Petit manuel d’autodéfense contre la bi/panphobie en milieu militant

Si les réflexions à caractère bi/panphobes sont majoritairement entendues hors des milieux militants, certaines sortent aussi de la bouche de membres de la communauté LGBTQI. Ce petit manuel en propose une compilation et des pistes de réponses et d’argumentaires, élaborées par des personnes bi/pan.

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« Personne ne sait que je suis bisexuel » : dans le monde hétérocentré, on part du principe que les personnes sont hétérosexuelles. Dans le milieu LGBT, qu’elles sont homosexuelles. © BiNet USA (Flickr)
Bi ou pan ?
La bisexualité et la pansexualité sont des orientations sexuelles qui s’éloignent de la norme hétéro et monosexuelle. Elles ont en commun que les personnes qui s’y identifient ressentent de l’attirance romantique et/ou sexuelle envers plusieurs genres, et que les systèmes d’oppression qui les concernent sont les mêmes. Certain·e·s se définissent « pan [sexuelles]» car illes sont attiré·e·s par des personnes, indépendamment de leur genre, et/ou pour inclure leurs attirances envers des personnes non-binaires. Une partie de celleux qui se disent « bi » adoptent désormais la définition « être attiré·e par plus d’un genre » et incluent les personnes non-binaires. Mais le terme « bisexuel·le » continue d’être utilisé pour dire « qui aime les hommes et les femmes » du fait de son préfixe rappelant la binarité.

 

« La bi/panphobie n’est pas une oppression systémique / ça n’existe pas »

L’oppression systémique, c’est une oppression perpétuée par un système, par un groupe dominant qui détient des moyens politiques, économiques ou institutionnels lui conférant le pouvoir d’établir des préjugés pérennes sur un autre groupe. Ce second groupe subira alors des discriminations et des violences fondées sur une idéologie, dans le but de les dominer et les exploiter.

La bi/pansexualité va complètement à l’encontre de l’idéologie patriarcale car son existence, comme celle de tout ce qui n’est pas cisgenre, hétéro et dyadique, menace l’exploitation du travail et du corps des femmes par les hommes.

Aussi, contrairement à ce qu’on entend souvent, les bi/pan ne sont pas seulement discriminé·e·s quand illes sont en couple avec une personne du même genre. Pour la majeure partie de la société qui prône le couple hétéro à deux et la famille nucléaire comme la seule voie possible et imaginable, les attirances multiples des bi/pan ne sont pas très « Manif pour tous ».

On voit aussi qu’il existe des préjugés attribués spécifiquement aux bi/pans. Par exemple, les personnes bi/pan perçues comme femmes sont hypersexualisées dans leurs représentations médiatiques et dans l’imaginaire collectif. Ce sont des personnes à qui on propose des plans à trois quasi systématiquement, et qui incarnent beaucoup de fantasmes sexistes. Elles sont vues comme infidèles par les homos et les hétéros ou bien on imagine qu’elles peuvent avoir « deux fois plus » de relations.

Enfin, la stigmatisation de cette orientation montre, d’après les résultats préliminaires de l’enquête nationale sur la biphobie menée en 2017/2018, qu’il est difficile d’en parler et de s’outer : 66% des personnes interrogé·es ne parlent pas librement de leur orientation et 55% ont vu leur orientation remise en cause.

« Ça va passer, moi aussi avant d’être lesbienne/gay je me disais biE »

Il est tout à fait possible pour certain·e·s lesbiennes ou gays d’être passé·e·s par une période où illes se définissaient comme biEs. Quelques un·e·s ont pu dire cela pour « rassurer » leur entourage sur le fait qu’illes pouvaient encore avoir des relations vues comme hétérosexuelles et donc que « tout n’était pas perdu » (sic). C’est de l’homophobie intériorisée et certaines personnes LGBTQI peuvent passer par là car il est difficile de s’admettre que l’on ne correspond pas aux standards indiqués par la société hétérocisnormée.

Cependant, dire cela à une personne qui dit être biE/pan, c’est l’infantiliser et lui nier sa capacité d’autodétermination. Ce n’est pas parce qu’on est gay ou lesbienne et passé·e par là que c’est la même chose pour tou·te·s.

Ce n’est pas forcément un moment transitoire, ni un « demi-coming out » … Les personnes biEs/pans sont tout à fait capables de savoir ce qui les définit, et de connaître leurs attirances.

« Quand on est bi/pan, on peut choisir le privilège d’être hétéro/a »

Si être au placard, est un privilège, pourquoi pas…

Cette phrase sous-entend qu’on pourrait choisir de n’avoir que des relations hétérosexuelles et se présenter comme hétéro/a au reste de la société, tandis que les lesbiennes ou les gays n’auraient pas ce choix. Sauf que même si l’on est en couple hétéro à un moment, se présenter ainsi quand on est bi/pan c’est nier son identité.

Pour rappel : les bi/pan ne sont pas « à moitié homo à moitié hétéro », illes sont entièrement bi/pan car leur orientation ne dépend pas du genre de la (des) personne(s) avec qui illes relationne(nt).

« Techniquement je suis biE mais je trouve ça plus pertinent politiquement / plus radical de me dire gouine/PD » (termes dont l’utilisation est bien entendu réservée aux personnes qui se définissent comme tel·le·s)

Est-ce pertinent politiquement d’utiliser un terme qui ne nous définit pas ? Est-ce respectueux pour les personnes qui nous attirent dont le genre est invisibilisé par ces termes quand illes ne sont pas des femmes/hommes cis ?

Est-il plus radical d’être monosexuel·le (attiré·e par un seul genre) ou bien de dépasser le genre dans ses attirances ?

Ne pas se définir comme biE/pan, dans le milieu queer, c’est aussi une manière de sous-entendre que l’on n’est absolument pas hétéro. Or, on peut être biE/pan, féministe radicale et être attirée par des hommes cisgenres. Cela ne fait pas d’elles des personnes moins queer, moins radicales. Et elles ne méritent pas d’être exclues des milieux queer pour cela, ni qu’on leur dise « t’as qu’à pas sortir avec eux ». Au contraire, elles ont besoin de penser collectivement comment vivre leur orientation dans ces relations et d’être soutenues en cas de violences de la part du partenaire lorsqu’il n’accepte pas qu’elles soient biEs/pans.

Cet article a été publié dans le premier numéro de notre revue papier féministe, publié en septembre 2018. Si vous souhaitez l'acheter, c'est encore possible ici.

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