Repolitiser la Pride : organisation d’une marche de nuit le 26 juin

La première version de l’affiche de l’Inter-LGBT pour la Marche des Fiertés de Paris 2015 – Droits réservés ©

C’est une marche mixte, pour renouer avec « la dimension revendicative de la Pride », qui sera organisée le vendredi 26 juin au soir. L’Assemblée générale réunie ce mercredi 27 mai a validé ce projet.

Avec plus de 60 personnes réunies dans le petit local de la Maison des Syndicats de Jussieu, le pari lancé par le collectif 8 mars pour touTEs est réussi. Des groupes et des personnes qui ne se connaissaient pas se sont ainsi rencontrés, dans ce qui semble être une dynamique de fond – une liste mail a été créée et une nouvelle AG aura lieu mercredi  3 juin.

Pas d’affrontement frontal à l’inter-LGBT

Si la colère contre les choix politiques de l’inter-LGBT était omniprésente dans les prises de parole, le choix général a été de ne pas rentrer dans une confrontation directe : prenant acte que nombre de participant-e-s souhaitaient pouvoir participer à la Marche des Fiertés parisienne pour se la réapproprier, l’AG s’est positionnée au consensus pour valider la date du vendredi 26 juin pour une manifestation nocturne afin de ne pas entrer en contradiction avec la Marche organisée par l’inter-LGBT.

Le projet de char lesbien à la Marche des Fiertés parisienne « Lesbotruck », organisé par Cineffable, FièrEs et FukTheName est toujours en cours de financement participatif ici !

Les marches de nuit, une tradition féministe

L’AG était très majoritairement féminine et trans’ : très peu d’hommes cisgenres. Cela est sans doute lié en partie au fait que l’appel émergeait d’un collectif féministe ; peut-être aussi au fait que les marches de nuit appartiennent traditionnellement au répertoire féministe. En non-mixité, elles permettent de se réapproprier collectivement l’espace public dont sont socialement exclues les femmes. Cette fois, le projet de marche est pourtant défini comme mixte.

De plus, contrairement aux marches d’hiver (souvent autour du 25 novembre, journée contre les violences faites aux femmes), une marche le 26 juin en début de soirée ne sera pas réellement « de nuit ». Cependant, la dimension de réappropriation est un aspect important de la démarche de l’AG, que ce soit pour cette marche de nuit ou pour la Marche des Fiertés du lendemain.

« Stonewall wall a riot, not a brand name » : « Stonewall était une émeute, pas une marque déposée ». Cortège d’Homocore, Pride de  Chicago, 1994 – Crédits QZAP ©

Revaloriser des thématiques minorisées

De très nombreuses interventions ont fait état de la difficulté à faire émerger certaines thématiques dans le discours LGBTI : le peu de prise en compte du racisme qui gangrène nos communautés a ainsi ouvert la porte aux productions homonationalistes de l’inter-LGBT. Le racisme, et sa forme la plus virulente actuellement qu’est l’islamophobie, font donc partie des axes à remettre en avant. En effet, la marche de nuit tend à s’adresser prioritairement à nos propres communautés, afin de tirer la sonnette d’alarme. Dans la même logique, les questions de santé avec la prévalence du VIH/SIDA, ou celle du travail sexuel, qui touchent de façon spécifique nos communautés, devraient être valorisées.

Crédits Les Ourses à plumes ©

Ne pas écraser les diversités

De façon générale, l’idée qui ressort de l’AG est de ne pas chercher à établir une liste de revendications exhaustive ni d’avancer exclusivement sur la question des droits comme le fait l’inter-LGBT, ni de mettre en avant une revendication spécifique mais de choisir un mot d’ordre général, à l’instar de celui pour le 8 mars de Belleville « Mon corps, mes choix, nos luttes ». Ceci s’articule avec le souci de permettre une multiplicité de revendications, en laissant l’espace via des pancartes, banderoles, interventions dans la marche.

A la recherche de nouveaux termes
Une difficulté provoquée par l’apparition de nouvelles identités politiques est de savoir à quel moment les stratégies d’alliances sont encore pertinentes et comment les formaliser. Alors que, dans une démarche de visibilisation et d’identification, les termes issus de nos communautés se sont multipliés ces 30 dernières années, les sigles souffrent d’inflation chronique. Face au « LGBTQIAAP+ » (lesbiennes, gays, biEs, queer, intersexes, asexuelLEs, alliéEs,  pansexuelLEs et les autres), qui pourrait encore se compléter (par exemple avec les n/b « enby »: non-binary, ou les genderfluid…), certaines personnes dans l’AG ont proposé le terme émergeant de « MOGAI » (Marginalized Orientations, Gender identities, And Intersex : orientations et identités de genre marginalisées et intersexes). Un terme qui permettrait de mieux inclure l’ensemble des personnes et des identités tout en restant accessible.

Une nouvelle réunion aura lieu mercredi 3 juin.