Festival du Cinéma Brésilien de Paris 2018 : vies d’adolescentes en effervescence

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© D. R.

Le 20e Festival du Cinéma Brésilien de Paris a débuté mercredi 3 avril 2018 et se déroule jusqu’au mardi 10 avril 2018 à L’Arlequin. Parmi les premiers films qui ont été projetés, Les Deux Irènes (As Duas Irenes) de Fabio Meira et Sérieux, maman?! (Fala Sério, Mãe! ) de Pedro Vasconcelos abordent de manière très différente des questions liées à l’adolescence féminine.

Les Deux Irènes :  de la sororité à la filiation

Ce film, actuellement en compétition, a déjà eu 6 sélections dans d’autres festivals (Berlin, Uruguay, Seattle, Quito, Lima, Trencianske Teplice) et a reçu le Prix du Meilleur premier film et de la Meilleure photographie du Festival International de Cinéma de Guadalajara 2017.

Irène, une adolescente de 13 ans au caractère introverti apprend à un défilé de miss l’existence d’une autre Irène de son âge, beaucoup plus à l’aise, elle, avec son corps. Elles se rencontrent, se lient d’amitié, éprouvent une certaine attirance l’une pour l’autre. À la découverte de leurs corps et de la séduction des hommes s’ajoute petit à petit pour les deux jeunes femmes une histoire de famille perturbante. La première Irène a deux sœurs (Solange et Cora) et une nounou (Madalena) en plus de sa mère et de son père. La deuxième Irène est la fille unique de sa mère mais partage, sans le savoir au début, le même père que la première Irène.

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L’environnement de chaque Irène représente deux aspects du couple et de la place de la femme dans la famille. On comprend que l’histoire des femmes dans la famille de la première Irène correspond à une longue tradition d’inspiration bourgeoise de transmission entre épouses et mères. La préparation du mariage de Solange, l’aînée, en est un exemple flagrant avec tout le cérémonial superficiel qui entoure le culte de la jolie robe. Les femmes déjà mariées de la famille tentent d’initier Irène et Cora à cette injonction à devenir une ravissante épouse. Peine perdue pour Irène, qui n’a que faire de s’extasier devant une robe, et qui parvient parfois à capter l’attention de Cora, la plus petite, par son attitude plus révoltée.

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Les femmes sont au cœur du film aussi pour nous amener à prendre conscience de l’emprise du patriarcat dans la famille. Il n’y a pas de manichéisme dans ce film. Sa grande réussite est certainement de nous montrer comment le père fait sa loi par tradition et confort personnel sans pour autant avoir une attitude caricaturalement tyrannique par exemple. Ses rapports avec la première Irène, celle qui découvre avant l’autre la vérité, sont conflictuels. Elle n’hésite pas à lui tenir tête régulièrement, à le sonder du regard, à le tester par des questions embarrassantes. Et pourtant, malgré ce qu’elle sait de lui et sa révolte intérieure, elle éprouve aussi de l’amour pour son père. De son côté, le père distant et dur dans ses remarques montre aussi à certains moment de l’amour pour ses filles. Il n’y a jamais non plus d’explication psychologique facile et évidente que l’on pourrait déduire des relations familiales de chaque Irène. On a juste la sensation que ces environnements différents ont peut-être influencé leurs rapports aux hommes.

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Une des autres particularités du film, vient dans le fait de représenter la salle de cinéma comme un lieu de drague pour les ados. Les rendez-vous ne sont jamais fixés à l’avance, mais ils sont tacitement convenus avec le risque qu’il/elle ne vienne pas, qu’il/elle refuse d’embrasser l’autre. Ces situations, récurrentes dans le film, en plus de créer une certaine tension dans l’histoire, permettent de jouer à l’image avec les entrées et sorties de champ des personnages, ainsi que leurs déplacements dans les rangées de fauteuils. Tout se passe alors dans la salle plus que sur l’écran, invisible pour nous. On perçoit, en revanche, la bande-son du film projeté. La mise en scène accorde d’ailleurs une grande importance aux sons off et à leur spatialisation, que ce soient les éclats de voix et ébats conjugaux des parents, un carreau cassé, un coup de feu, l’écho du prénom « Irène » crié du haut d’une falaise ou des chats qui se battent dans le grenier. Cette utilisation inscrit ainsi toujours les personnages dans un environnement vivant et souvent effrayant.

