Les actions du mouvement féministe en France : des formes variées, des axes qui s’entrecroisent

Les organisations féministes françaises interviennent sur de nombreuses thématiques (violences, culture, lgbtphobies…). L’enquête des Ourses à plumes, menée pendant l’été 2017, nous montre sur un large échantillon, les axes d’intervention et les modes d’action les plus utilisés aujourd’hui.

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Pendant la manifestation parisienne du 25 novembre 2017, plusieurs orgas féministes ont livrées des performances. © Ourse Malléchée
Sommaire du dossier sur l'enquête :
-Enquête sur l’état des lieux d’un mouvement féministe multiforme
-Quelles tendances dans le mouvement féministe aujourd’hui en France ?
-Des organisations féministes à la pérennité fragile ou un renouveau dynamique ?

 

1- Un mouvement majoritairement de terrain, qui ne déserte pas Internet

Arrivent largement en tête des résultats de notre enquête l’organisation et la participation à des événements théoriques (conférences, débats, projections) (à 73,1%), à des événements militants (manifestations, rassemblements) (à 58%), et à des événements culturels (scènes ouvertes, expos…) (à 55,5%).

Cela se ressent aussi dans les réponses sur les terrains d’intervention: 58,8% des associations répondent intervenir sur des lieux spécifiques (université, lieux de travail), et 55,5% dans l’espace public hors manifestations. Une minorité tout de même significative (47,1%) déclare intervenir dans les espaces de sociabilité féministe et/ou LGBTIQ+ (locaux militants, bars, festivals…).

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La production et diffusion de matériel physique (brochures, tracts, flyers papiers), à 55,5%, suppose également des rencontres IRL.

Cependant, ce serait une erreur de séparer les associations de terrain des associations présentes sur Internet.  En effet, 77% des associations répondantes déclarent intervenir sur la Toile, 57,1% déclarent produire ou animer des “médias, fanzines, webzine, blogs, tumblr, groupes facebook” (57,1%) et 48,7% produisent du matériel spécifiquement virtuel (visuels pour les réseaux sociaux, brochures en ligne).

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2- Des sensibilités diverses sur l’action et les axes

On constate bien sûr des sensibilités différentes sur les modes d’action, mais sans que les lignes soient extrêmement tranchées ; les associations du côté plus radical, ne se rattachant pas aux valeurs républicaines ou universalistes, sont plutôt moins portées sur le travail auprès des institutions, mais ça ne vaut pas pour toutes, notamment celles travaillant sur des discriminations visant des groupes spécifiques (travailleurses du sexe, personnes trans, personnes intersexes…), celles centrées sur la santé et celles construites autour de projets artistiques.

A l’inverse, des associations se définissant comme républicaines n’hésitent pas toujours à recourir à des actions coups de poings visibles médiatiquement ou à des autocollants, graphs ou pochoirs.

Un autre constat peu attendu est le manque de consensus sur les thématiques de travail. Le seul champ d’action ayant obtenu une majorité est la question des représentations médiatiques et/ou culturelles. Les violences physiques et sexuelles ne sont abordées que par 47,9% des associations répondantes. Vient ensuite (à 44,5%) l’intersectionnalité, dont on a vu qu’il n’est pas sûr que toutes les associations répondantes aient la même compréhension (ce qui se confirme quand on voit que seules 25,2% déclarent travailler sur la question du racisme), puis l’accès aux droits (43,7%). On retrouve à 40,3% les productions artistiques et culturelles, ce qui semble marquer une préoccupation de fond.

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Les autres axes proposés montrent des tendances intéressantes : le recul de thèmes pourtant traditionnels : 14,3% sur le travail domestique, 16% sur les services publics, 26,1% sur les discriminations au travail. A noter que plusieurs organisations ont rajouté aux propositions d’axes du questionnaire un champ « santé/sexualité », plus lisible pour elles.

D’autres thèmes de travail se maintiennent bien :  l’espace public et les transports en commun (25,2%), ce qui est bien sûr en lien avec les campagnes récentes et la médiatisation, ainsi que la lutte contre l’homo/lesbo/biphobie (38,7%).

On voit  aussi que certaines questions émergent : la grossophobie (20,2%), et la transphobie (32,8%). Plusieurs associations ont ajouté la thématique parentale ou encore la recherche.

L’handiphobie, à l’inverse, reste mal prise en compte avec 18,5% de réponses.

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L’association Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir, est l’une des rares orgas féministes sur le handicap. © OAP

3- Des expertises variées

Pour finir, nous voudrions revenir sur un certain nombre de services, d’aide ou d’entraide, et de pratiques d’expertise évoquées dans l’enquête.

Ces réponses devraient être complétées par une enquête spécifique sur les besoins concrets des personnes subissant le patriarcat, ainsi que sur les capacités humaines et matérielles des associations (voir l’article Des organisations féministes à la pérennité fragile ou un renouveau dynamique ?).

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Ainsi un gros tiers (35,3%) des associations ayant répondu à l’enquête déclare mettre en place de l’autosupport, des cadres non-mixtes, du soutien entre groupes de pairs. Cet outil historique du mouvement féministe semble donc garder une certaine dynamique mais ne plus être considéré comme incontournable.

14,3% des organisations qui ont répondu au questionnaire proposent une ligne d’écoute, et certaines ont précisé dans leurs commentaires mettre à disposition une adresse e-mail pour mettre en oeuvre un service similaire. On constate que les associations avec ligne d’écoute sont pour une petite majorité des associations avec une ou plusieurs salarié.e.s ; l’autre petite moitié n’en a pas, ce qui en dit long sur le travail social gratuit effectué par les associations féministes.

18,5% effectue de l’accompagnement légal. Ce faible nombre s’explique sans doute par le niveau de qualification spécifique requis. La répartition est similaire à celle de la ligne d’écoute, avec pour moitié des associations disposant de salarié.e(s), pour moitié des associations intégralement bénévoles.

On peut relever aussi que sur les 29 organisations disposant de salarié.e(s), seule la moitié fournit un de ces deux services ou les deux. L’autre moitié semble plutôt porter sur l’organisation d’événements militants et culturels.

Enfin, 39,5% des associations répondantes ont déclaré produire des analyses de fond (pour rappel 55,5% disent produire des brochures, tracts ou flyers).  Sur ce point, il n’y a pas de prévalence des associations avec salarié.e(s), ni de celles avec le plus de membres.  Il serait intéressant de poursuivre l’enquête sur le niveau de qualification universitaire des membres de ces associations par rapport au reste du mouvement. Cependant, avec la forte proportion d’associations organisant ou participant à des événements théoriques (73,%) ou culturels (55,5%), ou créant ses propres médias (57,1%), on peut se réjouir de la vivacité intellectuelle et culturelle du mouvement.

La méthodologie de notre enquête :
Entre fin août et fin septembre 2017, 107 organisations ont répondu au questionnaire en ligne des Ourses à plumes, intitulé “L’état des lieux du mouvement féministe”. Les données qu’elles nous ont transmis, sont factuelles (nombre de personnes investies, champs d’action, modes d’action et d’intervention…), mais aussi politiques (appartenance à un courant, critères d’adhésion…). Si ce panel nous permet d’avoir une représentation large du mouvement féministe, elle n’est toutefois pas exhaustive et les résultats doivent donc être analysés avec prudence. Toutes les tendances et toutes les formes du mouvement féministe ne nous ont pas répondu avec la même représentativité, et les réponses au questionnaire peuvent être aussi biaisées par des réponses non-consensuelles au sein de l’organisation.

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