Bowie ou la nécessité des icônes LGBTIQ

C’est pourtant bien souvent la caractéristique majeure de nos « icônes » que leur ambiguïté. David Bowie, bien plus que d’autres idoles LGBTIQ, a mis en scène et en mots la transgression de genre, qu’elle soit sexuelle ou de look – ce qui sera plus tard théorisé sous le terme de « performativité du genre ».

Certain-e-s cherchent à effacer ou à exotiser cette caractéristique chez Bowie. On trouve des articles qui mettent en avant un présumé savant calcul de provocation, d’autres qui s’appesantissent sur son retour à la norme avec son second mariage (hétérosexuel) et son look assagi. A l’inverse, on retrouve aussi une fascination pour la bisexualité nécessairement présentée comme ultra-consumériste, irresponsable, non exclusive etc. Des clichés confortables pour les biphobes, mettant à distance et transformant une identité subversive en déviance divertissante.

Extrait du visuel de la pochette de l’album « The Man Who Sold The World », 1970 – DR ©

Alors, pourquoi, nous, LGBTIQ, apprécions tant les drags, les ambigu-e-s, les consuméristes sexuel-le-s, les freaks, les déguisements, le maquillage exubérant, les paillettes, le chatoiement ? Ne donnons-nous pas de nous-mêmes dans l’auto-caricature qui nous affaiblit ?

Eh bien, cette question est un vrai débat politique. On le voit jusque dans les cortèges des Marches de Fiertés, où certains esprits chagrins essaient de repousser les folles et les drags, sous prétexte qu’illes donneraient une mauvaise image de la communauté et du mouvement.

Ce qu’on nous demande en fait, c’est d’être discret-e-s, d’être sages, d’être intégré-e-s à une société qui nous est pourtant hostile ; on nous renvoie donc en creux l’idée que notre faible ou inexistante intégration est de notre faute, que nous n’essayons pas assez. C’est pour cela que nous avons besoin de ces personnages publics flamboyants qui envoient valser les normes et nous créent de la place pour exister dans notre diversité ; nous avons besoin d’excès pour ne plus jouer des coudes ; contre l’oppression et la silenciation, nous avons besoin de figures qui créent et qui crient.

Nous avons besoin d’icônes comme Bowie.