« Daria Marx, ma vie en gros » : un appel au droit d’exister

Après la sortie de son livre Gros n’est pas un gros mot en 2018, Daria Marx co-fondatrice du collectif Gras politique, présente en 2020 un documentaire sur sa vie de femme grosse au sein d’une société assurément grossophobe. Réalisé par Marie-Christine Gambart, ce film témoigne avec émotion de la violence de cette discrimination encore trop banalisée.

Diffusé le 25 février sur France 2, il est désormais disponible en replay jusqu’au 24 avril 2020 sur france.tv.

© Morgane production

Pour un changement du regard sur les gros.ses

En France les personnes grosses représentent 15% de la population, soit un peu plus de dix millions de Français.es. Pourtant elles sont quasiment absentes de notre environnement visuel : « Moi j’ai longtemps cru être la seule grosse de France […] personne ne me ressemblait jamais. », remarque Daria Marx. De la publicité au cinéma en passant par les magazines, les gros.ses n’apparaissent pas ou peu, et quand cela arrive, c’est souvent à titre secondaire.

Victimes d’invisibilisation, les personnes comme Daria Marx dérangent la société occidentale, dont la minceur et le healthy sont devenus un véritable culte. « Nous essayons de prendre notre place dans un monde qui a bien du mal à nous en laisser. », explique la jeune femme dans l’introduction du documentaire. Les gens gros, devenus l’incarnation de ce que la société rejette, sont lynchés et invités à maigrir s’iels veulent être accepté.es.

« Nous essayons de prendre notre place dans un monde qui a bien du mal à nous en laisser. »

L’injonction à la minceur pèse d’autant plus sur les femmes grosses qu’aux yeux de la société patriarcale, leur corps témoigne d’une négligence à leur devoir de beauté – étroitement associée à la minceur – et ainsi les blâme doublement. En effet selon l’étude du Défenseur des droits (2017) 11% des femmes contre 6% des hommes en surpoids seraient discriminées à l’embauche, témoignant par là de l’exigence physique plus élevée qui pèse sur les femmes.

Ce film conçu comme « une histoire intime du petit peuple des gros », nous invite alors à regarder ces corps dont on nie l’existence, à nous familiariser avec leur présence qui trop souvent interpelle et gêne. Dès le début Daria affirme son identité de grosse, notamment en se réappropriant le terme galvaudé : « Je suis grosse pour de vrai ; ni ronde, ni voluptueuse, juste grosse. ». Le ton est donné. Dépossédé.es de leur corps par cette société qui les juge sans relâche, les gros.ses appellent à une fin de l’aliénation sociale pour enfin exister librement.

© Morgane Productions

Entamer un dialogue

Par une plongée dans l’intime, une certaine proximité des protagonistes se crée, rendant l’expérience de ce quotidien violent plus significative. Avec humour, Daria et ses ami.es, reviennent à plusieurs reprises sur des situations grossophobes qu’iels ont vécues et parviennent malgré la férocité des humiliations à les tourner en dérision. Cette légèreté apparente des propos souligne au fond la gravité du problème et invite à remettre en question notre rapport à la grosseur.

« Nous ne sommes pas nés gros, nous le sommes devenus », rappelle Daria afin de mettre l’accent sur l’importance des différents facteurs de la prise de poids. Violences physiques, violences psychologiques, pression sociale, pression familiale, autant de causes qui peuvent provoquer un trouble alimentaire et conduire à une surcharge pondérale. « Si je n’avais pas pris ce poids, je serais morte ». Pour Daria, manger a été un secours à sa détresse psychologique d’alors.

« Le vrai problème des gros c’est la psyché. Pourquoi est-ce qu’on mange autant ? C’est là qu’il est le point central. »

Le rôle de la psyché est largement sous-estimé dans la prise de poids des individus et cette absence de reconnaissance intensifie bien souvent leur mal-être. « Le vrai problème des gros c’est la psyché. Pourquoi est-ce qu’on mange autant ? C’est là qu’il est le point central », souligne Eva Perez-Bello co-fondatrice de Gras Politique. Il est aujourd’hui nécessaire d’ouvrir le dialogue sur la dimension psychologique de l’obésité afin d’en admettre les souffrances sous-jacentes et pouvoir les prendre en compte.

Loin de vanter l’obésité, ce documentaire entend réaffirmer l’existence de ces personnes stigmatisées et marginalisées, en interrogeant particulièrement notre rapport au hors-norme dans un système hyper normé. Il sensibilise à la banalisation de la grossophobie au sein de notre société, finalement peu alerte de la question et nous fait comprendre que pour elleux, leur existence même est politique. Face à cela, à Daria Marx de conclure : « Notre corps est un champ de bataille, nous réclamons un armistice pour un peu de paix ».

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