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Enfin, le réalisateur s’offre le plaisir de quelques plans purement esthétiques : une double vision d’une seule Irene à travers la fenêtre ou lorsqu’il filme une image étrange de son visage renversé dans le bain, réactif à la dispute des parents. Moments peut-être un peu trop déconnectés de ce qui se passe mais qu’on apprécie pour leur cinégénie. Il semble renouer davantage avec ses enjeux scénaristiques lorsqu’il travaille la beauté du paysage de la région, qui participe toujours à la vie des personnages.

Sérieux, maman ?! : Féminisme et bons sentiments

Cette comédie, qui a été un immense succès en salles au Brésil, est tirée d’un best-seller et propose un certain discours féministe. Il y a une destruction de plusieurs clichés accolés traditionnellement aux femmes comme la maternité fait voir la vie en rose, les petites filles aiment la danse classique, elles restent victimes de la mode au lieu de créer des choses par elles-mêmes…

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Le film donne une grande importance à la mère qui semble perdre avant ses enfants et aussi grâce à leurs naissances ses illusions sur le statut de la femme et de la mère dans la société. Elle se révèle assez vite indépendante, n’hésite pas à divorcer lorsqu’elle est trompée, à se remettre en question etc Elle a une vraie complicité avec sa fille malgré son étouffement pathologique de « mère poule » qui constitue le nœud principal de la comédie. Cette relation se rapproche assez de la notion de « sororité », la mère devenant presque la meilleure amie de sa fille.

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L’évolution elle-même de Maria Lourdes montre comment elle parvient dès l’enfance à s’épanouir et à gagner son indépendance: elle fait très tôt ses propres choix en refusant ce que ses parents tentent de lui imposer et en osant dire ce qu’elle veut vraiment faire. Elle trouve ensuite une alternative créative à l’incapacité de ses parents à lui offrir ce qu’elle désire. Elle se découvre alors un talent artistique qu’elle n’hésite pas à écouter et part vivre sa passion loin de chez elle au moment où elle entre dans l’âge adulte.

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Si le film est assez drôle au début, pendant l’enfance de Maria Lourdes et a le mérite de proposer une nouvelle représentation de femmes qui s’émancipent, il tend à s’essoufler progressivement pour s’acheminer vers des situations mélos et trop pleines de bons sentiments. Ce que l’on perçoit du statut social des parents – bien qu’ils ne soient pas très riches – montre qu’il ne vivent pas dans un milieu populaire, ce qui doit avoir un certain impact sur la représentation proposée des relations au sein de la famille. Les parents paraissent par exemple plutôt libres dans leurs choix, leurs carrières respectives, malgré leurs difficultés financières et sentimentales, ce qui rend peut-être la route vers l’indépendance de Maria Lourdes plus aisée et plus naturelle qu’elle n’aurait été dans un autre contexte.

Ce film sera à nouveau projeté Mardi 10 avril 2018 à 14h, et sera suivi d’un débat avec Thalita Rebouças, l’auteure du best-seller qui a servi à l’élaboration du scénario et le producteur Tuinho Schwartz.

À ne pas manquer :

Les bonnes manières / As Boas Maneiras de Juliana Rojas et Marco Dutra ce soir, jeudi 5 avril 2018 à 21h.

Une seconde mère / Que Horas ela Volta? D’Anna Muylaert, vendredi 6 avril 2018 à 16h.

Clara Nunes – l’étoile brillante, documentaire de Susanna Lira & Rodrigo Alzuguir, samedi 7 avril 2018 à 16h30 suivi d’un débat avec Dado Amaral et d’un bal Forro dans le hall à partir de 23h.

Bérénice / Berenice Procura d’Allan Fiterman, dimanche 8 avril 2018 à 21h en présence du réalisateur et d’Elisa Tolomelli, la productrice du film.

 La vie est mal foutue / Como  é Cruel Viver Assim de Julia Rezende, lundi 9 avril 2018 à 18h45 en présence de la réalisatrice et du directeur de la photo Dante Belluti.

Févriers, documentaire de Marcio Debellian pour la clôture du festival mardi 10 avril 2018 à 21h, en présence du  réalisateur.

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