Créé en mai 2025, le Fonds de Solidarité International Intersexe apporte un soutien financier aux personnes intersexes à l’international mais aussi à celles exilées en France. Nous avons interrogée Aimée, chargée de programme de solidarité internationale pour le Collectif Intersexe Activiste, pour en savoir plus sur son fonctionnement et ses objectifs.

Un Fonds de Solidarité Internationale Intersexe a été créé, pouvez-vous nous dire quand et pourquoi ?
Aimée : « Le FS2I, Fonds de Solidarité Internationale Intersexe, a été créé par le Collectif Intersexe Activiste le 12 mai 2025. Il sert à financer des demandes urgentes de soins médicaux, d’hébergement, d’alimentation, ou encore de parcours migratoires. Il est destiné aux personnes intersexes à l’international mais aussi exilées en France. C’est un formulaire disponible en anglais et français composé de deux cagnottes, l’une via HelloAsso, l’autre via GoFundMe.
Nous l’avons lancé en réponse à la demande croissante de soutien financier que nous recevions de personnes intersexes à l’international. Avant 2025, nous avions l’habitude d’être ponctuellement sollicité-es : on lançait alors des cagnottes individuelles. Mais en janvier 2025 nous avons reçu autant de demandes qu’au cours de toute l’année 2024. Les cagnottes individuelles et nos fonds propres ne suffisaient plus : c’est à ce moment-là qu’on a décidé de lancer le FS2I.
La différence entre les cagnottes individuelles et le FS2I, c’est qu’il est possible de faire des dons à tout moment, sans attendre qu’il y ait un besoin bien défini (même s’il y en a toujours), et que cela visibilise l’urgence dans laquelle certaines personnes intersexes se retrouvent à l’international. Ça rend visible le fait que ce ne sont pas juste une ou deux personnes isolées qui ont besoin de soutien : de manière structurelle, les personnes intersexes ont besoin de soutien car elles se retrouvent au carrefour de discriminations : intersexophobie, transphobie, homophobie, validisme, racisme, etc.
C’est important de savoir que dans de nombreux pays, il existe des associations locales qui militent pour les droits des personnes intersexes. Certaines sont en mesure de soutenir financièrement les personnes qui en ont besoin, mais ce n’est pas la majorité. En plus, depuis l’élection de Donald Trump, une quantité énorme d’argent étatsunien a été retirée à l’aide humanitaire mondiale. Des fonds qui permettaient de soutenir les communautés LGBTI sont depuis utilisés pour l’aide humanitaire de première urgence. C’est notamment pour pallier ce manque que le FS2I a été créé.
L’idée nous est venue d’Acceptess-T, association qui lutte pour la défense des droits des personnes trans, qui a crée le FAST, le Fonds d’Action Sociale Trans. C’est un fonds qui permet de soutenir les personnes trans précaires. On s’est beaucoup inspiré-es du FAST dans la création du FS2I après avoir échangé avec leurs gestionnaires. »
L’objectif est de récolter 100.000 euros en 2025, quels besoins vont couvrir cet argent ?
Aimée : « L’objectif des 100 000 € est ambitieux. Il est atteignable si et seulement si des fondations en viennent à être convaincues de la nécessité du FS2I. Sans elles, nous ne parviendrons pas à réunir une telle somme. Nous continuons de les démarcher, bien conscient-es que les temps sont durs financièrement pour toutes les catégories sociales discriminées et que les personnes intersexes ne sont pas les seules dans le besoin.
Heureusement, nous n’avons pas besoin d’attendre d’avoir 100 000 € pour commencer à redistribuer les dons. Dès que nous recevons une somme suffisante pour répondre à un besoin exprimé, nous la redonnons. Chaque don compte, et nous remercions chaque personne qui donne ne serait-ce qu’un euro. Depuis le lancement du fonds, on a déjà pu envoyer de l’argent pour des frais médicaux, de logement, et d’alimentation pour plusieurs personnes. On a aussi pu aider une personne à payer son passeport. »
Y-a-t-il des pays ou régions du monde où les besoins sont plus importants (ou les demandes vous parviennent davantage) ? Que peut-on dire de la situation des personnes intersexes à l’international et des organisations qui défendent leurs droits ?
