Premiers Etats généraux de la lutte anti-grossophobie, le début d’un mouvement ?

Une cinquantaine de personnes ont participé le dimanche 14 janvier 2018 aux premiers États généraux de la lutte anti-grossophobie, organisés par le collectif Gras politique. L’occasion de partager ses témoignages et ses constats, mais également dégager des axes de travail et dessiner des idées d’actions.

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Brainstorming de personnes grosses et alliées sur la grossophobie. © Ourse Malléchée

« Quand on est enfant, on apprend très vite que les médecins ne sont pas les amis des gros-se-s », témoigne Eva, confrontée dès l’âge de 8 ans à la sévérité d’une nutritionniste. « On nous apprend à avoir honte de nos troubles du comportement alimentaire, à se cacher », analyse aujourd’hui cette militante du collectif Gras politique. Et, le regard jugeant, malveillant, que l’on porte sur les gros-se-s, ça a des conséquences. « La grossophobie, cela fait grossir ! », complète la co-fondatrice du collectif, prénommée également Eva. Alors, ce dimanche 14 janvier 2018, on partage ses témoignages de grossophobie, afin de trouver des solutions.

« La grossophobie, c’est l’attitude hostile envers les personnes en surpoids, pas la peur des gros-se-s, mais plutôt à la rigueur la peur de devenir gros-se ! », introduit Anouch, également militante à Gras politique. « C’est la somme de toutes les discriminations que vivent les personnes grosses : médicales, à l’embauche, dans l’espace public avec du mobilier urbain pas adapté, à l’école, à l’entrée de l’enseignement supérieur… Elles sont vues comme fainéantes, manquant de volonté, peu intelligentes.

« Il n’y a que le vécu de la personne

qui permet de dire si elle est grosse. »

Pour ces premiers États généraux de la lutte anti-grossophobie, les participant-e-s forment un public varié : des anciennes d’Allegro Fortissimo, du groupe de réflexion sur la santé Le gros, des organisations intersectionnelles comme l’Inter-LGBT ou encore Bi’Cause, une conseillère de la mairie de Paris, et même une orga de gros-se-s venue de Belgique (Fat positivy). Des journalistes, une avocate, des blogueuses et blogueurs, des lycéennes… Des personnes racisées, handicapées, grosses, alliées…

Les gros-se-s s’organisent

Le collectif Gras politique a été créé pendant l’automne 2016, « pour inscrire la grossophobie dans une lutte, pas seulement limiter nos actions à des groupes de sociabilisation. L’idée est aussi de donner la parole aux personnes concernées dans des espaces bienveillants, car quand t’es gros-se, tu apprends à te faire petit. On veut les aider à reprendre l’espace ! », explique la co-fondatrice Eva.

Depuis sa création, le collectif s’est développé avec des rendez-vous réguliers (comme les séances de Yogras), mais aussi du lobbying. « Nous essayons de toucher les personnes alliées, qui parfois sont incrédules, on sensibilise avec des formations (pour les entreprises, les écoles…) », décrit Daria Marx, la seconde co-fondatrice.

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Le collectif Gras politique compte une petite dizaine de membres. © Ourse Malléchée

« Le livre de Gabrielle Deydier, « On ne naît pas grosse » a changé beaucoup de choses, elle a été bien accueillie dans les médias, a eu un temps de parole inédit sur la grossophobie. Le mot commence à être connu », constate Anouch. Autre étape-clé dans la reconnaissance de la discrimination : la journée contre la grossophobie organisée le 15 décembre 2017 avec la Mairie de Paris.

Lire aussi : Gabrielle Deydier : « J’ai voulu montrer que la grossophobie existe »

Autre prise en compte qui a son importance : Gras politique va être entendu en 2018 par la Commission nationale des droits de l’homme sur les violences médicales. Une idée se dessine dans la salle : « il faudrait lancer un réseau d’alertes pour les discriminations, les recenser, et mener ensuite des actions collectives ».

De GROS projets

Aux discussions en plénière du matin, se succèdent des ateliers, sur les principales thématiques évoquées : représentation, intersectionnalité, médical, espace privé/intime. De l’atelier sur le médical, ressort un constat d’un réel besoin de formations des médecins (qui tiennent le discours du « il faut maigrir » au lieu de soigner la raison de la venue de la/le patient-e), le mauvais dosage des médicaments (avec l’exemple de la pilule du lendemain Norlévo qui fonctionne mal au-dessus de 80 kilos), mais aussi le besoin de créer une carte géographique qui répertorie le matériel médical adapté aux gros-se-s.

« L’un de nos axes de travail pour 2018 sera l’élaboration de chartes : la charte du patient obèse, la charte de l’employeur, la charte pour que les médias représentent les gros-se-s sans clichés déshumanisants… », énumère Daria.

L’atelier sur les représentations aborde principalement la question des médias, au voyeurisme indécent. Parmi les solutions débattues : chartes déontologiques à faire adopter chez les médias « traditionnels », whit list de journalistes, mais aussi « occupation des gros-se-s de l’espace médiatique, pour se réapproprier le discours ». Autre constat : « nous avons besoin d’avoir des articles sur des personnes grosses qui ont du succès, mais aussi de visibilité, d’écrits collectifs, #grosremplacement ! » On note également « l’apparition de nouvelles normes sur les gros-se-s, sur les blogs, qui excluent et sont moins porteurs de message politique ». Autre sujet de mécontentement : la représentation des gros-se-s dans les fictions.

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Le groupe sur « l’intersectionnalité » fait le constat de discriminations (par ignorance ?) dans le milieu militant (LGBT, vegan…). « Les représentations sont toujours des personnes blanches minces et valides… » De plus, les personnes trans grosses se font souvent refuser les opérations par les médecins. Les idées qui ressortent de ces discussions : organiser des réunions inter-associations pour parler des différentes discriminations, partager les savoirs en termes de lobbying et de contacts.

« La grossophobie est très sexiste, la pression sur le corps des femmes est plus importante.

Un PDG gros ne gêne personne, mais si c’est une femme il faut qu’elle se reprenne en main ! »

L’atelier espace privé/intime aborde les questions de la famille, des amis, mais aussi des couples. « Une culpabilité entretenue par la famille, fétichisme, une tendance à aller dans des relations toxiques et abusives, par perte de confiance en soi, une pression sociale omniprésente… » Peu de solutions, hormis celle de se retrouver « pendant des événements comme celui-là, où on est sûr de ne pas être le ou la gros-se de service ! » Et, sachez qu’un festival pour gros-se-s se prépare pour l’été 2018…

Enfin, cet engouement et toutes ces belles perspectives d’actions, nécessite, comme le rappelle Daria à la fin de ces premiers états généraux, d’être plus nombreuses et nombreux à se mobiliser… Rendez-vous fin janvier pour une réunion de Gras politique, qui rassemblera peut-être une nouvelle vague d’adhérent-e-s…

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Journaliste, cette ourse adore écrire sur les thématiques qui lui tiennent à coeur : discriminations, santé, féminisme, luttes… De formation littéraire, c’est une droguée de lecture et d’écriture. Militante féministe et politique à ses heures perdues (ou gagnées !), elle a fait également partie d’un syndicat étudiant il y a quelques années. Cette ourse est une gourmande qui ne résiste jamais à un chocolat, ou à un pot de miel… Curieuse de tout, elle traîne ses pattes sur les réseaux sociaux à la recherche de la moindre info. Taquine, elle aime embêter les autres ourses. Elle est aussi connue pour ses grognements et son caractère persévérant. Elle ne lâche rien.

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