Théâtre expérimental : des comédiennes au combat

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© Alexandre Ah-Kye

Au Théâtre de la Bastille se joue jusqu’au 5 février 2017, une création de Séverine Chavrier résolument féministe. Un premier spectacle intitulé Après coups, projet Un-femme n°1 avait été créé dans ce même théâtre en 2015. Il s’agit maintenant d’une deuxième et nouvelle aventure (n°2) avec d’autres interprètes. Non pas une suite, mais une autre expérience, bien qu’elle ait des points communs avec la première : des jeunes femmes artistes de différents pays du monde qui sont venues se former au Centre National des Arts du Cirque de Châlons-en-Champagne. L’ambition née de ces rencontres, se nourrit de la pensée de Svetlana Alexievich, explore le féminin à travers les points de contact entre l’ Histoire et les histoires intimes de chacune.

« Je veux que les femmes soient belles, émouvantes, lumineuses », telle est la volonté de Séverine Chavrier quand elle les met en scène, qu’elles ne soient pas belles selon les canons esthétiques que la société impose sans cesse aux femmes, mais belles par leur puissance, par l’éclat que provoquent leur jeu, leurs danses et leurs voix sur scène. Choisir le plateau de théâtre, c’est aussi une manière de donner à l’expression « spectacle vivant » toute son ampleur et de lutter contre un usage néfaste des nouvelles technologies, en particulier des réseaux sociaux, qui tuent les femmes plus qu’ils ne les célèbrent.

Séverine Chavrier a travaillé à partir des vies réelles de ses actrices. Dans ce spectacle, elles sont trois sur scène : Asthar Muallem, Voleak Ung et Cathrine Lundsgaard Nielsen. Elles viennent respectivement de la Palestine, du Cambodge et du Dannemark. Il ne s’agit cependant pas d’un documentaire mais d’un lieu d’invention, plutôt une « poésie documentaire ». Séverine Chavrier, notamment lorsqu’elle utilise la vidéo, cherche à « filmer des endroits de travail qui peuvent devenir des endroits d’archives ». La bande-son, chargée d’éléments, et la lumière blanche, froide, quant à elles, forment une expérience sensorielle de la violence des conflits qui assaillent les femmes en permanence.

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© Alexandre Ah-Kye

Des femmes qui combattent

Au cœur de ce spectacle, on y voit le combat, ou plutôt les combats avec trois représentations : le combat guerrier, le combat sportif (boxe) et le combat mis en scène (catch). À tous ces niveaux, c’est aussi le combat singulier de chaque femme qui est représenté. Les femmes donnent des coups, en reçoivent, mais s’en donnent aussi à elles-mêmes. Cette violence est omniprésente dans la création artistique pour Séverine Chavrier qui sent qu’une femme artiste « se prend des coups », mais qu’elle a aussi la sensation que « ça va être toujours plus dur » et que finalement « on ne se pardonne pas beaucoup de choses ».

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© Alexandre Ah-Kye

Si la France est un pays pacifique, les femmes sont régulièrement confrontées à un autre type de violence sur le territoire : le harcèlement de rue, dont il suffit d’entendre l’expression pour percevoir ce qu’il a de ridicule. Le rire est notre couverture de survie, une arme d’émancipation qui met à distance et réduit à néant toutes les tentatives de dominations patriarcales. Mettre en scène et jouer, permet de prendre du recul, de voir et de montrer le ridicule après le choc de l’agression. En arrivant en France, les jeunes femmes sont partagées entre la folie de deux mondes : celui qu’elles ont connu, puis quitté dans une volonté d’émancipation, de sauver leurs vies également, et celui dans lequel elles vivent maintenant, qui porte lui aussi son lot de morts, comme ces corps anorexiques de la mode, véritable « maladie de l’Europe, des pays riches ».

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© Alexandre Ah-Kye

Les corps de ces actrices sont au contraire pleins de vie et leur jeu est ardant. C’est une puissance faite de souplesse, de force de caractère plus que de brutalité qui animent ces artistes dans ce spectacle. Elles incarnent différents aspects du féminin, mais elles jouent également des personnages masculins qu’elles imitent avec brio. Elles ne s’attaquent bien sûr pas à tous les hommes, mais bien à ceux qui s’octroient trop souvent un pouvoir illégitime, avilissant, les misogynes de tous types : ceux de la rue, les patriarches, les dictateurs…

Cette « carte du violent » qui se joue en ce moment au Théâtre de la Bastille jusqu’au dimanche 5 février 2017 se poursuivra par une tournée à Rouen le 15 et 16 mars 2017, puis à Lyon du 31 mars au 2 avril 2017, et par un 3ème volet actuellement en préparation.

Après coups projet Un-Femme n°2

Conception : Séverine Chavrier

Avec : Asthar Muallem, Voleak Ung, Cathrine Lundsgaard Nielsen

Son : Jean-Louis Imbert et Jérôme Fèvre  // Lumières : Laïs Foulc

Vidéo : Emeric Adrian // Plateau et régie générale : Loïc Guyon

Accessoires : Benjamin Hautin // Costumes : Nathalie Saulnier // Régisseur Bastille : Bruno Moinard

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