Nicole Abar : le ballon au pied et l’égalité au cœur

« Personne ne me connaît »,  le sourire est espiègle et les yeux bruns vous défient, « un garçon, avec mon parcours, serait connu, lui ». A 55 ans, Nicole Abar est une femme forte et sincère.  Avec son jean et ses cheveux courts, cette ancienne footballeuse parcourt régulièrement la France pour partager son expérience lors de conférences. Elle n’est pas grande, mais elle envahit l’espace avec ses mots et son corps, pétillante et toujours positive.

Pourtant, Nicole n’a pas toujours été comme ça. C’est une ancienne timide. Née à Toulouse en 1959, d’une mère italienne et d’un père algérien –donc français à l’époque – la petite fille frisée et basanée a connu le racisme avant même d’apprendre à parler. « J’ai commencé ma vie avec ce regard restrictif qui disait que j’étais moins bien que les autres » , nous explique-t-elle, « j’ai fini par croire que c’était vrai ».

Une petite fille qui marque des buts

Nicole a 11 ans quand le football arrive dans sa vie. Assise sur un banc, elle regarde des garçons jouer. Quand soudain, l’entraîneur l’interpelle. Il a besoin d’un onzième footballeur. « Une révolution », sourit-elle. Pour la première fois Nicole se sent « sollicitée » et appartient à un « collectif ». Mais surtout, elle marque des buts ! Forcément, ses camarades l’acceptent vite. L’entraîneur lui paie une paire de baskets et une licence. Pas question de laisser filer le prodige.

A 16 ans, Nicole ne peut plus jouer avec des garçons. Elle rejoint l’équipe féminine de Colomiers et participe au premier Championnat de France féminin organisé par la Fédération Française de Football. Ensuite elle jouera pour Reims, puis Saint-Maur, elle remportera huit championnats. En 1983, elle est nommée meilleure buteuse. Sélectionnée en équipe de France pendant dix ans, elle vit également le premier Championnat d’Europe de football officiellement organisé par l’UEFA, en 1982. Et lorsque la Marseillaise retentit, Nicole pense avec fierté à son père.

Sexisme dans le monde du football

Nicole Abar arrive à un moment où le football féminin commence à peine à être reconnu. Autant vous dire qu’elle n’en vit pas, elle doit payer son propre matériel et ses convocations. Pas de rémunérations, pas de prime de matchs. En parallèle, elle travaille à la Poste, puis à France Télécom. Après le racisme, Nicole découvre un nouveau mot en –isme : le sexisme. Les femmes ne sont pas les bienvenues dans le foot, tout juste tolérées. Vues comme des garçons manqués, elles subissent insultes et propos sexistes. « Moi, j’avais de la chance » nuance Nicole « j’étais forte donc j’avais le respect de la communauté ». Sauf qu’un événement va réveiller sa colère.

En 1996, dans le club du Plessis-Robinson, l’équipe féminine vise  le niveau national mais la direction fait barrage à son projet. Elle privilégie l’équipe masculine, qui ne vise pourtant que le niveau régional. Le conflit tourne mal : en 1998, toutes les joueuses sont exclues du club.  Un procès s’ensuit, avec une victoire en 2003. Mais Nicole n’a pas dit son dernier mot. Elle comprend que le problème est plus profond et fonde l’association Liberté aux joueuses. Objectif : lutter contre les stéréotypes filles-garçons dans le sport.

Chargée de mission(s) pour l’Etat

Médiatisée par cette affaire, Nicole Abar devient chargée de mission « Femmes et sport » pour Marie-Georges Buffet, ministre des Sports à l’époque. En 2002, la majorité change. Nicole Abar réussit un concours de professeur-e de sport mais la Fédération Française de Football ne veut pas de cette trublionne. Elle rejoint alors la Direction régionale de la jeunesse et des sports à Toulouse.

Dix ans plus tard, la gauche revient au pouvoir et sollicite de nouveau  Nicole Abar : elle sera chargée de mission nationale pour les ABCD de l’égalité. Mais à cause d’une « minorité » de Français outrés, le programme est abandonné. Nicole Abar est  écœurée  mais continue le travail, à Toulouse, avec son association. Aujourd’hui encore, elle change la vie de petites filles, comme un jour le hasard a changé la sienne.

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