The lost daughter, l’ambiguïté de la maternité

Avec The lost daughter, film dramatique gréco-américain, Maggie Gyllenhaal réalise son premier film, adapté du roman d’Elena Ferrante, Poupée volée. Dévoilé à la Mostra de Venise en septembre 2021 – où il obtient le prix du meilleur scénario – le film est disponible sur Netflix depuis le 31 décembre de la même année. Subtilement interprétée par Olivia Colman, Jessie Buckley et Dakota Johnson, cette première réalisation nous plonge dans une atmosphère de huis-clos féminin, sous le soleil d’une île grecque. Mais derrière ces airs de thriller, The lost daughter questionne surtout notre rapport à la maternité.

Dakota Johnson jeune femme brune en maillot de bain allongée sur un transat sur la plage
NETFLIX © 2021

The lost daughter : un monde de femmes

Un huis-clos féminin

The lost daughter met en scène un univers empreint de force féminine. Les hommes font partie de l’arrière-plan, du brouhaha. Ils ne font que passer. Le film s’ouvre avec l’arrivée de Léda, quadragénaire en vacances studieuses sur une île grecque. Bientôt, une famille nombreuse envahit la plage et vient troubler le calme qu’elle appréciait. Cette grande et bruyante assemblée s’impose à l’écran telle une fourmilière, pour mieux en faire émerger les figures féminines. La caméra et le regard de Léda s’attachent à suivre les pérégrinations de Nina, très jeune mère. Nina est, quant à elle, sous la coupe de sa belle-sœur enceinte, Callie. Le charisme de ces femmes traverse l’écran, renforcé par les plans rapprochés de la réalisatrice.

La détresse des mères

Léda a deux filles. Nina en a une. Le jeu des actrices traduit superbement le lien d’empathie tacite qui s’installe entre les deux mères. Quel regard lance Nina à Léda lorsque, allongée sur la plage et souhaitant se reposer, sa fille ne cesse de lui tirer le bras en lui criant « Allez, maman, lève-toi ». La souffrance du personnage interprété par Dakota Johnson répond à celle qu’a ressenti Léda, il y a des années. Autre temps, autre lieu, même combat. Un combat interne qui se joue entre l’amour porté à ses enfants et l’écoute pressante de son besoin d’être, voire tout simplement son besoin de repos.

Maternité et patriarcat

Lors de nombreux flash-back, on découvre une Léda débordée par ses filles. On l’observe dans son quotidien, seule avec ses enfants. Seule avec elles au parc, seule avec elles à la maison, seule avec elles à la plage. Ce qui renvoie à la réalité de notre société où la vie personnelle des femmes souffre plus du fait d’être parent. La vision archaïque et patriarcale de la répartition traditionnelle des rôles continue de peser sur les comportements et sur l’organisation de notre société. Pour rappel, 31% des femmes ayant des responsabilités familiales travaillent à temps partiel, contre 4% des hommes. Et lorsque l’on évoque les termes de « famille monoparentale », la réalité est que seulement 18% de ces familles sont gérées par des pères (source : INSEE et INSEE). Ni Léda ni Nina n’échappent à ces clichés. Et si leur vie semble leur apporter confusion, fatigue, désir d’ailleurs ou regrets, elles finiront par assumer leur choix : Léda part, Nina reste. 

Olivia Colman, femme brune aux cheveux courts dans la pénombre
Photo by YANNIS DRAKOULIDIS/NETFLIX © 2021

The lost daughter : exploration des inégalités parentales

En une scène, The lost daughter traduit les inégalités 

Avec The lost daughter, Maggie Gyllenhaal, inspirée par Elena Ferrante, met en scène, à une génération d’écart, deux mères à bout de force. « Je suffoque » affirme la jeune Léda au père de ses filles. Il est au téléphone avec son employeur, elle travaille sur ses écrits, reconnus dans le milieu littéraire. Elle lui oppose que c’est à lui de s’occuper des enfants ; que ce temps lui appartient, à elle. Quelle tournure prend cette situation ? Il la supplie de s’occuper des enfants qui crient, ce qu’elle finit par faire. Cette scène – où le travail de Léda passe après celui de son conjoint – met en avant l’idée que l’épanouissement professionnel est socialement plus important pour l’homme que pour la femme. Le mari de Nina est quant à lui absent toute la semaine pour d’obscures affaires. 

