Qu’est-ce que l’écoféminisme ?

Pacha Mama – Détails d’une fresque murale à Bariloche – Crédits Dauro Veras ©

L’écoféminisme, un courant pluriel

Comme l’écologie et comme le féminisme, dont il découle, l’écoféminisme se décline avec des approches différentes, voire opposées. La principale ligne de fracture d’un point de vue théorique est sans doute le rapport essentialiste qui lierait les femmes à la « Terre-mère ». Pourtant, dans les luttes, cette approche et la démarche matérialiste ne s’opposent pas si nettement. D’autant que dans certaines communautés indigènes, des notions comme la PachaMama sont à leur tour politisées. C’est alors davantage la dimension spirituelle ou non qui marque la différence dans les discours… mais pas nécessairement dans les actes.

Vandana Shiva, activiste écologiste et féministe matérialiste indienne – Crédits Augustus Binu©

L’écoféminisme matérialiste

Le matérialisme s’oppose à l’essentialisme. Il implique, pour faire court, que ce sont les rapports sociaux concrets qui créent les idéologies qui les légitiment, et non l’inverse. Ainsi, que les femmes et l’écologie sont liées, non pas en vertu d’un rapport spirituel ou essentiel entre La Femme et La Terre, mais parce que les femmes, en particulier dans les zones rurales et plus largement dans les pays dominés du Sud, assument les tâches liées aux enjeux écologiques.

Ainsi, le libre accès à l’eau, sa non-privatisation et sa proximité, l’accès à la terre, au bois, le contrôle des semences (contre des géants comme Monsanto), mais aussi la surexposition des femmes aux produits toxiques utilisés dans l’agriculture, sont des axes de luttes écoféministes.

L’écoféminisme est-il différent au Nord et au Sud ?

Starhawk, une écoféministe néopaïenne américaine – Crédits Dedda71

Historiquement, les écoféministes du Nord mettaient davantage l’accent sur l’oppression patriarcale des femmes et de la nature; il y avait aussi une approche paganiste, ou encore anti-spéciste. L’écoféminisme du Sud s’est lui davantage développé face à la « Révolution verte », c’est-à-dire la globalisation du productivisme agricole qui a détruit les structures traditionnelles et provoqué la main-mise des grandes industries agro-industrielles sur les exploitations locales avec une explosion de la pollution des sols et de l’air. C’est donc davantage les luttes sociales et l’écologie qui ont donné naissance à l’écoféminisme du Sud. Aujourd’hui les féministes du Nord commencent à intégrer davantage l’impact de la mondialisation et de l’impérialisme sur les femmes dans le monde.

Concrètement, les luttes écoféministes actuelles c’est quoi ?

Activistes philippines de Mindanao pour la souveraineté alimentaire – DR ©

Sont des luttes écoféministes toutes les luttes qui articulent la lutte pour la sauvegarde et contre le brevetage du vivant, pour l’accès aux ressources naturelles, pour le contrôle sur les semences, contre la pollution… et la condition des femmes.

C’est par exemple les mobilisations pour le droit à l’eau en Amérique Latine, contre les semences stériles de Monsanto en Inde, ou pour la souveraineté alimentaire aux Philippines.

 

 

Pour aller plus loin :
– « Qu’est-ce que l’éco-féminisme?« , brochure téléchargeable du groupe écosocialiste de SolidaritéS : entretien avec Yayo Herrero (sur l’écoféminisme anticapitaliste) et Alicia Puelo (sur l’écoféminisme de l’Illustration.
– Une interview de Maria Mies pour Europe Solidaire Sans Frontières, l’écoféminisme matérialiste.
– Une émission « Qu’est-ce que l’écoféminisme ? » sur Reporterre.
– L’incontournable « Ecoféminisme » de Vandana Shiva et Maria Mies.