Marion Le Guével interprète la rupture en danse-théâtre

Marion Le Guével, chorégraphe et interprète, se produira dans un solo de danse-théâtre « Aussi loin que la mer » du 13 au 17 février 2019 au Lavoir Moderne Parisien. Rencontre et discussion autour du thème de son spectacle : la rupture.

Marion LG couleur

© Julien Borel

Peux-tu nous raconter ton parcours, ta formation ?

Marion Le Guével : J’ai commencé par le théâtre vers 18 ans, au cours Périmony, puis j’ai intégré une école de danse portée sur le social pour faire de la médiation culturelle par la danse. J’ai vite accroché avec la danse contemporaine qui me permettait d’aborder les questions de théâtralité dans la danse et d’ouvrir d’autres possibles au delà d’une technique formelle. Cela fait maintenant une dizaine d’années que je donne des cours en parallèle de mes spectacles.

Qu’aimes-tu dans l’enseignement de la danse ?

L’enseignement ça te met face à tes compétences, on se demande toujours comment les partager ! Il faut se faire confiance, observer les élèves et on apprend de leur part. On se rend compte qu’il y a plein de portes d’entrées pour transmettre, on fait appel à l’imaginaire. Ma formation m’a donné des outils notamment sur le développement général des enfants, mais elle se fondait beaucoup sur des postulats des années 70. Je crois qu’ils s’appliquent moins aujourd’hui. A ce moment-là tout tournait autour de la libération des corps, peut-être un peu plus bridés par l’école, la société. Maintenant, les petites filles comme les petits garçons me semblent plus libérés de leurs corps.

Pourtant on est encore loin de la mixité dans les cours de danse, non ?

Effectivement, à part quand je fais des ateliers obligatoires pour des classes entières, il n’y a pas de garçons, peut-être 1 ou 2 parfois. Même chez les adultes, il n’y a que des femmes.

Ton spectacle parle de la rupture amoureuse, est-il universel ?

La rupture c’est du domaine de l’intime, on croit vivre un drame personnel mais c’est une expérience universelle. Elle nous amène dans un état archaïque. Mais j’ai essayé de m’en amuser un peu, de ne pas faire un spectacle uniquement larmoyant ! Comment se relever d’une rupture ? J’ai voulu montrer qu’on avait des ressources souvent insoupçonnées. Cela parle de la question du champ d’action que l’on a pour se remettre et est-ce que l’on peut vraiment agir. Agir ou être agit, comment faire face, par quels moyens peut on se réouvrir doucement à la force de la vie. Dans le spectacle je joue sur les rôles que prennent les femmes et les hommes dans les histoires d’amour, inspirée par des films d’auteur un peu vintage.

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© Julien Borel

Penses-tu que nous sommes toujours façonné-es par notre genre dans les relations amoureuses ?

Probablement. J’ai remarqué, surtout en discutant avec des amies, que les hommes (cisgenres, ndlr) avaient tendance à être plus pudiques, qu’ils montraient moins leurs failles, leur intime. Que ce n’est pas quelque chose dont ils parlent entre eux, même si j’ai l’impression que ça bouge un peu, notamment dans les paternités. C’est sûrement un héritage collectif, il faut en être conscient·e. Mettre le doigt sur son héritage familial aussi.

Quel est ton héritage à toi ?

Je viens des côtes de la Bretagne alors il y a cet héritage des femmes qui restent et gèrent tout pendant que les hommes partent en mer. Ça devenait alors presque un matriarcat. On m’a raconté cette histoire sur mon arrière grand-mère qui tenait un bar pendant la guerre et qui a refusé que des Allemands y rentrent : il parait qu’elle était si imposante et sa voix si grave qu’ils n’ont pas insisté et sont partis immédiatement ! Quand j’étais petite, j’étais aussi en conflit avec mon grand-père qui semblait étranger à la répartition des taches ménagères. Je disais à ma grand-mère : « Mamie rebelle-toi ! » mais rien ne changeait. Beaucoup d’histoires de ces femmes qui ont œuvré dans l’ombre finissent par être oubliées, issues de classes sociales modestes, elles devaient faire preuve d’ingéniosité, s’entraider et trouver de nombreuses ressources au milieu d’ une vie parfois très laborieuse.

En parlant de labeur, quelles sont les difficultés que tu as rencontrées lors de la création de ce spectacle ?

Ce spectacle n’est pas acheté, c’est donc un obstacle mais je reçois beaucoup de soutien de la part des personnes qui m’entourent. Vu que pour moi être artiste c’est un choix, j’ai du mal à me plaindre. Demander du soutien financier, des subventions, c’est un travail à temps plein ! C’est très compliqué de partir de son idée et de trouver des financements, surtout quand on est une petite compagnie. Les donneurs de financements demandent que les compagnies aient fait leurs preuves, qu’elles existent depuis plusieurs années et qu’elles aient des partenaires car ils ne les aident pas sans l’assurance que leur spectacle sera joué. Le prochain spectacle dans lequel je vais jouer et que je vais chorégraphier  sera « La république des abeilles », c’est un très beau conte-documentaire pour le jeune public écrit et mis en scène par Céline Schaeffer, la première sera cet été à Avignon puis partira en tournée dans toute la France.

FLYER ALQLM

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