L’impunité des harceleurs à l’université dénoncée par le CLASCHES

CRL_-_Université_Toulouse_Le_Mirail_-_2013 crédit Wikimedia Commons

Début juin 2017, le CLASCHES (Collectif de Lutte Anti-Sexiste Contre le Harcèlement Sexuel dans l’Enseignement Supérieur), portait à notre connaissance l’intention de l’Université Toulouse Jean Jaurès d’attribuer un éméritat à Daniel Welzer-Lang. Ce professeur de sociologie ayant été plusieurs fois accusé de harcèlement sexuel sur des étudiantes et d’avoir des pratiques pédagogiques douteuses, le CLASCHES avait lancé une pétition s’indignant du choix de l’Université.

Dans celle-ci, le Collectif rappelait les accusations portées envers D. Welzer-Lang, mais aussi qu’il était du devoir de la présidence de les prendre en compte, d’ouvrir une enquête et de protéger et accompagner les victimes, comme le recommandent la Circulaire du 4 mars 2014 relative à la lutte contre le harcèlement dans la fonction publique et la Circulaire ministérielle du 25 novembre 2015 sur la prévention et le traitement du harcèlement sexuel dans l’ESR.

Cette pétition, signée par plus de 30 associations et collectifs scientifiques, professionnelles et féministes et ayant recueilli plus de 1200 signatures, dénonçait alors l’indécence de l’université d’accorder cet éméritat tout en ignorant les accusations portées contre le professeur.

Le 5 juillet 2017, le CLASCHES nous a informé que l’université Toulouse Jean Jaurès a choisi d’ignorer ces voix et d’accorder malgré tout l’éméritat à Daniel Welzer-Lang.

Quelles sont les conséquences d’une telle décision ?

« L’éméritat permettra à D. Welzer-Lang, une fois à la retraite, de poursuivre ses recherches et de bénéficier des conditions d’accueil pour le faire, de continuer d’encadrer les doctorant•es qui sont déjà sous sa direction, et donc de faire partie de jurys », regrette une militante du CLASHES, jointe par Les Ourses à plumes. Elle ajoute : « un éméritat est un prix symbolique qui procure au recevant la sensation de finir sa carrière avec les honneurs : lourdement problématique vis-à-vis des accusations qui ont parcouru sa carrière… »

De plus, le choix de l’université est une double peine pour les victimes du professeur : c’est fermer les yeux sur leurs agressions et un affront en récompensant celui qui les a harcelées. Celles-ci ont témoigné de manière anonyme et n’ont pas porté plainte auprès de la police pour se protéger de l’exposition on le sait si risquée pour un cursus universitaire lorsque l’on est étudiante, masterante ou doctorante face à un professeur connu et soutenu par la présidence. Mais l’université s’en est servi comme argument pour dénigrer les faits.

clasches-logo

Or, le communiqué de presse du CLASCHES rappelle que : « L’engagement de procédures disciplinaires par le président de l’université ne repose pas sur l’existence de « plaintes », qui n’existent pas en matière administrative, mais sur la connaissance de « faits paraissant suffisamment avérés », comme le rappelle la circulaire du ministère du 25 novembre 2015 sur la prévention et le traitement du harcèlement sexuel dans l’ESR ».

« Lui attribuer l’éméritat, alors que des accusations persistantes ont émaillé l’ensemble de la carrière de cet enseignant, serait très problématique, car cela reviendrait à nier la parole des victimes de harcèlement sexuel à l’Université et à décourager la parole de potentielles futures victimes de harcèlement. »

  • Lettre ouverte du CLASCHES

Enfin, nier la parole des victimes comme le fait l’université Jean Jaurès renforce l’impunité des agresseurs occupant une position dominante dans la société et participera à décourager d’autres victimes de harcèlement à se manifester. L’absence de réaction de la présidence face aux interpellations du CLASCHES et de la communauté féministe et scientifique montre la persistance d’un statu quo où les agresseurs s’en tirent à bon compte.

Cependant, le CLASCHES continue de dénoncer la décision de l’Université, et vous pouvez montrer votre soutien en signant la pétition toujours en ligne (lien), ajournée du communiqué de presse consécutif à la réponse de la présidence.

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