Body-positif : on fait le point sur la grossophobie – Partie 3

Le féminisme body-positif rejette le diktat du « corps idéal » : accepter son propre corps, tel qu’il est a aussi pour enjeu de cesser de ne voir les autres corps qu’à travers le prisme déformant de ce modèle prétendument idéal. Promouvoir l’estime de soi revient à lutter contre les stéréotypes quels qu’ils soient qui emprisonnent les corps dans des modèles qui, en plus, ne vont à personne.

Nous avons fait le point avec des blogueuses engagées dans la lutte contre la grossophobie : Olga, qui a créé le blog L’utoptimiste , Gaëlle, du blog Mince, t’es grosse ! Et Laurence, qui blogue sur Coups de Gueule de Lau et modère le groupe facebook « Anti-grossophobie/fat-shaming« .

Crédits © Olga – L’utOptimiste

Comment peut-on lutter activement contre la grossophobie ? 

Gaëlle : Il faut apprendre à écouter le ressenti des personnes concernées, lire des blogs, essayer de comprendre et surtout s’éduquer au respect et à apprendre à ne plus juger, du moins à se remettre en question quand jugement il y a.

Laurence : Ça va sûrement paraître un peu bateau de dire ça, mais commencer par en prendre conscience. Chacun.e individuellement. Parce que à l’heure actuelle quand on parle de grossophobie, on entend encore beaucoup de réactions tout à fait incrédules, de “non mais vous exagérez”. Pas mal de connaissances à moi, même militantes et quand même a priori un peu plus sensibilisées que le quidam lambda à ce type de problématiques, m’ont dit avoir découvert au travers du groupe que je co-administre à quel point la grossophobie avait d’impact sur la vie des personnes concernées. De là, j’en viens à la suite : informer. Relayer des informations, relayer des témoignages, visibiliser cette problématique. Et enfin : réagir. Ne pas laisser faire, quand on entend ou voit une situation où quelqu’un se bouffe des insultes grossophobes, ou quand on voit une personne faire la morale à une personne grosse “pour son bien” sur son alimentation. Sensibiliser. Expliquer. Dénoncer.  

Olga : On peut tout à fait contribuer à la lutte contre la grossophobie au niveau individuel, même lorsque l’on n’est pas directement touché.e. Tout d’abord, il faut faire accepter ce terme et ce n’est pas chose facile car on va souvent crier au néologisme pour essayer d’invalider ton propos, pratique pour éviter de parler des sujets qui fâchent… Il faut donc parler de l’aspect sociétal, systémique, des discriminations faites aux gros.ses, avec des exemples. Cela nécessite de se documenter sur le sujet, de lire des témoignages.

Crédits © Playmobil – publicité

Il est aussi nécessaire d’apprendre à réfuter le faux argument de « la santé », joker de la conversation anti-gros.ses. Car il existe autant de personnes minces et en mauvaise santé que de personnes gros.ses et en bonne santé, et inversement. Mais surtout, rappeler que la santé d’une personne ne concerne que cette dernière et que quel que soit notre statut à ce niveau, nous avons tou.te.s le droit d’être heureux.ses, représenté.e.s et de vivre en paix !

Enfin, il est primordial de couper court aux conversations toxiques sur le poids et le physique d’un.e tel.le ou d’un.e autre ainsi qu’aux discussions centrées sur le régime/la détox/le fitness. Elles ne font qu’entretenir le culte du corps, de la beauté et de la minceur, provoquer les pulsions que l’on peut avoir à se comparer entre nous, et dévaloriser avec toujours plus de violence, directement ou indirectement, les gros.ses. Bref, il faut rééduquer son regard (en suivant des militant.e.s body positive sur les réseaux sociaux notamment), entretenir la bienveillance dans son discours et intervenir lorsque l’on est témoin de discriminations grossophobes.

Quelques articles essentiels :
Pourquoi apprendre à aimer son corps est un acte féministe ? sur Terrafemina par Olga Volfson
Grossophobie médicale sur Libération
La grossophobie réplique tout du racisme ou du sexisme sur Slate