Quand Olympe De Gouges entre en scène…

Une petite troupe pour rendre hommage à une grande femme

Sorte de théâtre ambulant, la petite troupe indépendante – composée d’un régisseur et de deux comédiennes, Carine Lefort et Annie Serfaty, d’une robe et d’une camionnette – n’hésite pas à aller à la rencontre de son public avec la forte conviction de lui apporter un éclairage sur ce qu’être « femme » dans la société d’avant, mais aussi dans celle d’aujourd’hui. Avec « N’en parlons plus », Eline De Lorenzi met en scène deux personnages pour narrer l’histoire d’une femme de lettres célèbre pourtant encore aujourd’hui trop mise à l’écart de nos livres d’histoire ou bien trop succinctement survolée.

« L’objectif était de monter une pièce qui nous a séduites, que nous aimons. Faire connaître et reconnaître cette femme.  « J’ai l’espoir que l’on m’aperçoive à travers toi telle que je suis et que l’on me sauve de l’oubli et du mépris » dit elle-même Olympe De Gouges. Aborder l’histoire à travers le vécu des personnages.  Essayer de transmettre des valeurs d’humanité, d’égalité  de citoyenneté. » Carine Lefort

Crédits © N’en parlons plus – Eline De Lorenzi

Sur une scène dépouillée, pour garder l’essence même des idées qui vont s’y échanger, deux personnages, deux femmes, se confrontent dans un face à face efficace : l’actrice et le personnage qu’elle doit incarner. Une femme et son miroir. Un corps, une voix et son modèle, sa pensée. La femme n’est pas qu’un corps, n’est pas qu’une simple représentation mise en valeur sur scène par une robe rouge de soirée. La femme n’a pas besoin de parure, d’apparat, d’ornement pour faire valoir sa parole trop souvent réprimée, car avant d’être femme, elle est humaine. La figure héroïque, représentée ici, n’est pas moins qu’Olympe De Gouges, qui « mérite d’être plus connue » en tant que symbole et porte-parole d’un mouvement humaniste avec la volonté d’être portée à une grande échelle. 

L’incarnation d’un combat au féminin pluriel

« Femme d’exception, rien ne la destinait à ce qu’elle a vécu. Elle a appris, a observé son époque, s’est engagée, pour des causes pas forcément à la mode… Cette femme s’est battue pour ses idées, ceci sans concession au péril de sa vie pour défendre des valeurs d’humanité. »

Crédits © N’en parlons plus – Eline De Lorenzi

Olympe de Gouges incarne une idée, un combat visionnaire, à une époque où tout le système est remis en cause et reste surtout à construire, et reconstruire; une période de révolution(s) et de nouvelles idées où tout paraît politiquement et socialement possible. Elle défend non seulement « le féminin » mais se bat avant tout pour la dignité de l’être humain, pour l’égalité de tou-te-s, pour l’avènement d’une vraie justice sociale, l’abolition de l’esclavage, l’intolérance, de la peine de mort, risquant, elle-même, sa propre vie. Incomprise, cette figure historique de la Révolution française, trop dérangeante pour son siècle, finit par mourir sous le couperet de la guillotine d’un gouvernement qu’elle soutient dans ses grandes lignes mais qu’elle aimerait encore plus démocratique, plus citoyen, mais avant tout plus ouvert, plus juste. 

N’en parlons plus : lorsque la parole devient action

« Cette femme est encore très méconnue et très MAL connue. Beaucoup de contre-vérités existent encore à son sujet. Un grand nombre de ses propositions restent d’actualité. L’égalité homme femme, économique, juridique… Un salaire minimum pour les plus démuni-e-s, la lutte contre l’esclavage qui existe encore dans certaines contrées du monde etc. »

La pièce n’est pas un simple réquisitoire pédagogique qui cherche à redorer les blasons de cette femme de lettres éclairée, maltraitée par son époque, elle est surtout une réflexion sur l’action, l’incarnation, la représentation. C’est vers une forme d’existentialisme que le spectateur et la spectatrice sont renvoyé-e-s à leur propre histoire en tant que citoyen-ne, et qu’être humain. Qui sommes-nous ? Et comment pouvons-nous agir à notre échelle ? Quels impacts peuvent avoir la parole et la conscience du monde qui nous entoure sur l’environnement local et global ? Elle renvoie aussi à nos droits actuels : peut-on dire que nous sommes réellement, en 2016, dans un système égalitaire ? Juste ? Qui incarne les droits de chacun-e sans en léser, en opprimer d’autres ? Et quelle place la femme y a-t-elle pris ? C’est le regard que le spectateur et la spectatrice porte sur l’histoire, avec un petit et un grand H, de cette femme, au niveau individuel comme universel, qui permet de prendre du recul et de remettre en question ce que nous vivons aujourd’hui, non pas seulement en tant que femme, mais en tant qu’être humain.

Crédits © N’en parlons plus – Eline De Lorenzi

Incarner Olympe de Gouge  au théâtre, c’est incarner ses idées. C’est redonner vie à sa parole, c’est réactualiser nos combats de tous les jours. « N’en parlons plus », signifie se taire. Mais a-t-on tout dit ? Au contraire, la pièce invite au débat auquel les comédiennes se prêtent avec plaisir à la fin de la représentation. Que reste-t-il à dire, à écrire ? Beaucoup de choses, car le combat pour l’humanité (une justice humaine ?) est long et parfois douloureux, mais notre Olympe nationale nous rappelle qu’il en vaut bien la peine. Alors, au contraire continuons-le, et parlons-en !