Une vingtaine de personnes sans-papiers ont commencé une grève début juillet 2023 pour dénoncer leurs conditions de travail inhumaines au sein de la communauté Emmaüs de la Halte Saint-Jean, à Saint-André-lez-Lille dans le Nord. Considéré-e-s comme bénévoles, leurs droits sont bafoués et empêche tout espoir de régularisation.

« Nous travaillons huit heures par jour : de 8h30 à 17h30, avec une pause déjeuner. Nous sommes payé-e-s environ 150 euros par mois (une fois enlevée la redevance pour le logement et la nourriture), et pour les nouveaux et nouvelles entrant-e-s, encore moins », décrit Alixe, l’une des porte-parole du collectif de grévistes de la communauté Emmaüs de la Halte Saint-Jean, à Saint-André-lez-Lille, dans le Nord. Cette situation, iels sont une vingtaine de personnes sans-papiers à la connaître depuis de nombreuses années.
Cet Emmaüs leur demande de travailler à moindre coût durant plusieurs années, en échange d’un hébergement sur place et la promesse de les aider à obtenir une régularisation. « On me faisait miroiter d’attendre à chaque fois six mois de plus… », se souvient Happy, qui a commencé à travailler à Emmaüs en 2018. « Et bizarrement, les sans-papiers blancs, obtenaient une régularisation plus rapidement », constate-t-elle, amère.
Car ce que dénonce ce collectif d’une vingtaine de personnes, en grève depuis le 4 juillet 2023, c’est aussi des conditions de travail inhumaines et profondément racistes. « Dès qu’on émet une demande la directrice, Anne Saingier, nous répond qu’on n’a qu’à retourner en Afrique », illustre Happy.
« On fouille les appartements pendant notre absence, on nous fait payer des colis alimentaires dont les produits sont périmés, on nous humilie à la moindre occasion… », témoigne Alixe, 35 ans, originaire du Gabon.
« il n’y a ni congé maternité, ni congé maladie »
Le travail est dur, intense et physique. « Pendant plus d’un an je faisais le ménage, ce n’est pas facile de récurer un château toute seule ! Quand j’étais à la bibliothèque pour trier les livres c’était dans un contenaire aménagé, en plein air, les livres étaient mieux protégés que nous », raconte Alixe.
Happy, 26 ans, originaire du Nigéria, a commencé par trois mois « d’essai » à temps plein, sans être payée, ni hébergée, son enfant sur le dos. « Lorsque j’étais enceinte, j’ai travaillé jusqu’au jour de l’accouchement. La directrice m’a vu partir, pour aller accoucher, sans me proposer de m’emmener en voiture. » Pour ces travailleurses bénévoles, il n’y a ni congé maternité, ni congé maladie. « Mon mari a été opéré du dos quatre fois. Le médecin avait dit qu’il fallait qu’il se repose deux semaines, mais la directrice lui a demandé de revenir au travail au bout de deux jours, sans quoi elle ne le paierait pas », rapporte Happy.
La situation a pu commencer à être dénoncée grâce à une perquisition de l’Office central de lutte contre le travail illégal (Oclti), le mardi 13 juin 2023. Selon la première enquête réalisée sur ce sujet, par le média Streetpress, l’association est aujourd’hui « sous le coup d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet pour traite des êtres humains et travail dissimulé ».
« La direction a fait témoigner d’autres personnes à notre place », rapporte Alixe. « Nous étions prêt-e-s à continuer à travailler malgré ce contexte, mais ils ont décidé de fermer les portes (et donc rendant impossible les dons et le travail) la directrice nous a fait comprendre qu’il fallait qu’on parte », ajoute-t-elle. Une décision enclenchant leur mouvement de protestation, avec le soutien de la CGT et du CSP59 (Comité des Sans-Papiers). Le 10 juillet les grévistes ont également porté plainte pour « traite d’êtres humains », faisant suite à l’enquête ouverte par le parquet.
Emmaüs France a demandé le 12 juillet la mise en retrait de la directrice et promis un audit externe. Mais rien de concret pour les grévistes qui en sont à plus de 40 jours de mobilisation. « Nous demandons à ce que le travail que nous faisons ici soit reconnu et considéré comme un emploi », résume Alixe. Ce qui implique notamment le versement des arriérés de salaires non payés. Plusieurs délégations d’Emmaüs France sont venues à leur rencontre sur leur piquet de grève, ainsi que des soutiens politiques.
Pour soutenir ces grévistes, vous pouvez faire un don à leur caisse de grève :
https://www.payasso.fr/udcgtnord/solidarite
