A Nice, des comédiennes qui bousculent

A Nice, lors du Festival Femmes en scène, les femmes ont dansé, joué, exposé, interprété. Parmi elles en voici trois. Leur point commun ? Elles sont seules en scène et portent sur leurs épaules trois personnages. Des rôles aux antipodes les uns des autres. Quoique…

Adrienne

Une robe violette, des souliers noirs et des lunettes trop grandes pour elle. Mais qui est Adrienne ? C’est la femme de Rocky Balboa, le célèbre boxeur interprété par Sylvester Stallone. Une brute sans cervelle selon vous ? Attendez de voir le point de vue de sa chère et tendre. Adrienne nous raconte Rocky 1 et 2 à sa façon, avec un ton enfantin et une admiration sans faille pour son amoureux. Mais attention, elle n’est pas une potiche, loin de là. D’abord timide, elle prend peu à peu confiance en elle grâce au regard de Rocky. Bienveillant, il la séduira avec des blagues qui ne font rire qu’eux. Adrienne acquiert suffisamment d’assurance pour tenir tête à son frère, un sacré macho, mais aussi à Rocky lorsqu’il voudra reprendre la boxe après lui avoir promis d’arrêter. Mais comment peut-il continuer à se battre sans son soutien?

Si l’histoire ne change pas, Laurence Laouadi change l’axe de vue. Et en rendant son importance au personnage féminin, en retrait dans le film, elle nous livre une version touchante et humaine, entre doutes, joies et moments de courage, un courage porté à deux. Une belle histoire d’amour, où le héros laisse place à une héroïne.

Combat(s)

Sa robe à elle est verte, en toile rigide, ses bottines marrons renvoient à des temps passés, et pour cause, Sophie Satti interprète une résistante: Bertie Albrecht. Si vous ne la connaissez pas, courez lire sa biographie! Elle a été de toutes les luttes. Dans les années 30, elle crée une revue féministe, Le problème sexuel, favorable à la contraception et à l’avortement. Dès 1933, elle accueille chez elle des réfugiés allemands. A 42 ans, elle devient surintendante d’usines et améliore la condition des ouvriers (créations de cantines, augmentation du temps de pause…). Pendant la seconde guerre mondiale, elle fonde, avec son compagnon Henri Frenay,  le mouvement résistant et le journal Combat … Évidemment, l’Histoire ne retiendra que le nom d’Henri.

Arrêtée en 1942 par la Gestapo, elle se suicide dans sa cellule et abandonne l’espoir de revoir un jour ses deux enfants. C’est le point de départ de la pièce, à l’aube de sa mort, seule, torturée, perturbée, elle repense à sa vie, à ses luttes, à ceux qu’elle aime, à sa mère qui ne l’aimait pas, elle pense aussi à ses doutes et ses peurs. Mais cela fait longtemps que Bertie a choisi : elle préfère mourir fidèle à ses valeurs. Malgré un ton parfois didactique, la comédienne et auteur de la pièce, Sophie Satti, rend un très bel hommage à une grande dame. D’ailleurs, le 8 mars à Nice, la petite fille de Bertie Albrecht, était présente dans la salle.

Puissant ou misérable

La troisième comédienne traîne une longue robe blanche immaculée. Elle joue une allégorie : la vérité qui a emprunté les habits du mensonge, c’est-à-dire la fable. Catherine Lauverjon donne vie aux textes de la Fontaine, tant appris, rarement compris. Elle navigue avec brio dans une langue d’un autre temps et joue avec la même crédibilité le narrateur taquin, l’âne timide, le chêne prétentieux ou le renard malin. Ses partenaires ? Quelques accessoires, des jeux de lumière et de musique.

Maintenant ajoutez-y une petite touche politique. Car les fables de La Fontaine nous renvoie aussi à notre réalité, récente – le lion annonce à la radio un futur sacrifice comme le maréchal Pétain annonce la capitulation – ou actuelle – la grimace du loup, quand il rend l’âne responsable de tous les maux, nous rappelle un vieux monsieur politique que l’on ne citera pas. Et quand la comédienne nous parle des grenouilles qui ne veulent plus de leur roi trop mou, les rires de la salle ne trompent pas sur l’identité du « roi » auquel l’on pense, ni sur celle du roi qui risque de le remplacer : un oiseau qui les dévorera toutes.

Pour en savoir plus

Adrienne, Ecrit et interprété par Laurence Laouadi, assistée à la mise en scène par Nicole Genovese, Compagnie Lorencel (Prochaine représentation : Samedi 21 mars à Villeneuve Loubet, pôle culturel Escoffier, à 15h et 21h) 

Combat(s), Ecrit et interprété par Sophie Satti, mis en scène par Laurence Laouadi, Compagnie Lorencel

Puissant ou misérable, Textes de Jean de La Fontaine, interprété par Catherine Lauverjon, mis en scène par Muriel Revollon, lumière d’Erik de Saint Ferreol, Compagnie Rouge Ephémère