Stérilisation forcée de femmes séropositives en Afrique du Sud

Les ONG Her Rights Initiative (HRI) et International Community of Women, Southern Africa (ICW) ont saisi jeudi 19 mars la Commission pour l’Egalité des sexes (organe indépendant institué par la Constitution Sud-africaine) pour dénoncer les stérilisations forcées dont ont été victimes plusieurs femmes séropositives.

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Militantes de la « Treatment Action Campaign » (Campagne d’action pour les traitements) en marche vers le Parlement Sud-Africain, Cape Town, 14 février 2003 DR

D’après les témoignages de ces femmes, la stérilisation a eu lieu au moment de leur accouchement, des papiers leur ayant été soumis à signatures sans explications précises – et dans un moment ne permettant pas la discussion. Au moins 48 femmes ont déposé plainte. Il s’agit de jeunes femmes pauvres, et les faits se sont déroulés au sein d’hôpitaux publics dans les régions du Gauteng et du Kwazulu-Natal.

« II semble que c’est le personnel de santé qui de sa propre initiative stérilise ces femmes. (…) en pratique ce qu’il se passe c’est que le personnel de santé force la main à ces femmes pour qu’elles signent ses documents sans leur expliquer de quoi il s’agit » réaffirme Jodie Fredericks, du Centre pour les Droits des Femmes.

Le ministère dément avoir donné des consignes dans ce sens « Il n’y a certainement pas au sein du ministère de la santé une politique pour forcer les femmes qui ont le VIH/sida à être stérilisées. Et s’il y a des cas qui existent, il faut qu’ils nous soient rapportés, pour que nous puissions prendre des mesures contre ceux qui font ce genre de chose. » déclare Yogan Pillay, directeur adjoint au ministère de la Santé.

Amnesty International a critiqué dans son rapport d’octobre dernier les atteintes à la vie privée et à la confidentialité des résultats du test pour le VIH-SIDA, souvent effectué au cours du suivi de grossesse. L’organisation dénonce « la mort de centaines de femmes et jeunes filles enceintes [qui] pourrait être évitée en Afrique du Sud parce que, notamment, ces femmes craignent que leur séropositivité ne soit révélée si elles sollicitent les services de consultation prénatale. »

Ainsi, « Amnesty International a constaté au cours de ses recherches que beaucoup de femmes et de jeunes filles ne se rendent pas dans les services de consultation avant la fin de leur grossesse car on leur donne à croire que le dépistage du VIH est obligatoire. Elles craignent à la fois le test lui-même et le rejet associé à la révélation de leur séropositivité. Près d’un quart des décès évitables sont liés à un accès tardif ou inexistant aux soins prénataux. »

Dans ces circonstances, la menace d’une stérilisation obligatoire est une pression supplémentaire qui met en danger la vies des femmes et le bon déroulement des grossesses.

Pour aller plus loin: Rapport d’Amnesty International « ‘I am at the lowest end of all’. Rural women living with HIV face human rights abuses in South Africa » (en anglais)