Un nouveau collectif Intersexes & Allié.e.s

A l’occasion de la journée internationale de solidarité des personnes intersexuées, Les Ourses à plumes réalisent l’interview de Loé, membre d’un nouveau collectif créé sur cette thématique.

La définition de l’intersexuation par l’ONU : « Les personnes intersexes sont nées avec des caractères sexuels (génitaux, gonadiques ou chromosomiques) qui ne correspondent pas aux définitions binaires types des corps masculins ou féminins. Être intersexe est bien plus répandu qu’on ne le pense. Selon les experts, il y a autant de personnes intersexes que de personnes rousses.

Parce que leur corps est considéré comme différent, les enfants et adultes intersexes sont souvent stigmatisés et subissent de multiples violations de leurs droits humains, tels que le droit à la santé, à l’intégrité physique, à l’égalité et à la non-discrimination et le droit à ne pas être soumis à la torture ou à de mauvais traitements. »

Quand votre collectif s’est-il lancé et pourquoi ?

Notre collectif Intersexes & Allié.e.s est lancé officiellement ce mardi 8 novembre 2016, même s’il est dans les tuyaux depuis quelques semaines déjà et que certaines orgas comme Acceptess-T s’en étaient déjà fait les relais sur les réseaux sociaux. Nous l’avons lancé car avec la disparition d’Orfeo il y a six ans, il n’existait plus d’organisation intersexe spécifique au territoire français.

Quels cadres de mobilisation existent-ils déjà sur cette thématique ?

Pour l’instant en France il existe principalement deux autres cadres spécifiques : l’Organisation Internationale des Intersexes (OII) Francophonie, qui regroupe aussi des activistes du Québec, de Suisse, de Belgique… c’est principalement un réseau avec une liste mail, et l’association GISS (Groupement d’Information et de Soutien sur les questions Sexuées et sexuelles), toute récente aussi, qui mène nos combats sur le plan légal et juridique.

Certains autres cadres plus larges, comme l’Existrans, intègrent de façon volontariste les questions intersexes, mais ce n’est pas vraiment un cadre de mobilisation spécifique car il y a très peu d’inters en son sein.

Au niveau international, sur des positions dans lesquelles on se retrouve il y a aussi l’OII Europe, l’OII « tout court ».

Pourquoi ne pas avoir simplement créé une branche « OII France » dans ce cas ?

Parce que nous sommes peu nombreux/ses et plutôt jeunes dans ce militantisme, et qu’on avait peur de se faire aspirer en termes de temps et d’énergie en intégrant directement une structure très vaste et avec une structuration complexe. Mais on se retrouve totalement dans l’approche politique de l’OII.

Quelles sont les spécificités de cette approche ? Y a-t-il des organisations intersexes qui sont sur d’autres lignes ?

Oui, malheureusement. Comme sur les questions trans, certain.e.s activistes intersexes ont une approche médicaliste. C’est ce qui a conduit à la collaboration avec des médecins et à la création en 2006 du terme « Disorders of Sex Development » (troubles du développement sexuel). Concrètement ces personnes estiment qu’on est malades, en détresse, que les médecins sont de bonne foi etc. Notre approche – qui rejoint celle de l’OII – est que l’intersexuation est une variation humaine naturelle, non pathologique : pour l’écrasante majorité d’entre nous, nous n’avons pas à être « soigné.e.s » et les mutilations et « traitements » qu’on nous impose viennent bien plus de l’obsession de conformité des médecins que d’une réelle préoccupation de notre bien-être.

Quels sont vos principaux mots d’ordre de revendication et d’actions ?

Le mot d’ordre central pour toutes les organisations intersexes, et qui est repris par plein d’organisations comme l’ONU, ou des organisations de protection des droits humains, c’est l’interdiction des mutilations génitales infantiles (qui sont à mettre dans le même sac que l’excision), c’est-à-dire des opérations menées sur des mineur.e.s sans leur consentement, et sans raison médicale. C’est possible d’obtenir l’interdiction : Malte l’a fait.

D’autres mots d’ordre importants pour nous vont avec les droits basiques des « malades » : pleine information, accès au dossier médical, consentement libre et éclairé… On demande aussi la formation de tous les personnels auxquels nous sommes confronté.e.s.

Enfin, à terme on demande la suppression totale de la mention de genre ou de sexe à l’état-civil : c’est important parce que cette mention est souvent mise en avant pour justifier des mutilations génitales, avec le discours selon lequel il faudrait qu’on « colle » au genre noté sur nos papiers. Par ailleurs, c’est une revendication trans et féministe : le genre d’une personne ne devrait pas être une information pertinente, avec tout ce que ça crée de procédures transphobes et de ségrégation sexiste.

Quels sont vos projets et actions à venir ?

Notre premier objectif c’est de créer du lien, de lutter contre l’isolement qui est très courant et très lourd chez les personnes intersexes. Il faut savoir qu’il y a au moins 40 traits intersexes différents, ce qui signifie que c’est souvent difficile de trouver des gens qui ont vécu la même chose juste en cherchant par le nom de la « pathologie » qu’on nous a attribuée. Pourtant, nous avons bien des expériences communes. Dans « Quel est ce « sexe » que l’on mentionne ? : Quelques implications du projet de règlement encadrant les demandes de changement de mention de sexe pour les personnes intersex(ué)es », le Comité Visibilité Intersexe et l’Organisation Internationale des Intersexes précisent la différence entre intersexué.e.s et intersexes ainsi :
« Personnes intersexuées : « désigne l’ensemble des personnes qui dérogent aux figures développementales normatives « mâle » et « femelle » créées par la médecine, et susceptibles d’être « corrigées » par celle-ci durant la tendre enfance ou à l’adolescence » (adapté de Bastien Charlebois, 2014, p. 237).
Personnes intersexes : « désigne les personnes intersexuées ayant conscience de faire partie d’une groupe de personnes ayant subi la même invalidation médicale, adoptant une vision positive et non-pathologisante de leur corps et affirmant une identité politique. »

Nous voulons que les intersexes se reconnaissent, se parlent, se regardent, comme disait l’Hymne des Femmes.

Nous aimerions aussi mener des actions à l’offensive, de sensibilisation, mais aussi des campagnes revendicatives, en créant des ponts avecles luttes trans, féministes, LGB, des malades et des personnes en situation de handicap

Quelles sont les conditions pour vous rejoindre et comment ?

Le Collectif Intersexes et Allié.e.s est ouvert, comme son nom l’indique, aux intersexes et à leurs allié.e.s ! Pour nous rejoindre il faut déjà être d’accord avec notre texte de lancement et puis nous contacter soit sur le site soit par mail : cia.intersexes[at]gmail.com

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Journaliste, cette ourse adore écrire sur les thématiques qui lui tiennent à coeur : discriminations, santé, féminisme, luttes… De formation littéraire, c’est une droguée de lecture et d’écriture. Militante féministe et politique à ses heures perdues (ou gagnées !), elle a fait également partie d’un syndicat étudiant il y a quelques années. Cette ourse est une gourmande qui ne résiste jamais à un chocolat, ou à un pot de miel… Curieuse de tout, elle traîne ses pattes sur les réseaux sociaux à la recherche de la moindre info. Taquine, elle aime embêter les autres ourses. Elle est aussi connue pour ses grognements et son caractère persévérant. Elle ne lâche rien.