Médias : où sont les femmes ?

Partout, sur les bancs des écoles de journalisme le constat est le même : dans les promos, les filles sont majoritaires. Attrait pour les études littéraires pour les unes, prédisposition pour les concours pour les autres, les explications à ce phénomène restent encore floues. 

Surreprésentées au sein des formations, les femmes le sont aussi logiquement au moment de l’entrée dans la profession. D’après l’Observatoire des métiers de la presse, en 2013, 53% des premières demandes de carte de presse sont le fait de femmes. Une proportion amorcée dès 2001.

Femme et rédactrice en chef, l’impossible équation

Pourtant, à y regarder de plus près, la tendance finit par s’inverser. Au sein des journalistes professionnels, les femmes restent minoritaires. Et quand elles parviennent à se faire une place sur le marché du travail, c’est après que cela se complique. Les femmes chef de service ou rédacteurs en chef sont deux fois moins nombreuses que les hommes. Une réalité qui, loin d’aller en s’améliorant, s’intensifie.

En plus d’être éloignées des postes à responsabilité, les femmes doivent affronter une précarité plus importante que leurs homologues masculins. Elles ne sont que 42,9% à travailler avec la sécurité d’un CDI et ce même après plusieurs années d’activité.

Certains secteurs, eux, restent carrément hostiles aux femmes. C’est le cas des deux médias audiovisuels, la radio et la télévision où 58,9 % des emplois sont exercés par des hommes.

« Il faut batailler plus que les hommes »

Heureusement, les contre-exemples existent. A 48 ans, Nathalie (1), ancienne rédactrice en chef à France Bleu, a réussi à gravir un à un les échelons au sein de Radio France. Après 21 ans de carrière, elle s’est retrouvée à la tête d’une équipe de six journalistes. « Dans cette maison, je n’ai jamais ressenti d’ostracisation des femmes, confie-t-elle. Au contraire, il y a une volonté de l’entreprise de chercher à [les] promouvoir. »

Elle reconnaît pourtant avoir dû lutter pour s’élever dans la hiérarchie. « Il faut batailler plus que les hommes, se surpasser encore plus pour se faire respecter mais une fois qu’on se fait respecter ça va. C’est aussi une volonté personnelle. Pendant 20 ans, je n’ai pas aspiré à avoir des responsabilités. Quand je me suis dit ‘il faut que je me secoue’, cela a mis 3 mois. »

Des réflexions machistes dans le travail

Mais, même au sein d’une entreprise de service public qui vient pourtant de mette en place un label diversité, le chemin pour imposer la parité demeure long. Sur 43 antennes locales du réseau France Bleu, on compte seulement 10 femmes rédactrices en chef et une seule directrice en chef. Sur 7 responsables de chaîne, aucun ne sont des femmes. Et là-bas comme ailleurs, les réflexions machistes n’ont pas encore disparu.  « Parfois j’entends des choses comme : ‘Tiens, il y a que des femmes aujourd’hui à la rédaction!’. Forcément, ça dit des choses, ça continue à être dans l’esprit des gens. Bien sur, qu’il y a des misogynes », admet Nathalie. Visiblement, les préjugés ne sont pas prêts de tomber…

(1) le prénom a été modifié.

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