GoGirl ! Pisser debout, un enjeu féministe ?

NB : pour des raisons de lisibilité, dans cet article les termes « femme » et « homme » se référeront aux personnes cisgenres.  

L’objet : GoGirl !

Les divers usages du GoGirl ! – Crédits Les Ourses à plumes ©

Le GoGirl, c’est un « urinoir pour femme », plus couramment connu sous le nom de pisse-debout. Sa particularité est d’être en silicone médical, non allergisant, compactable, et rinçable à l’eau (l’urine étant relativement stérile) donc réutilisable. Il s’utilise sans avoir besoin de se déshabiller complètement, puisqu’il peut se glisser dans le pantalon ouvert à la braguette. Ses replis permettent d’assurer un bon maintien et évitent les fuites.

Un pisse-debout très compact même si bien trop rose (il existe maintenant un modèle vert)
 Crédits Les Ourses à plumes ©

Le GoGirl est un des nombreux modèles de pisse-debout déjà existants sur le marché. Citons aussi le fort simplement nommé « Pisse-debout » qui lui est jetable, biodégradable et composable ! Ce peut être un premier modèle moins coûteux (2,70 euros le lot de 3 jetables, contre entre 10 et 16 euros pour le modèle en silicone). Intermédiaires, il existe des pisses-debouts en plastique rigide, qui coûtent entre 5 et 10 euros selon la marque.

Côté jetable, la marque « Made in France » – Capture d’écran Les Ourses à plumes ©

Côté boutique, on trouvera également des pochettes, trousses ou boîtes métal, sprays, et papier toilette de poche !

Un enjeu sociétal : la question des toilettes publiques

Toutes les filles sortant un minimum de chez elles se sont déjà retrouvées dans cette situation plutôt irritante : une queue de 10 m devant les toilettes des femmes, aucune devant les toilettes des hommes. C’est alors que les plus audacieuses prennent sur elles, déconstruisent plein d’interdits sociaux et bravent les regards irrités et remarques désobligeantes pour investir les territoires mâles.

Pourquoi cette inégalité ? Un article du Time avait assez longuement traité de cette affaire. Résumons. Les hommes ont évidemment des urinoirs, qui permettent d’accélérer le flux (hem). Mais c’est aussi que là où on met 2 urinoirs, on ne met qu’un siège chez les femmes. Et encore, à supposer que la taille des espaces soit égale. Rappelons aussi que les toilettes pour personnes en situation de handicap, qui prennent davantage de place, ainsi que les tables de change, sont souvent chez les femmes (entre sous-êtres humains on se comprend). Par ailleurs les enfants étant socialement le plus souvent géré-e-s par les femmes, c’est encore chez nous qu’on a droit à la ribambelle…

Tout ceci n’est pas sans rappeler le combat des personnes trans, notamment aux États-Unis, pour l’accès aux toilettes correspondant à leur genre. Un combat qui se heurte de fait à la ségrégation sexuée sur une base binaire et transphobe dans nos sociétés. Des toilettes mixtes permettraient pourtant d’apporter des réponses à la plupart des problèmes mentionnés ci-dessus.

Panneau de toilettes neutres dans un musée d’Amsterdam – Crédits DR ©

Un autre aspect est cependant pour l’instant incompressible et plutôt parlant : comparativement les femmes ont besoin de plus longtemps que les hommes pour se détendre et se soulager. En cause ? Probablement le stress provoqué par le fait d’avoir l’entrejambe à l’air.

Qui a le droit de montrer son sexe dans la rue ?

Car effectivement il existe (encore) une disparité de traitement très importante entre hommes et femmes (cis) en France : il est complètement toléré qu’un homme sorte son pénis dans la rue pour se soulager, tant qu’il fait mine de vaguement se retourner contre un mur, et ceci au mépris de lois simples comme celles de la perspective et de la vision de profil.

« Metal Man Peeing »- Crédits DR ©

A l’inverse, il est très malvenu, voire dangereux pour une femme de montrer ses organes uro-génitaux sur la voie publique, fût-ce pour se soulager. C’est sans doute ce qui motive massivement les achats de pisses-debouts : non pas tant la position (car après tout, la position en grenouille n’a pas tellement plus d’inconvénients à moins d’être dans un champ d’orties), que le camouflage : ces accessoires permettent en effet de cacher nos entrejambes le temps de la procédure.

« The Piss Sculpture » de David Cerny, Prague – Crédits DR © Ourse Malléchée

Il y a bien là une injustice profonde, qui est étrangement naturalisée : on nous explique que les hommes, de par leur tuyauterie, sont avantagés dans leur processus par la Nature, à notre grande jalousie. Au-delà du fait qu’on escamote complètement le fait que l’urine n’est qu’un des produits rejetés par le corps humain – et que pour le reste les hommes sont équipés de la même façon que nous  – on naturalise encore une fois un phénomène qui est en réalité social.

L’injustice n’est pas que les hommes aient un pénis et puissent pisser debout et donc dehors. Elle est que les femmes, qui ont également un urètre, n’ont pas le droit, socialement, de le montrer.

Le personnage de Poussey, dans la saison 2 épisode 4 de la série Orange is the New Black, invente un urinoir pour femmes. Crédits © Jessica Miglio / NETFLIX