Scampi Club : les invisibilisé-e-s du monde de l’art

Comment est né le Scampi Club et ce que ce projet a de particulier ?

Scampi Club : Scampi Club est né à l’initiative de deux des membres de l’association, à la suite d’une discussion sur notre frustration de ne pas se sentir à notre place dans le monde de l’art. On s’est dit qu’il fallait qu’on utilise notre réseau pour créer notre propre niche et qu’on monte les événements qu’on avait envie de voir. On a ensuite créé cette équipe de 4 que nous sommes maintenant et on a commencé à y travailler.

La base du projet était d’organiser des expositions, des événements culturels pluridisciplinaires qui sortent de l’image d’Épinal du vernissage de galerie avec les sacro-saints arts-plastiques en clé de voûte, et puis la démarche militante est très vite venue s’ajouter. On a vite compris que cela ne nous correspondrait pas totalement si l’ensemble n’avait pas une touche de divertissement et de légèreté et c’est pour ça que nous avons eu très vite à cœur de montrer qu’on peut parler de culture, d’art et de militantisme en s’amusant, que cela n’a pas besoin d’être austère et trop sérieux.

Les quatre membre fondatrices de l’association
Crédits © Elisa McGregor

Pourquoi ce choix de se centrer sur les initiatives culturelles ?

Scampi Club : Nous sommes toutes les 4 dans des domaines artistiques et culturels, c’est ce qu’on connait le mieux. Elisa termine ses études d’illustration, Lucie est en master d’histoire de l’art, Ariane est en master en conception de projets culturels et Judith est dans la mode et la photo. C’est dans ce milieu que nous souhaitons toutes travailler et évoluer, c’est pourquoi on a décidé de monter quelque chose de concret.

Comment avez-vous fait le choix des personnes dites « invisibilisées » ? Quels sont les autres critères de sélection ?

Scampi Club : Le constat a été assez simple: les personnes les moins représentées et exposées dans le milieu de l’art, et dans la société en général, sont les minorités de genre, les personnes LGBTQ+, les personnes non-blanches et les femmes.

Étant féministes, on a rapidement eu envie que le premier événement tourne autour de ça. C’était évident, on s’est senties légitimes d’en parler et c’est un sujet que l’on connait bien.

On a donc voulu que les artistes soient exclusivement des femmes (cis ou non) parce qu’on estimait que leur point de vue sur le féminisme, la construction (ou non) de l’identité féminine et la Girl Culture devait être largement prioritaire, et que malheureusement on laissait trop souvent les hommes débattre seuls de ce sujet alors qu’ils ne sont pas les principaux concernés.

Un appel à projet nous a permis de réunir des artistes traitant de ce sujet, mais notre regret est qu’il n’ait pas vraiment dépassé les limites de nos cercles et que l’événement ne soit pas plus inclusif. Nous sommes vraiment contentes des artistes avec lesquelles on collabore et on espère que le premier événement nous fera gagner en visibilité notamment dans des cercles plus étendus.

Comment faire pour rejoindre ou proposer un projet ?

Scampi Club : Pour notre prochain événement, la sélection a déjà été faite. On conseille de rester attentif-ve-s à ce qu’il se passe sur notre page Facebook et/ou Twitter et participer au moment des annonces. Pour notre première soirée culturelle comme pour les autres, nous fonctionnons d’abord avec un « appel à projet » que nous diffusons sur nos réseaux pour que les artistes qui correspondent à ce que l’on cherche puissent nous proposer leur travail.

Mais il est évidemment possible de nous envoyer des candidatures spontanées, nous les garderons précieusement et si elles conviennent pour les prochains événements on les recontactera avec plaisir ! C’est aussi un bon moyen d’être dans notre base de données, on n’oublie pas les artistes qui nous marquent.

Sinon, pour soutenir l’association, il suffit d’y adhérer, de venir aux événements ou soutenir en achetant des goodies, par exemple.

Crédits ©ScampiClub

Quelles sont les prochaines échéances à ne pas rater ?

Scampi Club : Le jeudi 5 mai 2016 aura lieu notre premier évènement, F-WORD, au Supersonic à Bastille. Placé sous le signe de la Girl Culture et de la construction de l’identité féminine, il s’ancre dans une démarche féministe visant à re-crédibiliser et se réapproprier une culture vue de manière péjorative. Il y aura une exposition (illustrations, photos, sculptures, vidéo), deux créatrices (vêtements/lingerie) tiendront des stands et la soirée se poursuivra avec un concert puis un Dj-Set.

Nous avons également un autre projet qui aura lieu le 10 juin 2016, toujours au Supersonic, sur le thème du Body Positivisme. Nous avons dans l’idée de faire une grande fresque participative où chaque personne présente pourrait y mettre sa patte. Nous en parlerons sur nos réseaux après F-WORD.

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Tin Hinan est étudiante en histoire de l’art et anthropologie. Particulièrement touchée par les questions d’oppression des femmes et de racisme, elle va, entre autres, tenter de vous montrer comment l’art peut en être un excellent témoin. Vous la retrouverez souvent dans la chronique Femme & Art mais aussi ici et là selon l’actualité. Image : Lehnert & Landrock, Ouled Naïls, 1905