FIFF 2018 : Des courts-métrages de haut niveau

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©D.R.

Le 40e Festival International du Films de Femmes de Créteil a proposé une nouvelle sélection de courts-métrages en compétition. Voici les 3 films qui ont particulièrement retenu notre attention cette année:

Heimat d’Emi Buchwald

Un court étonnant aux nuances turquoises et roses pâles avec un rythme particulièrement bien maîtrisé : deux vues d’une forêt tranquille plantent le décor avant d’être brutalement interrompues. On découvre alors une personne charismatique, aux sourcils incrustés de diamants, extrêmement expressive et qui ne mâche pas ses mots. On comprend qu’elle témoigne d’une agression dont elle n’a été ni victime, ni témoin. C’est toute une famille qui est en fait présente et après quelques échanges houleux sur l’utilité de témoigner auprès de la police, une longue plongée de la caméra nous amène jusqu’à la victime de l’agression : le père. Un choix qui prend le contre-pied de ce qu’on sait des statistiques – les femmes sont généralement plus visées par les agressions que les hommes – et qui permet de révéler un conflit au sein du couple. On assiste à une courte scène dans laquelle le mari se sent, au-delà de l’agression, atteint dans sa virilité car lui et sa compagne font chambre à part. La situation, à peine esquissée, n’est plus explorée par la suite.

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©D.R.

Tout le court joue sur la notion d’attente: tension des personnages, choix d’une musique hésitante avec quelques sons de percussions, lieu de la plainte ambivalent entre construction moderne et végétation presque sauvage du couloir de plantes vertes, entrées et sorties de champ de chaque personnage. Il est fréquent de voir le nombre des membres de la famille évoluer en fonction de ces mouvements. Les entrées et sorties sont presque une mise en abyme de la situation familiale dans le film : les enfants reviennent auprès de leurs parents après avoir quitté la maison où ils ont grandi tout en cherchant un nouveau logement pour leurs parents. Pourtant, malgré l’éclatement du groupe, deux ralentis mis en musique rassemblent la famille lors de leur marche dans le couloir. On a alors presque une bande, une union dans le soutien face à l’agression. Le film est aussi clairement du côté des témoins: les policiers rient dans le flou de l’arrière-plan tandis qu’on voit de dos la chevelure nette de la jeune fille qui s’est exprimée.

Un plan-séquence à la fois fluide et dynamique clôt le film. Chaque membre de la famille déambule dans la maison au son de la musique électro dans une sorte de chorégraphie du quotidien réglée avec une extrême précision. Cette histoire de harcèlement non résolue ne nous fait pas rester sur notre faim tout en nous promettant plusieurs possibilités au-delà du film. Elle nous donne vraiment envie d’être revue et nous questionne sur la probabilité d’une suite.

 

L’ombre de la mariée d’Alessandra Pescetta

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©D.R.

Une femme seule pleure et lit les paroles poétiques de ses lettres à son époux défunt, sublimes lamentations qui nous transportent dans un milieu sous-marin habité par les morts. On croirait alors voir l’imaginaire de Tarkovski embrasser celui de Dante. Ce vibrant hommage aux victimes et aux veuves de la seconde guerre mondiale en Italie mobilise tous les moyens du cinéma pour nous plonger dans un monde fantastique. Le montage par exemple structure le film selon les codes du genre en choisissant de conclure par un retour au réel qui ne correspond plus vraiment  à la situation initiale.

L’esthétisation peut parfois mettre à distance. On apprécie pourtant la beauté mélancolique et la synesthésie que provoque ce court: jeux de lumières pour le plaisir des yeux, oreilles soit caressées soit frappées par les voix, travail minutieux du décor, choix pertinents des couleurs des costumes et cadrages précis des corps. Tout concourt à nous émouvoir sans trop nous tirer les larmes des yeux et nous laisse un souvenir fort après la projection.

Salvation de Thóra Hilmarsdóttir

Une poche de sang nous conduit au corps d’une femme, allongée dans un lit d’hôpital. Elle a survécu : c’est là que le drame commence. Tous les outils médicaux qui lui ont sauvé la vie, elle les arrache. Avait-elle l’intention de se suicider ? Non. Du moins, pas vraiment…

Ce court met en lumière les contradictions qui s’affrontent entre la médecine et la religion dans la lutte pour la vie. La protagoniste fait partie d’une communauté chrétienne intégriste qui interdit toute transfusion sanguine : Dieu seul sauve ses fidèles, aucun droit d’interférer sur ses créatures. En colère contre les médecins, déstabilisée par la présence d’un sang étranger dans son corps, la femme retrouve la personne donneuse et fait basculer le film dans un thriller.

Le court révèle un grave problème de société et utilise certains procédés des films de genre toujours avec une certaine homogénéité. On glisse de genre en genre sans s’en rendre vraiment compte et c’est précisément la réussite de ce film qui ne cherche pas à “faire genre”. En plus de l’originalité du sujet et du talent d’interprétation des comédien.ne.s, on est en empathie avec un personnage dérangé et dérangeant, une personne manipulée qui lutte entre son éducation et son expérience de la survie.

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©D.R.

Le FIFF de Créteil touche à sa fin et vous donne rendez-vous ce soir, samedi 17 mars 2018 à partir de 18h pour la soirée de clôture du festival avec la remise du palmarès, suivie à 19h30 de la projection du documentaire “Marianne Faithfull, fleur d’âme” par Sandrine Bonnaire et à 21h30 de la projection de “Les Filles/Flickhorna” de Mai Zetterling. La soirée se terminera par le DJ-set de Bparadise.

Dimanche 18 mars 2018, la MAC de Créteil projettera tous les films récompensés lors du festival. A noter aussi plusieurs projections hors-compétition auront lieu à La Lucarne, salle partenaire du festival: “Granny’s Dancing on the table” d’Hanna Sköld à 14h30, “Fantastic birthday” de Rosemary Myers à 16h30, “M” de Sara Forestier à 18h30, et “Stefan Zweig, adieu l’Europe” de Maria Schrader à 21h.

L’ensemble du palmarès sera également repris par Le Grand Action dans les jours qui suivent la fin du festival.

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