Stérilisation des trans : le témoignage de V

« À l’adolescence, j’ai eu des soucis gynécologiques : j’avais en moyenne trois semaines de règles par mois. Invivable. Beaucoup de pilosité. Cela posait surtout problème à la société plus qu’à moi. Une femme avec des poils c’est moche.

Plutôt que d’avoir eu un vrai suivi (je pense que j’aurais dû déjà à l’époque avoir un suivi endocrinologique et gynécologique), un médecin généraliste m’a prescrit la pilule pour arrêter mes règles, et puis c’est tout.
Les généralistes ne cherchant pas beaucoup plus loin. Et moi, si je pouvais éviter le corps médical ,ça me convenait vu la maltraitance générale de ce dernier…

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J’ai eu énormément de complications par la suite à cause de la prise de la pilule. Étant très réceptif aux hormones, j’étais sûrement trop dosé. Un enfer. Pilule qui d’ailleurs à force ne faisait plus effet. J’en ai beaucoup changé. J’ai retrouvé de nouveau des règles constantes même sous pilule. »

Des médecins sourds

« Les arguments des gynécos pour me refuser une hystérectomie étaient que j’allais changer d’avis, à savoir, vouloir des enfants (alors que pour certain-e-s j’étais stérile, mais ils me proposaient une PMA !) ; trop jeune ; que je n’avais pas conscience de mes actes ; que c’était une mutilation ; que je pouvais avoir des complications très graves…

Je crois que ce qui me choquait aussi, c’est qu’un futur fœtus dans mon ventre, ils s’en souciaient plus que de mes problèmes de santé et demandes. Que je saigne trois semaines par mois ne les choquait pas. Par contre que je voulais mettre un terme à une possibilité d’enfanter oui. Sachant que j’étais sûrement stérile. Le cynisme n’avait pas de limites. »

Binarité du genre VS transidentité

« J’ai vraiment entamé les démarches médicales pour une transition vers 2010/2011. En France la médecine aime bien stériliser les personnes trans dans le sens où ce n’est pas concevable pour la société qu’une personne trans ait des enfants, ou qu’une personne ayant eu des enfants veuille faire une transition. Tous les médecins ne sont pas comme ça, mais une majorité encore est très binaire dans ces processus et pratiques médicales.

Je crois que c’est la clef de voûte d’énormément de problèmes en médecine. Tout est classifié, genré. Les gens, qu’on soit trans ou non. On ne nous laisse pas le choix pour nos corps. Il faut que ça rentre dans une logique binaire, féminin, masculin. Combien de femmes j’ai entendu dire que si elles avaient le choix, elles se passeraient de poitrine, de leurs règles, d’enfanter…. Tout en se revendiquant femmes.

Pourquoi, si j’avais voulu des prothèses mammaires en tant que femme on ne m’aurait rien demandé au niveau psychiatrique ? Pourquoi si je suis trans et que je veux un enfant ce n’est pas possible pour la médecine, mais que par contre on m’oblige à me stériliser alors que pour une femme dite biologique on lui dira qu’elle commet une erreur de vouloir une stérilisation ? »

Stérilisation, obligatoire pour les trans ?

« La stérilisation n’est en rien obligatoire dans un parcours trans, tout comme les hormones, les opérations… En théorie. En pratique, c’est autre chose. Quand on veut changer son état civil afin d’avoir des papiers conformes à notre genre voulu, c’est la roulette russe. Certains tribunaux ont pour consigne de ne donner le changement d’état civil qu’à une personne stérilisée de façon chirurgicale.

Et ce n’est pas le seul facteur arbitraire. Ils sont variables et nombreux. Un des plus horribles : on peut demander à ce que vous soyez examiné-e par un médecin spécialiste (à payer de votre poche, et c’est très cher, plusieurs centaines d’euros), qui va déterminer si vous êtes assez viril ou assez féminine, examiner votre corps, vos parties génitales… et faire un rapport. En gros, c’est un viol légal de la part de la justice française. »

Le passage à la stérilisation

« En général, il est facile, mais pas toujours, d’obtenir une stérilisation si pour les médecins on est dans un processus de transition et que celui-ci rentre dans leurs cases. Ce qui veut donc dire qu’une demande de stérilisation de la part d’une personne trans peut être refusée, encore une fois de façon arbitraire, si cette personne ne rentre pas dans les critères d’éligibilité des médecins auprès de qui elle fait cette demande.

J’ai eu mon hystérectomie à 24 ans, j’ai été opéré à Sarcelles, par la méthode de la célioscopie. Méthode peu invasive, surtout au niveau des cicatrices. Je n’ai pas tenu à être accompagné. Ma décision fut très très mal prise par mes proches. »

Pour aller plus loin :
Être stérile pour changer de sexe, ça va durer encore longtemps ?
Droits des trans’: Le bureau d’aide juridictionnelle de Paris veut imposer la stérilisation

Sommaire du dossier :
Stérilisation volontaire : un sujet qui émerge
Stérilisation : « Une femme qui décide de ne pas vouloir des enfants, c’est toujours louche »
Elles ont CHOISI la stérilisation volontaire

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