Retour sur le Forum Intersexe de Douarnenez

Note de Vreer:
« D’abord un mot sur la nomenclature. J’utilise “inter*” avec un astérisque, d’après l’usage du mouvement allemand et puis latino-américain. On l’utilise pour indiquer la diversité de réalités et corps intersexes. Cela est lié aux différences internationales en termes d’expériences et de cadres culturels. »

Les Ourses à plumes : Bonjour Vreer, et merci de bien vouloir répondre à nos questions !
Pour commencer, est-ce que tu pourrais nous dire ce qu’est le forum Intersexe de Douarnenez et son enjeu ?

Vreer : Le Forum Intersexe de Douarnenez représente un effort pour actualiser profondément le mouvement inter* francophone. La majorité des participant-e-s est francophone (soit de naissance soit ultérieurement). Dans tous les mouvements sociaux il y a un problème d’hégémonie anglophone. Alors pour le monde francophone ce Forum est une première. Une rencontre (prolongée d’une résidence avec quelques 20 activistes inter* du monde entier) dans lequel on a échangé sur les développements, et les problèmes comme l’absence de respect pour l’intégrité corporelle, qui est la plus grande plainte du communauté inter*.

Douarnenez a été choisi comme le lieu de notre rencontre parce que c’est là qu’il y a le festival annuel de films sur les minorités, généralement linguistiques ou ethniques, qui depuis quelques années comporte aussi une thématique sexe et genre, et intersectionnel vis-à-vis des malentendant-e-s. Un festival assez politique donc. L’intégration des trans/inter est le fruit de la coopération avec Vincent Guillot et l’OII Francophonie. 

Dans le contexte français c’est très important parce qu’il n’y a pas d’égalité des droits pour les trans/inter. Les personne inter* sont quotidiennement mutilées dans l’enfance.

« Une nouvelle intéressante et importante : on va attaquer les mutilations forcées d’intersexes en justice, en espérant qu’une plainte sera acceptée en Cour d’assises. »

Les Ourses à plumes : Peux-tu nous dire quels ont été les thèmes abordés cette année ?

Vreer : Parmi les thèmes il y avait des présentations sur l’histoire du mouvement inter* en France, sur la situation juridique en France et dans l’UE (avec des améliorations en Europe !), une table ronde sur les développements hors de l’Europe (Québec, Taiwan, Afrique subsaharienne). Une nouvelle intéressante et importante : on va attaquer les mutilations forcées d’intersexes en justice, en espérant qu’une plainte sera acceptée en Cour d’assises.

Les Ourses à plumes : Tu es aussi un-e activiste gender queer/trans* : comment penses-tu que ces questions sont liées aux enjeux intersexes ?

Vreer : Les questions queer/trans*/inter* sont liées au féminisme, à la lutte des personnes de couleur, c’est pour cette raison que je suis interesseÉ. Nos luttes séparées sont assez connues, maintenant il est temps d’intégrer nos luttes les unes aux autres, de se solidariser. De façon plus étroite, les questions trans, queer et inter* tournent autour des questions de l’autonomie corporelle, de la lutte anti-patriarcale qui se confronte aussi aux mecs gays et les meufs butch/femme qui ont des problèmes pour créer et obtenir le respect pour leur expression de genre. Dans un monde qui ne nous respecte pas, il faut se solidariser à tous les niveaux. Dans les rues (“Toubib, t’es foutu! Les inter* sont dans la rue!”) comme dans les gouvernements des Etats, les mouvements et les institutions des droits humains. Il y a toujours un grand manque de conscience féministe (et anti-masculiniste) dans nos mouvements et il nous faut changer ça.