Joue-la comme Yamina Benahmed Daho

L’héroïne de Poule D est prof de français en banlieue parisienne. A la rentrée elle décide de faire du sport et pas n’importe quel sport, le sacro-saint des sports, le sport qu’on ne peut ignorer, celui qui envahit chacune des rues à chaque Mondial : le football.

De l’achat d’un équipement au rayon enfant – parce qu’il n’existe pas de partie « femme » dans les rayons consacrés à l’équipement pour le foot -aux matchs dominicaux, l’héroïne nous fait partager son quotidien. Frustration des enseignant-e-s, les collègues, le célibat à trente ans, les mecs relous qui draguent… Le foot apparaît comme un second souffle dans la vie de Mina, comme un supplément de vie qui rend heureuse.

Elle découvre le sentiment d’appartenir à une équipe de « meufs », mais aussi la fierté de se défaire du sentiment d’humiliation des premières frappes maladroites dans le ballon. Cette histoire c’est aussi celle d’un football populaire. A de nombreuses reprises, l’héroïne revient sur la place si importante que tenait le football dans sa famille, sur tous ces moments à regarder les matchs, à rêver, à s’emporter avec ses frères devant la télé ou au stade.

Poule D nous rappelle que le football, c’est aussi notre sport, celui de notre classe sociale et de notre genre, à nous les femmes. Je conseille ce roman à toutes les femmes que le sexisme ordinaire a forcé à rester assise avec leurs copines dans un coin de la cour de récré pendant que les garçons occupaient tout l’espace avec leur ballon ou encore à celles qui trouvaient refuge au CDI pour échapper à la cour de récré plutôt que d’apprendre à courir avec un ballon, à tacler, à s’aimer au sein d’une équipe et à aimer ses coéquipéres. Enfin Yamina Benhamed Daho nous donne aussi un bel exemple de ce que c’est que le football loin du fric, des paillettes et des magouilles du PSG. Le foot c’est avant tout taper dans le ballon sur le parking de l’école juste pour s’amuser, c’est aussi aimer son club parce qu’on se reconnaît dans ses valeurs. Parce que gagner un match quand on galère au travail ou quand on est une bande de nanas maladroites, c’est électrisant.

Publié par

Ceci est le compte officiel du webzine Les Ourses à plumes.