Aimée : « Pour l’instant, les demandes viennent d’Afrique : Tunisie, Égypte, Cameroun, Niger, Nigeria. Les personnes nous contactent car suite à des discriminations, elle ont perdu leur travail ou n’ont jamais pu finir leurs études. Certaines sont discriminées en raison de leur apparence physique qui ne coche pas les critères hégémoniques binaires du masculin et du féminin, d’autres encore ont des problèmes de santé dont les soins sont entravés par l’intersexophobie de certains soignant-es.
Nous avons conscience des privilèges de la France par rapport à d’autres pays, notamment des liens de domination avec les anciennes colonies comme la Tunisie, le Niger et le Cameroun.
Nous n’avons pas de « leçon » à donner. En France, les droits des personnes intersexes sont loin d’être respectés, et notre existence est encore méconnue de nombreuses institutions. Les droits des personnes intersexes dans le monde ne sont pas respectés, et nous devons faire marcher la solidarité internationale. Nous souhaitons que ce fonds puisse servir à un maximum de personnes, que les dons puissent venir des quatre coins du monde : c’est pour cette raison que le formulaire de dons est disponible en anglais. »
Qui pilote ce fonds ? Sa gestion est-elle amenée à évoluer ?
Aimée : « 10 % des fonds sont alloués aux frais d’envoi d’argent. Les décisions sont prises par le Conseil d’administration au sein duquel seules les personnes intersexes ont le droit de vote. Lorsqu’il faut choisir à qui donner les dons, c’est le CA qui décide, en prenant toujours en compte les critères de précarité. Lorsque la décision est prise, -en quelques jours-, le-a salarié-e en charge des finances du Collectif prévient la personne qu’elle va recevoir de l’argent, procède au transfert international et fournit une attestation de don.
Pour l’instant, la gestion du FS2I n’est pas spécialement chronophage, et si elle l’était, on s’en réjouirait. Cela voudrait dire que les dons pleuvent ! Quand ce sera le cas, car ce n’est qu’une question de temps, le CA décidera de la manière dont le FS2I sera géré, toujours collectivement, car au CIA, on ne fait rien seul-e. »
Quels sont vos projets et espérances pour ce fonds ?
Aimée : « On souhaite que le formulaire puisse être disponible dans d’autres langues, à commencer par l’arabe, pour toucher plus de gens. Nous voulons faire connaître le FS2I. Auprès des fondations pour atteindre notre objectif de 100 000 €. Auprès des collectifs qui soutiennent les droits des personnes exilées et étrangères en France comme l’ARDHIS, le GISTI et le COMEDE, nos partenaires depuis peu, mais aussi des associations comme la Cimade ou la Ligue des Droits de l’Homme, par exemple. Auprès des associations intersexes et LGBTI dans le monde, pour que les partages en ligne du formulaire infusent ces communautés. Auprès de toute la société civile, pour que les dons viennent aussi de personnes en dehors de la communauté intersexe et LGBTI. En effet, les droits des personnes intersexes dans le monde concernent tout le monde. En donnant au FS2I, vous contribuez à la solidarité internationale, carburant indispensable au soin de la diversité de nos existences en cette période fascisante qui exacerbe les inégalités sociales. Comme le disait Fannie Lou Hamer, « Nobody’s free until everybody’s free ».
On aimerait que d’autres organisations s’emparent de ce fonds pour le diffuser. Il y a plein de manières de le développer ! Par exemple, une organisation peut proposer un pourcentage sur ses ventes qui serait directement reversé au FS2I. On aimerait mettre ça en place pendant la Quinzaine de Visibilité Intersexe qui a lieu chaque année du 26 octobre au 8 novembre. D’ailleurs, la QVI sera cette année placée sous le signe de solidarité internationale. Avis aux intéressé-es…
On réfléchit aussi à organiser une soirée de soutien au FS2I, un moment festif et joyeux qui permettrait de récolter un peu d’argent et de donner de la visibilité au fonds. Pendant la Pride du 28 juin 2025 à Paris, on a distribué des flyers du FS2I et communiqué dessus lors des prises de parole. Ca n’a pas permis malheureusement de récolter des fonds, mais ça ne nous a pas démotivé-es : on a plein d’idées en tête pour le faire décoller ! Pour nous contacter, c’est par ici → international@cia-oiifrance.org »
