Les Moudjahidet exposées au Centre Culturel Algérien

Les moudjahidet oubliées pendant près de 50 ans

Le terme « Moudjahida » signifie littéralement « femme combattante ». Il s’agit de femmes qui ont combattu pendant la guerre de libération en Algérie (1954-1962). Elle sont restées dans l’ombre pendant près de 50 ans. Ce n’est que récemment que l’on commence à s’intéresser à ces 11.000 femmes qui se sont engagées dans les rangs de l’ALN, le FLN ou autres organisations clandestines.

Aujourd’hui il ne reste presque plus rien sur elles. On continue toutefois d’en parler régulièrement lorsqu’une figure décède. En octobre dernier on parlait notamment de Claudine Chaulet, moudjahida décédée à l’âge de 84 ans. Grande militante, Claudine Chaulet s’est engagée très tôt du côté des militant-e-s de l’indépendance. 

Nadja Makhloud
Crédits © common.wikimedia

« Je voulais faire la lumière sur ces combattantes. Ces moudjahidet qui ont œuvré pour la liberté d’un pays et à qui il fallait redonner une place. Ces femmes qui décident de sortir de chez elles, pour aller manifester ou pour combattre aux côtés des hommes dans le maquis ou dans la Casbah, ces héroïnes qui ouvrent la voie aux droits des femmes, ne sont aujourd’hui, que l’ombre d’elles mêmes. Activiste syndicale, militante politique, infirmière, gynécologue, dactylo, comédienne, agent de liaison, poseuse de bombes, éclaireuse, psychiatre aux côtés de Frantz Fanon, elles ont rempli toutes les fonctions : de la logistique à l’intendance en passant par la lutte armée et l’encadrement politique. Elles sont juives, musulmanes, chrétiennes, athées. Elles sont les femmes de demain, celles qui œuvrent pour une Algérie plus juste, plus tolérante. Une Algérie Libre. Chacun des diptyques photographiques qui composent le projet présente, à gauche une photo d’époque, appartenant aux archives familiales de chaque militante. À droite, le portrait actuel que j’ai réalisé. Confronter le passé et le présent, comme pour mieux figer le temps qui s’est écoulé. Il m’aura fallu plus de trois ans pour réaliser ce projet et rendre visible l’engagement et l’histoire de ces femmes. » (Nadja Makhlouf sur le site du CCA)

Une trilogie sur la femme algérienne

Ce projet a en fait commencé avec le cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie comme le reporte le Courrier de l’Atlas : « Je n’étais pas très sûre de ce que je voulais faire dans ce second volet. On entrait dans le cinquantenaire de l’indépendance, je pensais faire cinquante portraits », explique l’artiste avant de se raviser devant l’ampleur du travail.

Ce projet a débouché finalement sur une trilogie sur la femme algérienne dont l’exposition présentée aujourd’hui est le deuxième volet. Pour cette exposition, elle a mis plus d’un an de recherche, pour retrouver ces combattantes, infirmières, poseuses de bombe, agents de liaison, artistes qui ont contribué à la libération de l’Algérie.

« Au début de mon projet, je pensais ne faire que des portraits de femmes algériennes (…) au fil des rencontres avec ces femmes, elles m’ont fait prendre conscience qu’il y avait aussi des Françaises, des femmes juives et des Espagnoles. Du coup mon projet est devenu beaucoup plus universel et je le préfère bien plus maintenant qu’au début. »

Chaque année, le centre culturel algérien de Paris organise une série d’évènements autour du 8 mars. Même si on tique un peu lorsqu’on lit que c’est « dans le cadre de la célébration de la journée internationale de la femme », on salue tout de même l’effort fait chaque année pour mettre en lumière des femmes artistes ou non même si c’est en gardant toujours à l’esprit que c’est toujours dans une optique plus générale de mettre en avant le nationalisme algérien.

Infos pratiques :
Exposition Nadja Makhlouf « De l’invisible au visible : Moudjahida, femme combattante »

Entrée libre
Centre Culturel Algérien : 
171, rue de la Croix-Nivert, Paris 15e
Ouvert du lundi au vendredi de 9 h à 17 h

Publié par

Tin Hinan est étudiante en histoire de l’art et anthropologie. Particulièrement touchée par les questions d’oppression des femmes et de racisme, elle va, entre autres, tenter de vous montrer comment l’art peut en être un excellent témoin. Vous la retrouverez souvent dans la chronique Femme & Art mais aussi ici et là selon l’actualité. Image : Lehnert & Landrock, Ouled Naïls, 1905