Sziget, un festival qui oscille entre sexualité débridée et sexisme revendiqué

Le Sziget est l’un des plus grands festivals de musique, c’est un peu le Woodstock hongrois. Il s’est déroulé cette année du 10 au 16 août sur l’île d’Obudai à Budapest. L’ambiance, très festive, surfe sur le « tout est permis », peut-être à outrance…

Une hypersexualisation des femmes

L’idéal de liberté se retrouve jusqu’à la manière de se vêtir / se dévêtir. Pourquoi pas. Chacun-e fait ce qu’elle ou il veut de son corps. Mais cela devient gênant lorsque le festival même décide d’utiliser des femmes pour faire son marketing. Les hôtesses des différents points d’accueil sont reléguées au rang d’objet, à qui l’on a imposé des tenues les plus légères possibles. Pourquoi n’ont-elles pas d’équivalent masculin ? Même questionnement sur les visuels fessiers féminins frétillants diffusés sur les écrans géants des concerts. Quel intérêt ? Le festival a cependant essayé de donner un équivalent au Marylin Sziget club et ses danseuses en string, avec le Magic Mirror et ses gogos danseurs. Mais on ne bave pas vraiment devant…

© Anais C.

Curiosité du festival, le salon de tatouage pubien intrigue. En passant devant la petite cabine, on peut jeter un œil sur celles qui se font « encrer ». Deux photos de femmes au vagin tatoué encadrent le mur faisant face aux vitres. Si l’idée est originale, on se demande pourquoi cette initiative érotique n’est réservée qu’aux femmes… Les clients seraient-ils plus réticents à entrer lorsqu’on met à jour leur « dignité masculine » ? Ce salon est-il plus un objet de voyeurisme pour les hommes que l’occasion de s’offrir un petit tatouage intime pour les femmes ? La réponse se trouve peut-être sur l’un des panneaux accrochés au niveau des abreuvoirs : « men’s world ». Voilà donc aussi pourquoi des pénis sont dessinés partout à la sauvage sur les tentes et que des « marquages de territoire » s’écoulent un peu partout.

Agressions justifiées par une ambiance se voulant « décoincée »

La liberté pour certains c’est aussi se permettre de coller une facétieuse (d’après ce qu’il faut croire des auteurs) main aux fesses de leurs victimes, rapidement choisies parmi la foule. Un coup d’œil rapide et décisif et si elle est seule et ivre tant mieux, c’est tout gagné ! On vise et paf on tire en plein dans le mille, ni vu, ni connu Emile. Pas d’atteinte à la pudeur ici, une blague tout juste ! Avec un peu de chance, ça la fera rire, au pire elle s’en ira plus loin fâchée. (1)

La chanteuse Jain a besoin d’une bulle pour éviter les mains baladeuses. © Anais C.

Il suffit qu’une jolie fille danse seule à quelques mètres de la scène et hop ! Un galant mâle débarque, tout droit sorti d’un bain de testostérone et de bière et vous emmène dans son univers de sueur… Pour ma part, mon copain se trouvait à quelques pas de moi quand j’ai été attrapée par un autre d’une main franche, et j’ai donc été récupérée au vol, après moult excuses ! (les excuses sont cette fois-ci de rigueur si la femme était déjà la propriété d’un autre)

Peu de représentation féminine donc évidemment dans les pogos, slamm et autres jeux « virils’ qui ponctuent régulièrement les moments forts des concerts… car peu d’entre elles osent se jeter dans l’arène au risque de se faire peloter au passage par tout un chacun, vision peu réjouissante ! Même Jain, la chanteuse française qui a joué au Sziget, pour réussir ce tour de force prévoit à cet effet une « bulle » dans laquelle elle entre entière pour éviter le contact parfois trop viril avec le public masculin… Malheureusement toutes les femmes du public ne peuvent pas apporter leur bulle avec elles !

Sur les écrans on assiste passivement aussi à ce qu’on pourrait communément appeler des « boobs alerts ». Soudainement la caméra se fige sur une victime dans le tonitruant vrombissement des basses… La foule excitée fixe l’écran et attend que la jeune fille soit portée dans les airs, se décide ou non au gré de son humeur de lever son tee-shirt lorsque la caméra pointe sur elle son œil inquisiteur ! Et un cri d’unité hystérique se fait entendre : « show your boobs ! »

Amococo est une structure gonflable avec une dizaine de mamelons s’élevant vers le ciel. © Anais C.

Heureusement, le Sziget, ce n’est pas que ces malheureuses manifestations d’un machisme déchaîné. En dehors de la scène musicale, des stands, des spectacles et des débats ont lieu, sur la sexualité, l’identité, l’immigration ou encore la question du genre. Une ouverture qui devrait permettre aux femmes, de se sentir mieux accueillies, en tant que personne, et non comme un objet.

(1) Une main aux fesses est bel et bien une agression sexuelle.
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