« Beach Body, Not Sorry » : un vrai corps de femme en bikini

Qu’est-ce que le « beach body » ?

Vous avez sûrement déjà entendu ce terme quelque part. Non ? C’est que vous avez finalement réussi à vivre un peu plus de temps que les autres dans une bulle safe. Le concept du beach body, littéralement « corps de plage » est d’enchaîner un ou plusieurs programmes d’entraînements spécifiques pour arriver à une silhouette extra-mince et pouvoir vous pavaner sur la plage avec corps « de rêve » (j’insiste sur les guillemets). Ce concept s’est énormément développé aux États-Unis et a commencé à déferler sur l’Europe. Vous avez forcément un-e ami-e qui a voulu commencer l’entraînement Insanity qui commence à avoir un certain succès en France. C’est exactement ce concept. Faire du sport jusqu’à en vomir pour avoir comme ultime récompense : une taille 34 ! Je fais moi-même régulièrement du sport, mais ce rythme-là qu’imposent des boîtes comme Insanity, c’est juste de la torture. Et le plus gros souci du concept beach body, c’est la façon dont ces entreprises font passer ces entraînements inhumains comme ultime moyen de bonne santé. Comment les femmes vont se sentir en voyant ces programmes et en constatant qu’elles n’arrivent pas à faire ces trucs de tarés ? Quelle image vont-elles avoir de leur corps ? 

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« Beachbody, not sorry »  : un peu de réconfort

On est en juin, et donc tous les kiosques à journaux sont remplis de magazines qui nous expliquent qu’il nous reste un mois pour perdre nos kilos en trop avant la plage. Mais si j’ai envie d’y aller comme je suis, moi, à la plage ? C’est un peu ce qu’a voulu dire la dernière campagne de publicité de la marque de maillots de bain Swimsuits For All nommée « Beach Body, Not Sorry » pour une ligne de bikinis et de maillots « Swim Sexy ». Des maillots de bain portés par la sublime Denise Bidot, mannequin grandes tailles, et ce sans retouche Photoshop. On voit donc des petits bourrelets « en trop » et de la cellulite. Siiii ! De la cellulite ! De la vraie ! Un vrai bol d’air frais donc au milieu de toutes les autres collections pour bikinis où les mannequins pourraient rentrer dans des vêtements de fillettes. C’est une excellente chose que certains créateurs se soient mis à penser aux femmes qui ne rentrent pas forcément dans un 36 mais qui ont quand même envie de se sentir belles. C’est une bonne chose qu’autant de monde ait réagi (en bien) à cette campagne. Ça donne envie de se dire que peut-être les choses vont finir par changer. 

L’hypocrisie des médias

Pourtant, je ne peux que rire de ce que se passe vraiment. Parce que si beaucoup de magazines féminins ont écrit un billet sur cette campagne, ça ne reste que « la vidéo du jour » ! Et ces mêmes magazines si fiers de montrer qu’ils se souviennent du bien-être des femmes, continuent le reste de l’année à les faire complexer sur leur poids. Ces mêmes magazines les autres jours de l’année vont remettre en première page un modèle photoshopé d’une maigreur presque surnaturelle, vont continuer à publier des articles comme « 5 recettes de repas de Noël pour ne pas trop prendre de poids » ou « Le régime après les fêtes de fin d’année pour se préparer à l’été ». C’est de l’hypocrisie pure et simple. J’aimerais simplement qu’on ne fasse pas de cette campagne un évènement de buzz, mais plutôt qu’on le juge comme sain et qu’on en développe le concept pour qu’enfin, voir des mannequins avec des corps réels à la télé, ça soit NORMAL.

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Tin Hinan est étudiante en histoire de l’art et anthropologie. Particulièrement touchée par les questions d’oppression des femmes et de racisme, elle va, entre autres, tenter de vous montrer comment l’art peut en être un excellent témoin. Vous la retrouverez souvent dans la chronique Femme & Art mais aussi ici et là selon l’actualité. Image : Lehnert & Landrock, Ouled Naïls, 1905