La maternité nuit à la vie professionnelle des mères 

On nous le dit, on nous le répète : en tant que femme, quelle expérience pourrait surpasser celle de devenir mère ? Ce qu’on oublie de nous préciser, c’est que le féminin porte toujours le poids de l’éducation. 55 % des mères interrompent ou réduisent leur temps de travail à la naissance d’un enfant, contre 12 % des pères (source : INSEE). La charge parentale repose quasiment exclusivement sur les femmes. Pire, la société reconnaît intrinsèquement que « la compétence des mères n’est jamais interrogée car elle va de soi. Un tel postulat enferme les femmes dans leur statut maternel plus qu’il ne leur reconnaît une véritable compétence » (source : Caïrn).

Jessie Buckley, plan rapproché du visage d'une mère enlacée par ses deux petites filles
NETFLIX © 2021

The lost daughter : la responsabilité et ses limites

La maternité entre attachement et répulsion

« Les enfants sont une terrible responsabilité » répond Léda à Callie, qui, elle, ne connaît pas encore les affres de la parentalité. Le film questionne effectivement sur la responsabilité d’être parent, et plus encore, celle d’être mère. Léda et Nina ont-elles choisi de le devenir ? On ne nous le dit pas. On comprend simplement que la responsabilité est lourde, pour l’une comme pour l’autre. Elle les pousse dans leurs retranchements. « Elle me rend dingue » confie Nina à Léda dans un magasin de jouets. La pesanteur de la responsabilité est renforcée lorsque la fille de Nina disparaît et que toute la plage part à sa recherche. La petite est retrouvée, mais sa poupée a disparu. En sous-texte, The lost daughter nous indique que l’enfant, à son tour, est confrontée aux difficultés de l’attachement viscéral : sans sa poupée, elle ne dort plus.

La possession du corps des mères

Les plans rapprochés de Maggie Gyllenhaal rendent parfaitement l’accaparement que représente l’éducation. Et si cette citation de la philosophe Simone Weil : « L’attention est la forme la plus rare et la plus pure de la générosité » est prononcée lors d’une conférence à laquelle assiste la jeune Léda, comment nier l’engloutissement que vivent les mères attentives de The lost daughter ? Qu’il s’agisse de Léda ou de Nina, leurs filles se collent à elles. Les enfants s’accaparent le corps de leur mère : elles tirent leur bras, mordent, tapent, s’accrochent. Et les mères semblent se perdre. Maggie Gyllenhaal réussit à donner à ces scènes une puissance physique que l’on peut ressentir jusque dans notre chair : la fusion de l’enfant et de la mère, comme un monstre à deux têtes qui atteint ses limites.

Le burn-out maternel et la charge mentale des mères de famille sont bien réels. Si le combat pour une égale répartition des tâches, du temps et des richesse est loin d’être gagné, on peut se féliciter que des réalisatrices telles que Maggie Gyllenhaal donnent de la visibilité à ces difficultés. Car The lost daughter, s’il interroge le rapport mère-enfants, est aussi un cri d’amour à sa progéniture : le film débute et se clôt sur Léda au téléphone avec ses filles. Le monde n’est pas manichéen, mais rien n’est acquis. C’est ce que nous dévoile The lost daughter. Deux femmes, deux générations, les mêmes difficultés. Le premier film de Maggie Gyllenhaal semble donc mettre en lumière les pensées des mères qui, bien qu’aimantes, n’en suffoquent pas moins.

Maternité et féminisme, pour aller plus loin :

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