L’Observatoire de la lesbophobie : une plateforme de ressources sur les lesbiennes, pour les lesbiennes

Créé en 2021, l’Observatoire de la lesbophobie est un centre de documentation et de ressources en ligne sur la lesbophobie et les parcours lesbiens. Nous avons rencontré Sarah, co-fondatrice de l’Observatoire.

L’Observatoire de la lesbophobie, créé en 2021, est une structure bénévole et indépendante qui se donne pour mission d’accueillir les témoignages autour de la lesbophobie, de diffuser un ensemble de ressources sur les lesbiennes, de visibiliser leurs vécus et leurs parcours et d’interpeller les pouvoirs publics et la société. Il a reçu le soutien de la LIG (le fonds de dotation féministe et lesbien). 

Pour commencer, pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous avez créé cet observatoire ? Pourquoi avoir abandonné l’ancien format « Paye ta Gouine »* ?

Sarah : « Paye Ta Gouine » a été lancé en 2018 et s’inscrivait dans le mouvement de libération de la parole sur les violences faites aux femmes (dans la continuité de « Paye ta Shnek »). Notre objectif était de créer un espace afin de relayer la parole des lesbiennes sur la lesbophobie vécue au quotidien, étant donné que la lesbophobie est un phénomène social mal connu. Le recueil et la publication de témoignages en ligne était le point de départ d’un projet plus large visant à mettre en lumière la lesbophobie en tant qu’expérience sociale commune.

Au bout de 3 ans, nous nous sommes rendues compte que c’était une première étape, et que le format des réseaux sociaux était limité pour nous ; on a voulu proposer autre chose. Avec l’Observatoire nous souhaitons enrichir ces témoignages par un ensemble de ressources (culturelles, universitaires, associatives et institutionnelles) sur la lesbophobie et les parcours lesbiens. L’objectif principal est de visibiliser les lesbiennes en partageant leurs vécus, leurs expériences, et d’alerter l’ensemble de la société et en particulier les pouvoirs publics sur ce que recouvre la lesbophobie. 

Qu’appelez-vous « parcours lesbiens » ? Pourquoi ce choix de les relayer ?

Par parcours lesbiens, on entend les expériences et les vécus. Nous proposons toujours un formulaire en ligne pour recueillir les témoignages de lesbophobie, mais nous avons souhaité compléter ces témoignages anonymes par un ensemble de ressources culturelles par exemple : des podcasts sur les parcours de PMA, la question du coming out, de la santé… L’idée était de réunir des contenus sur les expériences des lesbiennes, dont la lesbophobie fait partie. Nous avons également souhaité valoriser des ressources diverses afin de présenter un panorama de ce qui existe actuellement en France sur le sujet. La réalité, c’est que les lesbiennes sont invisibilisées. C’est pourquoi notre volonté était de mutualiser toutes les informations disparates les concernant. Les lesbiennes sont présentes et visibles lorsque l’on sait comment regarder et où chercher. 

Une question un peu plus générale : pourquoi parler de lesbophobie plutôt que d’homophobie ? 

Le terme « homophobie » recouvre les discriminations et les violences qui touchent les gays et les lesbiennes et il a tendance à invisibiliser les expériences des lesbiennes. En 1998, les militantes de la Coordination Lesbienne en France ont créé la notion de « lesbophobie » pour insister sur la stigmatisation sociale et les violences qui touchent particulièrement les lesbiennes en raison de leur genre et de leur sexualité. La lesbophobie est une expérience sociale qui a ses particularités, et les témoignages que nous recueillons et publions illustrent très bien ses différentes manifestations.  

Avec le mariage pour tous et toutes (2013), l’ouverture de la PMA notamment aux couples lesbiens (2021), et au vu de l’homophobie et de la lesbophobie ambiante à ces moments-là, est-ce que vous avez eu l’impression qu’il y a eu une libération de la parole autour de la lesbophobie ou, au contraire, un déchaînement de violence ? Est-ce que ces avancées ont changé quelque chose dans les prises de parole ?

Ce qui est sûr, c’est que dès qu’il y a une avancée sociale de ce genre, il y a forcément un retour de bâton – ce qu’on appelle le « backlash ». Plus il y a de la visibilité, plus il y a des réactions à l’encontre de ces avancées sociales et des personnes concernées. Au moment des discussions autour de ces deux projets de loi, nous avons effectivement assisté à une banalisation des discours lesbophobes. 

Pour ce qui est du traitement médiatique de la PMA, les lesbiennes étaient rarement, voire jamais, consultées dans le cadre de ce projet de loi, notamment dans les médias. Le mot « lesbienne » n’était pas employé, notamment par Emmanuel Macron ; on parlait de « couple de femmes », de « femmes qui aiment des femmes »… Ce qui est paradoxal, c’est que c’était un projet de loi qui visait les lesbiennes, et on a assisté à une invisibilisation des premières concernées lorsque le sujet était abordé. 

il y a une évolution : il y a de plus en plus de contenus, de films par exemple. Au niveau culturel, quelque chose bouge. Mais il y a encore pas mal de choses à mener. C’est aussi dans ce contexte-là que l’Observatoire s’inscrit : prendre en considération les lesbiennes, les nommer pour mettre fin au tabou autour du mot et le réhabiliter de manière positive. Sur notre page d’accueil, on a mis un visuel : « comment se dire lesbienne dans une société hétérosexiste », parce que se dire « lesbienne » n’est pas une chose facile et reste compliqué pour beaucoup de lesbiennes. Le mot est encore connoté négativement, notamment parce qu’il fait référence à la culture pornographique. Il y a donc un enjeu autour de l’usage du mot « lesbienne ». 

Ainsi, le terme lesbophobie est apparu en 2015 dans le dictionnaire et reste très peu utilisé. L’année dernière, en 2021, la ministre déléguée à l’égalité hommes-femmes Elisabeth Moreno avait tenu un discours lors de la journée de la visibilité lesbienne et a dit à plusieurs reprises les mots « lesbienne » et « lesbophobie » mais cela reste très marginal comme discours. 

On espère que le site de l’Observatoire sera consulté par les lesbiennes et qu’il sera un espace d’information et de sensibilisation à destination de l’ensemble de la société. Nous avons à cœur que ce soit un site de ressources sur les lesbiennes, pour les lesbiennes, et qu’il contribuera à faire reconnaître la lesbophobie comme une violence à part entière.

* « Paye Ta Gouine » était un Tumblr présent sur plusieurs réseaux sociaux qui recensait des témoignages de lesbophobie. 

** « Paye ta Shnek » recueillait les témoignages de victimes de harcèlement de rue

Retrouvez l’Observatoire ici ; également sur Facebook, Instagram et LinkedIn

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