Plus de termes racistes et sexistes dans les cartels du Rijksmuseum

Amsterdam – Rijksmuseum Crédits © commons.wikimedia 

Pour « ne pas offenser les visiteurs étrangers »

Jeudi 10 décembre 2015, Martine Gosselink, chargée du département d’Histoire du Rijksmuseum Amsterdam, a présenté son projet lors d’une conférence de presse : enlever des titres et cartels tout terme réducteur ou discriminant issu de l’eurocentrisme et de la suprématie impérialiste du continent. 220.000 œuvres sont ainsi concernées.

Ce projet baptisé « Ajustements au sujet des terminologies colonialistes » comme le reporte le site Exponaute aurait pour objectif de « ne pas offenser les visiteurs étrangers ». 8.000 titres d’œuvres auraient déjà été modifiés. Le site prend comme exemple le surnom que portaient les Hollandais : « têtes de fromage » (« kaas kops » en néerlandais) – car on le sait bien les fromages hollandais sont très célèbres. Gosselink explique lors de la conférence de presse que des Hollandais en visite dans un musée étranger n’apprécieraient guère de tomber sur un titre d’oeuvre comme « Femme tête de fromage ». Rappelons tout de même qu’il existe des titres bien plus violents que ceux qui font appellent à des plaisanteries fromagesques notamment pour les représentations de personnes racisées.

Simon Maris, Jeune femme à l’éventail, circa 1900. Titre original : Jeune femme nègre, Rijksmuseum,  Crédits ©  commons.wikimedia

Un projet qui fait débat

Si l’on peut dans un premier temps se réjouir d’une telle initiative, on ne peut nier que c’est un projet qui fait débat. Enlever les titres insultants pour ne pas blesser les visiteurs c’est une chose. Mais réfléchissez bien, qu’est-ce qu’un musée ? N’est-ce pas une institution chargée de la conservation des témoins historiques ? Est-ce une bonne idée de supprimer des preuves de l’histoire ?

Au final, supprimer ces titres, c’est supprimer l’histoire occidentale (moche, certes mais qui a pourtant eu lieu). Et pire encore, vouloir supprimer ces titres c’est quelque part vouloir dire que le racisme et le sexisme n’existe plus. Ce qui n’est en aucun cas la réalité.

On pourrait alors tenter de trouver un compromis. Changer les titres, oui. Mais alors conserver un cartel plus long qui expliquerait alors le titre original ? Cela reviendrait au même au final. Car on ne peut empêcher un visiteur de s’indigner pour un titre raciste ou sexiste, comme on ne peut supprimer notre histoire. 

Peut-être vaut-il mieux conserver ces titres mais placer un panneau de grande taille à l’entrée du musée pour replacer correctement le contexte historique de ces œuvres ?

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Tin Hinan est étudiante en histoire de l’art et anthropologie. Particulièrement touchée par les questions d’oppression des femmes et de racisme, elle va, entre autres, tenter de vous montrer comment l’art peut en être un excellent témoin. Vous la retrouverez souvent dans la chronique Femme & Art mais aussi ici et là selon l’actualité. Image : Lehnert & Landrock, Ouled Naïls, 1905