Exposition « Cherchez l’erreur » : l’intrus c’est la guerre

Victime de son succès, l’exposition Cherchez l’erreur présentée à l’Institut des Cultures d’Islam (Paris 18ème) est prolongée jusqu’au 26 juillet 2015. Cette exposition, réalisée par la commissaire d’exposition Michket Krifta, met en scène plusieurs artistes femmes du monde arabe et d’Iran autour du thème de la guerre. Les supports et les concepts diffèrent mais toutes ces œuvres ont en commun une chose : elles montrent que même lorsque la guerre entre chez nous, on doit bien continuer à vivre. Dans cette exposition qui montre divers aspects de la vie pour ces femmes, on comprend vite que l’erreur, c’est la guerre.

Crédits © Tin Hinan

En effet, comment résister sinon en considérant que la vie continue et que finalement c’est la guerre qui est une anomalie, un intrus ?

Pour ne pas spoiler toute l’exposition, car vous devez absolument aller la voir, on va mettre l’accent sur certaines artistes et certaines œuvres en particulier.

« We teach life, Sir ! »

L’exposition présente les œuvres de Zoulikha Bouabdellah, Gohar Dashti, Shadi Ghadirian, Tanya Habjouqa, Nermine Hammam, Raeda Saadeh et Rafeef Ziadah. Sept femmes qui ont été touchées par la violence des conflits armés. La poétesse palestinienne Rafeef Ziadah apparaît sous forme d’une courte vidéo de son discours du 12 novembre 2011 à Londres. Elle nous offre une performance de son poème « We teach life, Sir ! » (Nous enseignons la vie, Monsieur !). Un poème fort qui répond à cette question trop souvent posée aux portes-parole palestiniens notamment pendant les bombardements de Gaza par Israël en 2008 : « Ne serait-ce pas mieux si vous cessiez d’enseigner la haine à vos enfants ? ». Enseigner la haine… Peut-être s’il était question d’une guerre entre deux camps égaux. Mais pas quand il y a des « occupants » et des « occupés ». Et c’est avec beaucoup de classe et d’émotions que Rafeef Ziadah mène une critique des médias dans le conflit israélo-palestinien.  Je vous laisse savourer.

Double critique de l’Occident

Nermine Hammam présente deux séries dans cette exposition dont Wétiko : Cowboys and Indigenes, créée en 2013. Cette série est, à mon sens, très intéressante car elle relèverait d’une double critique de l’Occident. La première serait celle bien connue de la critique des médias. Suite à ses multiples voyages dans le Caire post-révolutionnaire, elle réalise l’écart phénoménal qui existe entre ce qu’elle voit sur place et ce qu’elle voit à la télé. Le traitement médiatique des printemps arabes est en décalage bien trop grand avec la réalité. C’est ce qu’elle veut dénoncer avec cette série. Elle intègre dans des peintures orientalistes des photographies contemporaines trouvées sur Internet. Le résultat obtenu est donc une image truquée qui raconte une histoire très différente de la vérité. 

                                       

 Nermine Hammam, Wétiko: Cowboys and Indigenes, Audience chez un chez un Calife d’après Eugène Fromentin, 2014, Rose Issa Projects Crédits © Tin Hinan

L’autre lecture plus approfondie qu’on peut en faire – et qui finalement continue celle développée juste au-dessus – est celle d’un critique de l’Occident non plus seulement pour ses médias, mais pour son emprise militaire sur le monde. Car réfléchissez, Nermine Hammam utilise des peinture orientalistes : le summum de l’impérialisme occidental en art, donc. Et que rajoute-t-elle dessus ? Des soldats. Des soldats occidentaux. Comme une forme de néo-colonialisme qui engendrerait un néo-orientalisme.

On vous encourage à y aller parce que …

… c’est gratuit, pour commencer ! Et puis parce qu’on donne habituellement peu de visibilité à des artistes contemporains de pays arabes et d’Iran. Et alors quand en plus ce sont des femmes, il n’y a plus à hésiter ! On leur donne vraiment la parole. Ce n’est pas instrumentalisé ou déformé. Ce sont juste elles avec tout ce qu’elles ont à nous dire ! Alors écoutez…

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Tin Hinan est étudiante en histoire de l’art et anthropologie. Particulièrement touchée par les questions d’oppression des femmes et de racisme, elle va, entre autres, tenter de vous montrer comment l’art peut en être un excellent témoin. Vous la retrouverez souvent dans la chronique Femme & Art mais aussi ici et là selon l’actualité. Image : Lehnert & Landrock, Ouled Naïls, 1905