La diversité est une forme de racisme anti-blanc-he-s pour Charlotte Rampling

Militer pour un panel d’acteurs et d’actrices plus diversifié reviendrait à être coupable de racisme « anti-blancs » ? C’est le parallèle fait par Charlotte Rampling lors de l’annonce du boycott des Oscars par plusieurs personnalités Afro-Américaines entre autres devant l’absence d’acteurs et d’actrices issu-e-s de minorités dans la liste des nominé-e-s.

Le boycott a été lancé le 19 janvier 2016 par Jada Pinkett Smith et Spike Lee. Le réalisateur américain a notamment laissé parler sa colère sur Instagram : « Comment est-ce possible que pour la deuxième année consécutive, la totalité des 20 nominés dans la catégorie des acteurs soient des blancs ? Et ne parlons pas des autres catégories. 40 acteurs blancs en deux ans et aucun de couleur. On ne sait pas jouer ?! WTF !!! »

Charlotte Rampling dénonce un racisme anti-blanc

Invitée sur l’antenne de la radio Europe 1, Charlotte Rampling ne comprend clairement pas la raison du mouvement de boycott : « « Peut-être que les acteurs noirs ne méritaient pas d’être dans la dernière ligne droite ?« . Tout en arguant qu’il est commun de commenter le physique d’individus : « « Lui il est moins beau, lui il est trop noir, lui il est trop blanc » ». L’actrice de 69 ans va plus loin : « Eux, ils se sentent comme une minorité, ils pensent ‘nous on est des acteurs noirs et on n’existe pas suffisamment’ ».

Charlotte Rampling est nominée aux Oscars pour son rôle dans « 45 ans ». Crédits © DR
Charlotte Rampling est nominée aux Oscars pour son rôle dans « 45 ans ». Crédits © DR

Dénoncer un « racisme anti-blancs » a un goût amer suite aux dernières actualités qui ont secoué les États-Unis durant ces dernières années. Des évènements particulièrement tragiques entre déni de justice et révoltes à l’image de Ferguson, suite à de multiples bavures policières filmées commises contre des citoyens américains de couleur. Être en minorité n’est pas qu’un sentiment comme elle le laisse entendre.

Delpy, jalouse des Afro-Américaines

L’actrice nominée aux Oscars n’a pas été la seule à avoir provoqué un tollé par ses propos. Julie Delpy s’est lancée dans une tirade agacée durant sa participation au festival Sundance :  « Il y a deux ans, j’ai fait une réflexion sur l’Académie des Oscars principalement composée de mâles blancs, ce qui est la vérité, et j’ai été conspuée par les médias. (…) Parfois, je me dis que j’aimerais être une Afro-Américaine parce que les gens ne leur font pas de réflexion. Le plus dur, c’est d’être une femme ».

Un mélange des genres de mauvais goût qui a forcé la réalisatrice française à revenir sur ses propos : « Je suis totalement désolée pour la façon dont je me suis exprimée. Il n’était pas du tout question de minimiser l’injustice faite aux artistes afro-américain-e-s et aux autres qui luttent pour l’égalité des chances et des droits, bien au contraire. Tout ce que j’essayais de faire, c’était de pointer du doigt les problèmes d’inégalité de chances dans le milieu dont les femmes sont aussi victimes (vu que je suis une femme). Il n’a jamais été dans mon intention de sous-estimer le combat de qui que ce soit ! (…) Encore une fois, je suis vraiment désolée pour ce malencontreux malentendu. Les gens qui me connaissent savent parfaitement que je ne tolère pas l’inégalité ni l’injustice, quelle qu’elle soit. »

Quinze Noir-e-s oscarisé-e-s

Depuis la création des Oscars il y a maintenant 90 ans, 2.947 statuettes dorées ont été décernées mais seulement 36 acteurs et actrices issu-e-s de minorités ont été récompensé-e-s selon Jeune Afrique. Soit 1,22 %. Parmi eux, quinze acteurs et actrices noir-e-s ont été honoré-e-s, la première étant Hattie Mac Daniel en 1940 pour son second rôle dans le classique Autant en emporte le vent.

Lui succèderont ensuite au fil des années : Sidney Poitier, Louis Gossett Jr., Denzel Washington, Cuba Gooding Jr, Whoopy Goldberg, Jamie Foxx, Halle Berry, Morgan Freeman, Forest Whitaker, Mo’nique, Octavia Spencer et plus récemment Lupita Nyongo.

Des mentalités lentes à changer dans le cinéma

Charlotte Rampling est revenue maladroitement sur ses propos en se berçant dans une utopie et en gardant ses œillères : « Je regrette que mes commen­taires aient pu être mal inter­pré­tés cette semaine dans mon inter­view avec Europe 1. Je voulais simple­ment dire que dans un monde idéal, les perfor­mances seraient toutes consi­dé­rées à oppor­tu­ni­tés égales. Je suis hono­rée de faire partie du merveilleux groupe d’acteurs et d’actrices nommés cette année« , a t-elle déclaré sur la chaîne américaine CBS News.

Qu’on se le dise, ce dérapage est un dérapage de plus venant d’une personnalité qui n’a pas compris les enjeux d’une telle revendication. Mais il ne doit pas dévier notre attention sur les profonds changements à réaliser dans cette industrie au sujet de la présence des minorités vivant aux États-Unis, et plus largement dans le reste du monde. Des acteurs et actrices comme Idris Elba, Viola Davis, Will Smith, Chris Rock en plus des acteurs et actrices sociaux seront les instruments qui amorceront le changement à Hollywood, et ailleurs. Les défilés de mode ont subi les critiques des reines du défilé Naomi Campbell et Iman. Misty Copeland a fait sensation en devenant la première danseuse étoile noire américaine de l’histoire.
La musique le fait si bien, pourquoi pas le cinéma ?

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Que tout se vive avec passion.