Rencontre avec Marie-Léa Kinka, actrice X en situation de handicap visible

A l’heure où peu d’actrices X en situation de handicap sont visibles sur les écrans, nous sommes parties à la rencontre de Marie-Léa Kinka pour la sortie de son premier film : Moi Léa, actrice pas comme les autres. Film pornographique la mettant en scène, aux côtés de Pascal Saint-James et Julie Holly, il interroge sur les liens entre industrie du sexe et handicap. L’actrice nous parle de son expérience, mais aussi de validisme ordinaire, de rêves et d’espoir.

Quel est votre parcours ?

« Je m’appelle Marie-Léa et j’ai 43 ans. Je suis ce qu’on appelle « Adult Performer », donc je suis actrice dans l’industrie du X mais étant en situation de handicap physique à plus de 95% suite à un accident qui m’a rendue paraplégique en 2006. Je pense que « performeuse » est vraiment plus adapté… C’est-à-dire qu’on n’est plus dans la prestation « classique » mais vraiment dans la performance.

J’ai commencé par la webcam en 2017, et j’ai gagné le EroAward « BestWestEuropeanModel » en 2018 pour mes shows live. Puis, début 2019, le producteur Mat Hadix m’a proposée un premier rôle dans un film X que j’ai accepté et pour lequel j’ai d’ailleurs remporté le EroAward 2019 « BestNewPornFemale ». Je suis nominée de nouveau cette année aux EroAward, dans la catégorie « BestFetishStar » cette fois. »

Comment avez-vous vécu le validisme dans le travail du sexe ?

« Comme du validisme « ordinaire ». Celui que vivent tous les jours les personnes en situation de handicap visible. A savoir, c’est mon interprétation personnelle, mais que vont penser les gens ?! C’est-à-dire surtout les valides.

La peur de l’inconnu était aussi très importante puisqu’aucune actrice comme moi n’a, à ma connaissance, un film de diffusé sur une plateforme « mainstream » en France. Ce qui veut dire que nous n’avions aucun recul sur la réception que le film allait avoir…
Du validisme tout ce qu’il a de plus classique en somme… »

Quels sont vos engagements féministes ? Vos engagements anti-validistes ?

« Je ne suis pas engagée au sens où je ne milite dans aucune association (ce qui fut le cas par le passé pour une association LGBT+) mais je communique à travers mes réseaux sociaux sur les causes qui me tiennent à cœur. A savoir : faire connaître le validisme et lutter contre, bien-évidemment, mais aussi pour encourager le respect et l’acceptation des personnes LGBT+ dans notre société.

J’ai à cœur de faire passer un message via mon parcours. Dire et montrer que si un jour on a, comme moi, un accident et que la vie bascule, elle ne s’arrête pas. Il faut s’accrocher et croire en ses rêves, et ce quels qu’ils soient. Le mien est d’être actrice X mais c’est bien évidemment valable quel que soit le corps de métier ou activité choisi car les embûches seront nombreuses…

Je dis souvent dans mes postes **** TOUJOURS CROIRE EN SES RÊVES **** notamment à chaque « victoire » /nouvelle étape franchie… Je pense sincèrement qu’envoyer un message positif est essentiel car lors de mon parcours post-accident, c’est quelque-chose qui m’aurait beaucoup aidée… »

Aviez-vous évoqué votre rêve à des personnes autour de vous suite à votre accident ? Si oui comment ont-elles réagi ?

« Je travaillais dans ce domaine quand j’étais valide (je faisais des shows hard sur scène en solo, avec gode par exemple) et j’ai fait mon coming-out professionnel auprès de ma famille et de mes amiEs dès mes débuts dans ce milieu, donc en 1996. J’ai toujours rêvé d’être actrice porno mais c’est juste que l’occasion ne s’était pas présentée « avant ».
Suite à mon accident et au discours tenu pas les soignants de manière générale (“ceci sera une nouvelle vie très différente, vous allez devoir accepter que plus jamais vous ne retravaillerez dans ce milieu ou dans toute autre activité en rapport avec votre corps « ), je ne pensais plus jamais pouvoir exercer dans ce domaine un jour, et mes proches non plus !
Pourtant, la « reprise » d’une activité dans le travail du sexe n’a surpris personne. Ma grand-mère, dont je suis très proche et qui m’a toujours soutenue, est même très fière… Elle montre notamment à touTEs ces amiEs une interview qui est sortie en kiosque en 2019 dans le magazine Entrevue.Fr qui décrit très bien ma vision très personnelle du validisme et ma façon de lutter contre, sans langue de bois (je n’épargne pas l’APF , par exemple). »

Comment s’est passé le tournage de votre premier film ? Quels obstacles avez-vous rencontré par rapport au fait d’être une personne en situation de handicap ?

« Le tournage en lui-même s’est extrêmement bien déroulé. J’ai vraiment été accueillie et traitée « comme une princesse ». Lieu de tournage et de vie avec ma propre suite adaptée aux personnes à mobilité réduite (chambre /SDB /toilettes). Une personne de l’équipe était désignée pour m’apporter de l’aide 24/24h si besoin. Tout le monde a vraiment été aux petits soins avec moi et adorable. D’ailleurs, je tiens à remercier le producteur de ce premier film, Mat Hadix, qui a rendu cela possible et a tout organisé …

C’est la suite qui a été plus compliquée, pour que ce film soit diffusé. Mais aujourd’hui, il l’est ! Ce qui fait de moi, sauf erreur de ma part, la première actrice en situation de handicap visible présente dans un film X sur une plateforme « mainstream  » en France. »

Mat Hadix, le producteur, était-il sensibilisé à la question du handicap avant de vous connaître ?

« Il m’a dit que c’était un monde qu’il ne connaissait pas et que c’est en me côtoyant et en produisant ce film qu’il s’est rendu compte des difficultés auxquelles étaient confrontées les personnes handicapées au quotidien. »

Quelles sont les retombées ? Réactions des gens après le film ?

« Je n’ai eu aucune réaction négative à la sortie du film… Que des positives ! Le film est d’ailleurs rentré dans le Top 3 des ventes du site qui le diffuse dès son deuxième jour de présence et a reçu beaucoup de likes (97%).

Pareil concernant le Salon de l’Érotisme Kamatour où j’ai fait une date unique en février 2020 à Nancy. L’accueil de toute l’équipe et de son organisateur, Mike Steven, que je tiens à remercier aussi ainsi que celui du public, a vraiment été magique… Aucune réaction « négative », bien au contraire, et là j’avais les gens devant moi … J’ai été extrêmement touchée par leurs propos ainsi que leurs comportements à mon égard. Ça m’a reboostée pour toute l’année 2020 … Au minimum ! »

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans ce que vous ont dit les gens ?

« Que j’ai redonné l’espoir et le goût de vivre à certaines personnes. Ça m’a mis les larmes aux yeux. »

Charlotte

Publié par

Psychologue et docteure en philosophie, je suis militante crip (handie, queer, féministe). Mes sites : https://charlottepuiseux.weebly.com/ et https://charlottepuiseux.com/

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