis.
Un public hors radar
A l’origine du projet, un constat : les jeunes sont les premières victimes de violences faites aux femmes, mais elles ne sollicitent que très peu les structures spécialisées. Un féminicide sur cinq concerne des femmes de moins de 25 ans, d’après le collectif Féminicides par conjoint ou ex-conjoint (2021). Selon l’enquête Virage (2018), dans le contexte familial, 85% des violences sexuelles se produisent pour la première fois avant les 15 ans de la victime. Dans le cadre scolaire, 70% des femmes ont subi les premières violences en tant que mineures ; au sein du couple, les mineures victimes de violence représentent aussi 10%. Et une femme sur quatre victime de violences conjugales a moins de 25 ans, d’après le Fondation des femmes (2023). En revanche, les jeunes ne constituent que 10% des appelantes au 3919 (numéro d’appel dédié aux femmes victimes de violence) et 11% du public accueilli dans les dispositifs spécialisés, constate une étude du Centre Hubertine Auclert (2016). Cette situation s’explique en partie par la représentation qu’ont les jeunes du couple, leur difficulté à repérer les signaux d’alerte et à identifier les violences.
Sous l’impulsion de différents acteurs – les Observatoires des violences envers les femmes de Seine-Saint-Denis et de Paris, les services de l’Etat en Ile-de-France et en Seine-Saint-Denis, la Ville de Bagnolet -, l’idée d’un lieu d’accueil dédié à ce public émerge. La responsabilité en est confiée à l’association FIT une femme un toit, qui a l’expérience de la gestion de lieux d’hébergement et travaille déjà sur le sujet des violences sexistes et sexuelles. Le LAO Pow’Her ouvre en 2019 pour une expérimentation de trois ans, avant d’être pérennisé.
Un accueil de jour qui a gagné la confiance de son public
Pow’Her est un lieu d’accueil de jour, ouvert du lundi au vendredi. Ses deux objectifs sont, à court terme, de mettre les victimes en sécurité et, à long terme, de leur redonner confiance en elles et travailler sur leur rapport à l’autre. Des professionnelles spécialisées sur les violences faites aux jeunes femmes permettent de répondre spécifiquement à leurs problématiques. Outre une aide pour trouver un hébergement d’urgence, le LAO propose des groupes de parole, des dons de nourriture et de vêtements, des massages, des ressources, des ateliers collectifs.
Selon le LAO, le premier motif de venue des jeunes filles est la mise en sécurité (68%), suivi du besoin de parler des violences (28%). Leur nombre dépasse les attentes : plus de 530 jeunes filles ont été accompagnées depuis septembre 2019. C’est le bouche-à-oreille qui les conduit principalement au LAO, preuve que la confiance dans la structure est établie. Outre celle du public visé, le LAO a aussi gagné celle des professionnel-les, qui orientent les victimes vers son établissement.
Des besoins grandissants et des subventions trop tardives
Mais aujourd’hui, le lieu est en difficulté financière et menacé de fermeture. “Le souci est qu’on est soutenu par tous les pouvoirs publics mais la plupart des subventions sont versées en fin d’année, donc l’association doit avancer l’argent”, explique Mathieu. De fait, si certaines subventions viennent au fil de l’eau, ce n’est pas le cas de celle du Fonds social européen (FSE), le plus gros soutien financier du lieu. Le versement de la subvention du FSE étant conditionné à la réalisation du projet, celle-ci vient après-coup et oblige FIT une femme un toit à avancer de nombreux frais. L’association ayant deux centres d’hébergement à gérer et financer, en plus du LAO, la situation devient intenable.
En effet, le LAO Pow’Her emploie neuf salariées (une directrice, des éducatrices spécialisées, une conseillère conjugale et familiale, entre autres), en plus de prestataires extérieurs et des bénévoles. “Si dès le début, des financeurs se sont engagés sur trois ans, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Et surtout, les besoins à l’ouverture étaient très différents de la situation actuelle, explique Amandine Maraval, directrice du LAO. Au départ, seulement deux salariées étaient employées. Les besoins de financement ont augmenté au fur et à mesure que de plus en plus de jeunes se présentaient et que de nouvelles professionnelles étaient recrutées.”

Un appel à dons est lancé
Pour répondre à cette problématique, la seule solution est de se tourner vers des fonds privés. Pow’Her a ainsi commencé à répondre à des appels à projets et a lancé un crowdfunding. L’objectif de cette campagne est de récolter 55 000 euros, soit le salaire annuel d’un poste à plein temps d’éducatrice spécialisée. “Au-delà de l’aspect financier, le but est aussi d’alerter sur la situation des associations, car le LAO n’est pas un cas isolé”, affirme Mathieu.
Prenant effet du 8 mars au 8 avril 2024, la campagne de crowdfunding bénéficie d’un soutien populaire avec plus de 700 dons. “Beaucoup de gens proposent leur aide bénévolement”, témoigne Mathieu. Des personnalités publiques se sont également engagées, telles que Julie Gayet, Laëtitia Casta, Judith Chemla, Fiona Schmidt, Julia Piétri, Caroline Vigneaux, Emmanuelle Piet, ou encore Edouard Durand, pour n’en citer que quelques-un-es. Malgré cet élan, du chemin reste à faire et l’avenir du lieu n’est pas encore assuré.
Pour participer au crowdfunding : https://www.helloasso.com/associations/fit-une-femme-un-toit/collectes/je-soutiens-le-lao-pow-her
Pour aller plus loin : Hors radar, un documentaire réalisé par Aliénor Carrière (2023), disponible en replay https://www.france.tv/france-3/paris-ile-de-france/la-france-en-vrai-paris-ile-de-france/5726400-hors-radar.html
