Des organisations féministes à la pérennité fragile ou un renouveau dynamique ?

La grande majorité des cadres d’actions féministes qui nous ont répondu aujourd’hui se sont créés il y a moins de dix ans. L’enquête des Ourses à plumes, menée durant l’été 2017, nous donne à voir un mouvement encore en voie de développement.

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Le 25 novembre 2017, le mouvement #metoo a mobilisé des milliers de femmes dans toute la France. © Ourse Malléchée
Sommaire du dossier sur l'enquête : 
-Enquête sur l’état des lieux d’un mouvement féministe multiforme 
-Quelles tendances dans le mouvement féministe aujourd’hui en France ? 
-Les actions du mouvement féministe en France : des formes variées, des axes qui s’entrecroisent

Notre enquête, menée pendant l’été 2017, nous a permis de relever certains éléments factuels sur leurs compositions, mais aussi leur création. Des données essentielles pour ébaucher une analyse de la capacité des organisations féministes à se développer et perdurer.

Peu d’ancienneté, un facteur inquiétant ?

Sur les 107 organisations féministes qui nous ont répondu, seulement 28 ont été créées avant 2007 et ont donc plus de 10 ans. C’est un chiffre qui peut sembler être assez faible et inquiéter sur la capacité des organisations féministes à perdurer.

Parfois créées pour structurer une revendication spécifique, les associations et collectifs n’ont pas forcément vocation à durer. Les clivages politiques autour des questions du voile et du travail du sexe ont aussi causé des divisions.

Autre explication possible : la difficulté des femmes à rester engagées. Dans les milieux militants, beaucoup de femmes cessent ou réduisent leurs activités engagées lorsqu’elles ont des enfants. De même, le renouvellement des militant-e-s féministes n’est pas forcément linéaire.

Notre enquête nous a permis aussi de constater certaines inquiétudes. Une association étudiante nous avertit par exemple que “l’avenir de l’association est incertain car elle vit grâce à l’investissement des actuel.les étudiant.es des master”, tandis que “FDFA s’inquiète des baisses de financements publics !”

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Organisations jeunes : des raisons d’espérer

Plus de la moitié des organisations sondées par notre questionnaire en ligne ont été lancées il y a moins de cinq ans. Un résultat qui peut nous rendre optimiste pour l’émergence d’un nouveau mouvement féministe. Parmi ces 64 jeunes organisations, 31 s’identifient en effet comme “intersectionnelle”, et 22 comme “antiraciste”.

Cette dynamique de nouveaux cadres féministes pourrait être le signe d’un renouveau, d’autant plus que les nouvelles organisations ont su attirer de nouvelles générations de féministes. On pense aux manifestations du courant 8 mars pour tout.e.s, mais aussi plus récemment à la mobilisation #metoo. Des dizaines, voire des centaines de cadres féministes se sont lancés ces dernières années. On pourrait même oser parler de “3e vague”.

De petites structures

La majorité des organisations qui ont répondu à notre questionnaire d’enquête sont d’une petite taille. En effet, 69 % d’entre elles ont moins de 25 membres investi-e-s. Plus d’un tiers ont même moins de 10 membres investi-e-s.

Ces chiffres nous montrent la fragilité des structures féministes existantes. Si la responsabilité de l’animation d’une organisation à l’envergure nationale voire internationale ne repose que sur les épaules de quelques individus, leur pérennité n’est alors pas assurée.

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A noter également, que la jeunesse des organisations n’est pas forcément en corrélation avec le nombre de membres investi-e-s. Sur les 19 organisations annonçant plus de 60 membres investi-e-s, la moitié sont des associations existant depuis moins de cinq ans. On peut citer parmi elles Lallab, créée en décembre 2015, et qui a su fédérer un nombre important de bénévoles en seulement deux ans, ainsi que recruter deux salariées.

Peu de salarié-e-s

Si les organisations ont peu de membres investi-e-s, elles ont aussi peu de salarié-e-s. Seules 28 d’entre elles en ont sur les 107 qui ont rempli notre questionnaire. A noter que plusieurs d’entre elles ont indiqué que leur nombre de salarié-e-s était réduit.

Les dates de créations des orgas et leur nombre de membres investi-e-s ne jouent pas dans le fait d’avoir des salarié-e-s. La plupart des orgas qui ont des salarié-e-s agissent dans les lieux de sociabilité féministe (14 orgas) ou dans des institutions (22 orgas). On peut citer par exemple le Planning familial, FDFA (FEMMES POUR LE DIRE, FEMMES POUR AGIR), la Maison des femmes de Saint-Denis, SOS homophobie, ou encore le festival international de films de femmes de Créteil.

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SOS homophobie a une seule personne salariée à mi-temps, mais plus de 150 membres investies, pour faire fonctionner sa ligne téléphonique d’écoute. © Ourse Malléchée / Pride 2015

En conclusion, le manque de personnes investies dans les organisations sondées, ainsi que l’absence ou le nombre réduit de salarié-e-s, fragilise le mouvement féministe. Il pourrait être intéressant de creuser un peu plus sur plusieurs angles, comme l’évolution du nombre et de la taille des associations féministes depuis plusieurs dizaines d’années, ou encore ce qui favorise l’émergence de nouvelles structures féministes.

L’apparition de nouveaux mouvements, comme #Metoo ou des collectifs intersectionnels comme Mwasi, redynamise et encourage l’émergence d’initiatives féministes. Avec cette nouvelle vague, les formes d’organisations mais aussi d’actions évoluent, laissant ouvert un large champ de possibles pour les années à venir. On ne peut que s’en réjouir !

La méthodologie de notre enquête :
Entre fin août et fin septembre 2017, 107 organisations ont répondu au questionnaire en ligne des Ourses à plumes, intitulé “L’état des lieux du mouvement féministe”. Les données qu’elles nous ont transmis, sont factuelles (nombre de personnes investies, champs d’action, modes d’action et d’intervention…), mais aussi politiques (appartenance à un courant, critères d’adhésion…). Si ce panel nous permet d’avoir une représentation large du mouvement féministe, elle n’est toutefois pas exhaustive et les résultats doivent donc être analysés avec prudence. Toutes les tendances et toutes les formes du mouvement féministe ne nous ont pas répondu avec la même représentativité, et les réponses au questionnaire peuvent être aussi biaisées par des réponses non-consensuelles au sein de l’organisation.

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Journaliste, cette ourse adore écrire sur les thématiques qui lui tiennent à coeur : discriminations, santé, féminisme, luttes… De formation littéraire, c’est une droguée de lecture et d’écriture. Militante féministe et politique à ses heures perdues (ou gagnées !), elle a fait également partie d’un syndicat étudiant il y a quelques années. Cette ourse est une gourmande qui ne résiste jamais à un chocolat, ou à un pot de miel… Curieuse de tout, elle traîne ses pattes sur les réseaux sociaux à la recherche de la moindre info. Taquine, elle aime embêter les autres ourses. Elle est aussi connue pour ses grognements et son caractère persévérant. Elle ne lâche rien.

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