Un manga sur le harcèlement au travail : Moi aussi, par Reiko Momochi

« Satsuki Yamaguchi travaille en intérim en tant qu’opératrice dans un service client téléphonique. Elle est aussi formatrice pour les nouveaux employés. Très investie dans son travail, elle devient malheureusement la cible du harcèlement sexuel d’un de ses supérieurs. Ce récidiviste notoire a jeté son dévolu sur Satsuki… Sombrant peu à peu dans la solitude et l’isolement, la jeune femme réussira-t-elle à briser la loi du silence ?
Basé sur une histoire vraie, Moi aussi raconte le combat d’une jeune femme, victime de harcèlement sexuel, pour se faire entendre dans une société patriarcale. »

Page de couverture du manga Moi aussi par Reiko Momochi

L’histoire vraie de Kaori Sato est racontée par Reiko Momochi au sein de deux mangas, parus cette année aux éditions Akata. Kaori Sato est aujourd’hui militante des droits des femmes au Japon et a été consultée à tous les instants lors de la création de ces deux ouvrages.
Jusqu’au mois d’avril 2021, 5% des recettes de vente du tome 2 sont reversées à Solidarités Féminines qui gère notamment le 3919, numéro d’appel d’aide aux femmes violentées.

Le premier tome relate de manière puissante la tombée en dépression de l’héroïne : incompréhension, peur et mal-être sont au centre de la narration. L’ennemi ici est très bien ciblé : le supérieur direct de Satsuki Yamaguchi. Alors que la jeune femme doute d’elle-même et cherche à ne pas faire de vague, son agresseur prend de plus en plus de liberté. Sans que cela soit dessiné de manière trop explicite, préservant ainsi le lecteur de certains de ses potentiels propres traumatisme, une main serrée sur l’épaule suffit à dire toute l’emprise que l’homme a sur elle.
Le point particulièrement poignant de l’ouvrage est la manière dont sont décrits les conséquences des différentes agressions : alors que Satsuki Yamaguchi était une jeune femme pleine de vie, confiante en ses capacités, elle sombre peu à peu dans la dépression. Là encore, les choses sont suggérées : une chambre de moins en moins rangée, des dialogues fermés avec sa mère, des amies qu’elle ne voit plus, des crises de boulimie, des moments de panique intenses et des amnésies passagères. Le stress post-traumatique est également abordé avec justesse.
Satsuki Yamaguchi retrouvera sa force dans la solidarité féminine. Elle trouve par hasard le contact d’une association d’entraide alors qu’elle est mal reçue à l’inspection du travail. Après un appel, salvateur, elle se rend au bureau où elle rencontre enfin ce dont elle a le plus besoin : de l’écoute et du soutien. C’est ce soutien qui lui permet, dans le second tome de se battre jusqu’au bout, par toutes les instances possibles, afin de faire reconnaître le harcèlement qu’elle a subi et les conséquences psychologiques comme accident du travail. Les deux mangas déroulent ainsi plusieurs années de combat, porté par des femmes abîmées, faillibles, mais rendues fortes par leur sororité.

La représentation du traumatisme et des solutions

Outre l’histoire de Kaori Sato, les ouvrages se proposent d’être pédagogiques : ils expliquent, simplement, les mécanismes d’emprises propres au harcèlement au travail et au harcèlement sexuel, ainsi que les conséquences psychologiques qui en découlent. Pas une seule fois l’auteur se trompe d’ennemi, blâme la jeune femme ou même celles et ceux qui ne voient rien – ou préfèrent se taire. Au contraire, le parti pris est celui de l’explication, sans jugement. C’est ce qui en fait la force : on compatit, on souffre mais surtout on apprend. Et surtout, si on est victime, on s’identifie.

Bien que les scènes se déroulent au Japon, le harcèlement sexuel est universel : il touche toutes les personnes, enfants ou adultes. Il enferme, ostracise et détruit de nombreuses vies. Encore aujourd’hui, il est difficile de faire entendre sa voix : absence de preuves concrètes, remise en question de la parole des concerné-es, étouffement des affaires au sein des entreprises, etc. C’est pour cela qu’il faut tenter de ne pas s’isoler et multiplier au contraire les places de paroles : il existe en France le numéro vert de France Victimes (116 006) et l’association AVHT qui accompagne les victimes de harcèlement au travail. Le 3919 peut également vous offrir un véritable espace de paroles. Enfin, l’Association européenne faites au Femmes au Travail permet d’avoir des ressources précieuses et une écoute essentielle.

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