Yoko Ono : Cut Piece, idée de la femme en tant qu’objet sexuel

Yoko Ono, Crédits © flickr.com @Shemp65

Une performance audacieuse

Yoko Ono est, avant d’être la veuve de John Lennon, une artiste. Elle est en effet artiste expérimentale, plasticienne, musicienne, chanteuse, compositrice, comédienne, cinéaste, et écrivaine japonaise. En 1964, alors âgée de 31 ans, elle produit un happening au Japon : Cut Piece.

Dans cette performance de body art, Yoko Ono se met en scène immobile face à un public. Elle demande à l’assistance de venir un par un, découper un morceau de ses vêtements. A ce moment, les médias et les critiques d’art sont émerveillés par l’audace de cette performance. Elle ne bouge pas et se laisse totalement faire face aux différentes personnes qui viennent lui couper ses vêtements. A l’approche de la fin, les participants coupent des morceaux de tissus de plus en plus gros. Un des participants masculins coupe ses bretelles de soutien-gorge. La poitrine d’Ono est alors presque révélée. Pendant la majeure partie de la performance, elle reste immobile mais vers la fin, elle commence à bouger de plus en plus. Elle finit par tenir son soutien-gorge pour ne pas qu’il tombe. 

Cette performance sera reproduite en 1965 à New York puis en 2003 à Paris.

Un symbole de la vulnérabilité des femmes

Cette immobilité est symbole de la passivité et de la vulnérabilité d’une femme face aux violences sexistes et racistes. Plus le temps passe, plus les morceaux de tissus découpés sont gros. La volonté destructrice devient alors de plus en plus apparente. Dans Cut Piece, Yoko Ono ne parle pas et bouge peu. Elle devient un objet sexuel plutôt qu’un sujet. En permettant aux autres d’agir sur elle comme si elle était un objet, elle représente l’idée de domination sociale de l’homme sur la femme. Cette idée est amplifiée par le fait que ce soit un homme qui ait coupé la bretelle de son soutien-gorge. Helena Reckitt pense que Yoko Ono a crée une situation dans laquelle le spectateur est impliqué dans l’acte potentiellement agressif de dévoiler le corps féminin (1).

Un modèle de revendication

« A la suite des changements politiques intervenus après le 11 septembre (2001), je me suis sentie terriblement vulnérable, comme si la brise la plus légère pouvait me faire pleurer. ‘Cut Piece’ exprime mon espoir pour la paix dans le monde. (…) Lorsque j’ai présenté ce travail pour la première fois en 1964, j’étais animée par un certain sentiment de colère (…). Cette fois-ci, je le présente avec amour, pour vous, pour moi et pour le monde » (Présentation de son spectacle en 2003 à Paris)

Cut Piece est l’une des nombreuses oeuvres de Yoko Ono qui sont destinées à être reprises par d’autres. Beaucoup d’artistes ont depuis suivi son invitation et continué à exercer Cut Piece aujourd’hui. En 2003, les troupes américaines ont envahi l’Irak. Près de quarante ans après sa première démonstration, Yoko Ono décide de présenter à nouveau la performance à Paris comme un appel à la paix et contre le climat politique après le 11 Septembre 2001. Elle a demandé au public d’envoyer des morceaux de ses vêtements de coupe à un être cher comme un signe de réconciliation.

Pour en savoir plus :
– Kevin Concannon, « Yoko Ono’s CUT PIECE: From Text to Performance and Back Again », in ImaginePiece.com, 2010
– (1) Helena Reckitt, Art and Feminism, Phaidon, 2012

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Tin Hinan est étudiante en histoire de l’art et anthropologie. Particulièrement touchée par les questions d’oppression des femmes et de racisme, elle va, entre autres, tenter de vous montrer comment l’art peut en être un excellent témoin. Vous la retrouverez souvent dans la chronique Femme & Art mais aussi ici et là selon l’actualité. Image : Lehnert & Landrock, Ouled Naïls, 1905