Blanca Li chorégraphie le mythe de la femme double dans Déesses et Démones

Mouvements féministes : de l’automate à la femme

De Robot !, plus centré sur l’automatisme et le ‘machinisme’ des corps soumis à une programmation, Blanca Li tend ici à élaborer une pensée du mouvement plus mystique, plus chimérique, plus irréelle, loin de l’aspect robotique et fragmenté de ses dernières compositions. Déesses et Démones qui se joue au théâtre des Champs Elysées pour la première fois le 22 décembre 2015, se trouve plus proche de la représentation d’un corps absolu, vénéré, sacré, et fantasmé tout en étant en même temps une chair infernale, effrayante, diabolique.

Dans cette arabesque aux accents mythologiques Blanca Li, danseuse contemporaine associe les mouvements de son corps à ceux de Marie Alexandra, danseuse du Bolchoï, mêlant ainsi deux pratiques et idées antagoniques de la danse mais pas pour autant inconciliables comme elle le prouve ici, bien au contraire. D’un corps à l’autre, quels pas séparent la démone de la déesse dans cette danse paradoxale de la glace et du feu ?

Femmes en contradictions

Pour la chorégraphe franco-espagnole, qui s’intéresse à la place de la femme et de la féminité dans l’art de la danse et tout autant dans le monde, il est important de faire exister ces figures féminines. Elle explique que « ces femmes peuvent être les plus fantastiques ou les pires. Il y a de tout dans la vie, on a voulu évoquer beaucoup de sensations différentes, en jouant sur les oppositions ». On trouve de la contradiction dans la nature humaine et chez la femme qui doit être à la fois aimante, mère, amante, guerrière… Tantôt Vénus, parfois Minerve. Froide sagesse et flamme passionnée.

Crédits photo © Nico Bustos @Artlist

Deux entités qui recouvrent plusieurs visages à incarner sur scène donc dans des drapés rappelant les origines du thème, mais aussi naturellement le ballet du cygne blanc et du cygne noir de Tchaïkovski, référence intertextuelle implicite, le combien ô classique combat du bien contre le mal, de la lumière contre l’ombre.

Flamenco & Ballet russe

Car quoi de plus antithétique que le flamenco et la danse classique, que la danseuse espagnole et la ballerine russe ? A tour de rôle les deux danseuses personnifient les grandes figures poétiques et mythiques, tantôt bienfaitrices, tantôt machiavéliques. Un miroir donc et une dualité ancrée en chaque femme, car tout individu transcende ce manichéisme de manière bien plus complexe.  De l’union de ces deux corps, de ces deux techniques, à l’extrême opposé, Blanca Li tire de sa propre manière de voir la danse et la femme, une image puissante et complexe de l’être féminin.

Combat éternel du ying et du yang, la pureté de l’innocence et la vicissitude de la passion, jeu double de lumière et d’ombre, d’amour et de haine, à jamais contraires et liés. Conflit d’idées, de représentations et de pouvoirs, ces femmes, idéalisées, soulignent et célèbrent l’évocation d’un féminin autour duquel continue de persister mystère et fantasme. C’est un portait multiple de femmes en mouvement que Blanca Li porte dans ce spectacle.

La technique et la créativité au service du féminin

Blanca Li sait créer sa propre technique, et développe ses chorégraphies à base de ses propres envies et de sa propre vision. Dans Déesses et Démones, ce sont deux forces mythologiques qui exaltent « la puissance du féminin », qui sont mises en scène. Le culte du corps mais aussi celui des Dieux, traditions culturelles et mythologiques de la Grèce antique, sont sans doute à la source de ce spectacle qui fait passer les émotions de la féminité à travers le corps, le mouvement, l’image éphémère, toutes les facettes des femmes dans un spectacle à deux voix.

Dans la mythologie tous ces personnages féminins, femmes terribles, fortes, féminines, ont du pouvoir. Comment garder, montrer, cacher sa féminité sans tomber dans le cliché ? Blanca Li fait l’apologie de la femme dans toute sa complexité à travers l’allégorie d’une dualité forte dans une graduation d’un extrême à l’autre : de la déesse contre la démone.